Le rapport garçons/filles au collège

A Aubervilliers, en banlieue parisienne, Anthony Rougier, professeur d’histoire, a demandé à ses élèves de 4ème de poser devant l’objectif d’un photographe avec une personne de leur choix du sexe opposé. Les élèves devaient ensuite expliquer dans un texte ce qui les liait à cette personne. De ce projet est née une exposition.

Comment est né le projet Mixité(s), un travail sur les rapports garçons/filles?


 


Je suis enseignant d’histoire-géographie depuis 6 ans et j’ai toujours travaillé sur les questions de mixité. Je suis profondément persuadé de l’égalité des sexes. Pour moi, c’est important d’aller à l’encontre des a priori culturels. Il faut apprendre à vivre ensemble sans représentations faussées de l’autre. Alors, sachant qu’un budget pour monter un projet éducatif et artistique était disponible dans mon collège, je me suis lancé avec mon frère, Nicolas Rougier, photographe, et Andréa Florentino, graphiste.


 


Concrètement, comment avez-vous mis en place votre projet ?


 


Il faut énormément d’énergie ! Et puis aussi pas mal d’aide : j’ai eu la chance de pouvoir compter sur des gens qui voulaient bien travailler bénévolement. Par exemple, les simples prises de vue auraient normalement dû nous coûter 30.000 euros. Finalement le projet n’a coûté que 4000 euros payé en partie par les services de la ville. Toute cette énergie déployée devait servir à quelque chose : il était impératif que les élèves qui allaient participer à ce projet en comprennent l’importance et se sentent impliqués.


 


De quels outils pédagogiques vous êtes-vous servi pour engager vos élèves dans ce projet ?


 


D’abord, une association,«citoyenneté jeunesse», a organisé des sorties autour du thème de la mixité avec mes élèves : il s’agissait de les installer dans un bassin culturel. Ensuite je leur ai demandé de choisir une personne du sexe opposé puis d’écrire sur leur relation à cette personne. Le texte a été travaillé en classe de français en suivant le programme. Nous avons, dans un premier temps, mis l’accent sur la forme : ils devaient rédiger des fragments courts et argumentés. Ensuite ils ont travaillé sur l’expression du sensible. Les textes des élèves m’ont impressionné, je les trouve vraiment beaux ! Puis est venu le moment de la prise de vue. Les séances de pose ont été réalisées avec le plus grand professionnalisme. L’important était de leur faire comprendre que le travail fourni n’allait pas aboutir à rien. On ne les avais pas menés en bateau, on s’était vraiment engagé avec eux dans ce projet…Et ils ont vu le résultat : leurs photos et leurs proses sur les murs du collège depuis juin 2006.


 


Quels bénéfices en attendez-vous pour vos élèves?


 


Ce projet a d’abord permis de créer une émulation de classe, un investissement collectif autour d’un projet. En exposant les photographies, nous avons tenté de faire réfléchir le collège, dans son ensemble, au rapport garçon/fille.


Et puis, j’ai aussi voulu que les élèves se trouvent beaux ! Et qu’ils s’éloignent des représentations parfois misérabilistes que renvoient les médias ou la société de leur situation. Leurs écrits démontrent qu’ils sont simplement des gamins normaux à la vie intérieure aussi riche et intense que partout ailleurs en France. Nous voulons que l’exposition soit vue et relayée par le plus grand nombre1 car ce qui s’y montre ce sont des jeunes qui choisissent leur image.


 


Propos recueillis par Hanna Mbonjo


 


Photographie : D.R. Mixité(s)


 

Question rituelle

Ils ont accepté de se mettre à nu dans leurs textes : les propos intimistes de certains m’ont vraiment épaté, je ne m’y attendais pas. Et puis, loin des clichés sur l’immigration, les adolescents primo-arrivants, qui ont passé une partie de leur enfance en Afrique ou dans le Maghreb, ont été culturellement les plus ouverts. Leur représentation de la femme ou de la fille n’est pas péjorative.

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