Journée du Numérique à Paris 5 : l’université du futur n’est pas celle d’aujourd’hui

La Journée du Numérique organisée à Paris 5 vendredi 16 mars a été l’occasion d’esquisser le portrait d’une université du futur. Une table ronde était organisée à ce propos, confrontant les points de vue de plusieurs spécialistes. Le débat, auquel VousNousIls et la CASDEN étaient conviés, a permis de dégager quelques grands axes de réflexion.

Le président de l’université René Descartes-Paris 5, Jean-François Dhainaut, est intervenu amplement lors de la table ronde sur l’Université du futur organisée dans le cadre de la Journée du Numérique. Il a mis clairement en avant les avantages de la mise en ligne des cours. Tout d’abord en interne, pour communiquer entre UFR et différentes disciplines. Puis il s’agit là d’une « chance » pour les étudiants. En effet, la numérisation d’un cours évite la panique de l’étudiant s’il l’a raté ou tout simplement mal pris en notes. Il peut le réécouter tranquillement et le retravailler à loisir. Le fait de disposer de l’ensemble des cours peut lui permettre aussi plus facilement d’opérer un choix parmi les options, d’avoir une vue d’ensemble sur les connaissances. Le principe de la balado-diffusion (voir les 4 questions à Marc Lipinski, Vice-Président du Conseil régional d’Ile-de-France) est également important, car il donne une immense liberté à l’étudiant, puisqu’il peut écouter le cours n’importe où. On entre donc dans l’ère du nomadisme de l’étudiant.

Le rapport humain est irremplaçable

Edith Heurgon, directrice du Centre Culturel International de Cerisy-la-Salle et prospectiviste, autre intervenante de cette table ronde, a mis néanmoins en garde contre la tentation extrême du nomadisme. Pour elle en effet, le rapport humain est irremplaçable. L’étudiant se doit d’être présent en cours et d’échanger avec ses professeurs. Mais on ne peut aller à l’encontre de cette omniprésence des nouvelles technologies dans les années à venir, souligne Bernard Spitz, maître des requêtes au Conseil d’Etat, rapporteur général de la mission Commerce électronique. Pour lui, d’ici peu, le blog et le wiki, ce sera comme l’électricité aujourd’hui. François Ascher, sociologue à l’Institut Ville en mouvement, pressent de son côté une évolution surprenante: le paradoxe des Nouvelles Technologies sera de donner de la valeur à tout ce qui ne pourra être médiatisé ! Donc l’échange humain, le face-à-face seront en fin de compte survalorisés dans l’université du futur. Ce qui sera fort, ce sera le direct ! L’université du futur deviendra alors pleinement lieu de rencontre, lieu de débat, lieu de vie.

Le numérique est une chance pour l’université


En conclusion, pour le président de Paris 5, l’université du futur, ce n’est pas celle qui existe actuellement. L’université d’aujourd’hui a, d’après lui, vécu, parce que c’est un modèle inefficace. Dans le futur, l’université devra être diversifiée. Chaque université ne peut en effet avoir les mêmes objectifs, explique Jean-François Dhainaut : une petite université de région doit par exemple être en phase avec l’économie locale, et former des étudiants professionnellement adaptés à la région. Il faut bien entendu quelques grandes universités françaises, qui soient de grands pôles de recherche. Mais six ou sept suffisent amplement. Les autres universités doivent avoir des objectifs réalistes. Et le numérique est une chance pour elles toutes : il reflète parfaitement l’image de l’université. Les savoirs produits par elle sont entièrement lisibles une fois mis en ligne. Cela est capital au niveau national et aussi bien sûr au niveau international. Mais pour l’instant, des difficultés demeurent : l’entreprise se montre encore trop réticente vis-à-vis de l’université, et les enseignants concernés par le numérique sont encore des happy few ! Ils ont du mal à accepter que le numérique apporte réellement un plus.

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