Nicolas Sarkozy : « L’égalité des chances passe par un traitement différencié des élèves »

Libéré de ses fonctions de ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy souhaite revoir en profondeur l’éducation prioritaire. Il se veut également le garant de l’autorité des maîtres et propose la généralisation des écoles de la deuxième chance.

A propos du système éducatif, les enseignements actuels sont-ils adaptés aux besoins de la société ?

Ce qui est important, ce n’est pas qu’un enseignement soit adapté aux besoins immédiats de la société, mais qu’il permette d’en préparer les évolutions. C’est pourquoi je suis opposé à l’apprentissage trop précoce, qui enferme les élèves dans une orientation et une formation très précises et les prive de la culture générale dont ils auront besoin pour évoluer plus tard. C’est aussi la raison pour laquelle je veux mettre en place un véritable service d’orientation, qui sache informer les élèves et leurs familles sur les débouchés et les perspectives d’embauche des différentes filières ainsi que sur leurs chances de réussite en fonction du cursus qu’ils ont suivi auparavant.

Comment, à votre avis, rétablir l’égalité des élèves devant le savoir ?

En acceptant l’idée selon laquelle l’égalité des chances passe par un traitement différencié des élèves. Il ne suffit pas qu’un élève soit scolarisé pour qu’il ait les mêmes chances de réussir. Je veux donner plus à ceux qui ont moins, car l’école est leur seul patrimoine.

Je propose donc d’aller vers une plus grande personnalisation des enseignements et de l’encadrement des élèves, en particulier au collège. Je souhaite que chacun puisse acquérir à son rythme les connaissances et les compétences du socle fondamental, en comblant progressivement ses retards et ses lacunes. L’école doit aussi donner, à tous ceux dont les familles le souhaitent, la possibilité d’effectuer leurs devoirs scolaires dans le cadre d’études dirigées se déroulant après la journée de cours. Car la première des inégalités, c’est celle qui sépare les enfants que les parents peuvent aider directement ou financièrement à faire leurs devoirs, de ceux qui ne disposent d’aucune aide.

Enfin, je crois que notre politique d’éducation prioritaire doit être profondément revue car elle s’est trop longtemps contentée de saupoudrer les crédits en pure perte, au lieu de les concentrer sur les besoins les plus criants. Si je suis élu, je réformerai en profondeur la politique des ZEP, en divisant par deux les effectifs dans les classes des établissements les plus difficiles et en y constituant des équipes pédagogiques formées d’enseignants volontaires, expérimentés et mieux rémunérés, qui pourront mettre en œuvre des méthodes pédagogiques innovantes. Au bout de trois ans, une évaluation sera conduite pour permettre aux établissements ayant rempli leurs objectifs de devenir des établissements d’excellence.

Comment prendre en charge les élèves en grande difficulté ?

En repérant leurs difficultés dès qu’elles apparaissent et non une fois qu’elles sont devenues irréversibles. Je veux mettre en place des évaluations régulières dès le primaire afin que tout élève qui décroche puisse recevoir immédiatement le soutien nécessaire. J’instaurerai aussi un sas de rattrapage entre l’école primaire et l’entrée au collège pour ceux qui maîtriseraient imparfaitement l’usage de la lecture, de l’écriture et du calcul. S’agissant des élèves ayant quitté le système scolaire sans aucune qualification, je propose la généralisation des écoles de la deuxième chance qui leur permettront d’acquérir une formation qualifiante favorisant leur insertion professionnelle.

Lors de votre discours à Angers sur le thème « Education : le devoir de réussite », le 1er décembre 2006, vous avez déclaré vouloir aider « les maîtres à reconquérir leur autorité ». Quelles mesures concrètes préconisez-vous pour restaurer cette autorité ?

La première condition de cette reconquête, c’est d’en finir avec le discours qui fait des enseignants les premiers, voire les seuls responsables des échecs de notre système scolaire. Si je suis élu, je serai le garant de l’autorité des maîtres : autorité symbolique d’abord, car je revaloriserai la carrière et les revenus des enseignants pour que chaque élève voit en eux une forme de réussite. Autorité dans le discours ensuite : je n’aime pas la façon dont on parle des enseignants. Autorité dans les classes enfin, car je souhaite faire du respect inconditionnel du professeur une règle qui ne pourra être violée impunément. Chacun doit comprendre qu’il n’y a pas d’apprentissage possible quand les principes les plus élémentaires de la vie en société sont bafoués.

Quelles réformes envisagez-vous pour l’Université ?

Notre université doit avoir les moyens nécessaires pour affronter en toute confiance la bataille de l’intelligence qui se livre à l’échelle internationale. C’est pourquoi je souhaite augmenter de 40% le financement public consacré à l’enseignement supérieur et donner aux universités qui le souhaitent un statut d’autonomie réelle qui leur permettra de choisir leurs enseignements, recruter leurs enseignants et leurs chercheurs, valoriser leur patrimoine, signer des partenariats. Je souhaite aussi que l’université soit placée au centre de notre système de recherche. Enfin, je pense que ces réformes doivent être accompagnées par un effort massif d’amélioration de la vie étudiante. Dans chaque région, je créerai un campus de niveau européen, doté d’équipements et de services performants, de logements étudiants et enseignants de qualité, de bibliothèques et d’installations sportives ouvertes 7 jours sur 7.


Propos recueillis par Stéphane Heres

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