Repérer les enfants dépressifs en primaire

Difficultés d’apprentissage, d’intégration ou de concentration… Les mauvais élèves turbulents du primaire sont peut-être dépressifs. L’échec scolaire serait-il alors le signe avant-coureur d’un spleen enfantin ? Réponses du docteur Marie Michèle Bourrat, pédopsychiatre.1

Existe-t-il des données chiffrées de la dépression infantile?


 


Depuis la conférence de consensus sur la dépression chez l’enfant en 19952, on s’accorde pour évaluer le taux de dépression entre 2 et 3 % en population normale. Le rapport INSERM de 2001 évaluait la dépression des 6-12 ans entre 0 et 2 % suivant les études. Ces chiffres concernent essentiellement les états dépressifs majeurs et ne prennent pas en compte les autres troubles dépressifs où la dépression est plus ou moins masquée par d’autres symptômes. Les statistiques indiquent des dépressions infantiles plus fréquentes chez les garçons que chez les filles.


 


Pouvez-vous définir simplement la dépression infantile ?


 


La dépression chez l’enfant est assez difficile à définir. On parle plutôt de «réaction dépressive». Celle-ci se manifeste, à travers des modes d’expression divers, par une souffrance liée à la perte et au sentiment d’impuissance que cette perte entraîne. C’est une situation sans issue spontanée pour l’enfant.


 


Comment repère-t-on un enfant dépressif ?


 


Par l’écoute du discours de l’enfant, par l’observation de son comportement et aussi par les éléments recueillis auprès des parents. Mais, pour réellement parler de dépression, il faut que ces troubles s’installent dans la durée ou se produisent de façon itérative. Les symptômes les plus fréquents sont :



  • une perte des intérêts habituels,

  • une perte de l’estime de soi,

  • une dévalorisation, un sentiment d’impuissance, de culpabilité, de honte,

  • un sentiment de n’être plus aimé,

  • un jugement péjoratif de ses productions,

  • un trouble de l’attention, de la concentration,des difficultés de mémorisation,

  • une irritabilité, une excitation allant jusqu’à l’épuisement et alternant avec des moments de repli et d’inertie,

  • un sentiment de désespoir avec parfois des idées de mort ou de suicide.

Un élément très important du repérage d’un état dépressif chez l’enfant est la rupture entre son état actuel et son état antérieur. Peuvent également s’associer à la dépression des troubles du sommeil et/ou des troubles de l’appétit.


 


Quels conseils donneriez-vous à un enseignant qui pense avoir dans sa classe un enfant dépressif ?


 


Un enseignant qui croit reconnaître les symptômes de la dépression chez un enfant doit d’abord attendre un peu. Il s’agit d’identifier ce qui ne pourrait être qu’une simple réaction à un événement de vie. Etre déprimé par la séparation de ses parents, par un déménagement, par la mort de son animal de compagnie ou même parce que l’on grandit est tout à fait normal. Si l’état persiste, il est important que l’enseignant parle avec l’enfant. Des phrases comme «je suis nul», «j’ y arrive pas», «c’est pas beau ce que fait», «j’ai encore raté» peuvent être le signe d’une dépression. Rencontrer les parents pour savoir si l’enfant se comporte de la même façon à la maison est fondamental.


L’enseignant pourra faire part de ses constatations aux parents en insistant sur le fait que, compte tenu de la perception négative que l’enfant a de lui-même, ils devront être très prudents avant d’en parler avec lui afin qu’il ne se sente pas accusé ou humilié. Enfin il est important d’orienter les parents vers des consultations avec des équipes multidisciplinaires type CMPP (Centres médico-psycho-pédagogiques ) ou pédopsychiatriques, bien placées pour répondre à ces demandes. Et si les parents sont réticents face à ces consultations, l’enseignant peut alors leur suggérer d’en parler à leur médecin de famille ou au psychologue scolaire.


 


Propos recueillis par Hanna Mbonjo


 


(1): Marie Michèle Bourrat pédopsychiatre psychanalyste, praticien hospitalier, responsable du pôle de pédopsychiatrie du CH Esquirol et membre du bureau de la Société française de psychiatrie de l’enfant de l’adolescent et des professions associées.


(2): Voir «Conférence de consensus : les troubles dépressifs chez l’enfant : reconnaître, soigner, prévenir. Devenir» . Et notamment la page 29 : «L’école peut donc contribuer à entretenir et même accentuer les facteurs de risque lorsqu’elle stigmatise un échec ou une chute des résultats (…). L’école est un lieu où les troubles dépressifs peuvent être observés et reconnus sans être pour autant un lieu de diagnostic.»


 


A lire : Les relations parents -enfants de la naissance à la puberté par M.M.Bourrat et R. Garoux chez Armand Colin (Cursus).

Et à la crèche : peut-on parler de « dépression » pour un enfant en bas âge qui ne parle pas encore ?

Oui on peut parler de dépression chez les bébés. René Spitz a décrit la dépression «anaclitique». Celle-ci se caractérise par un comportement atone sans pleurs ni larmes, une expression mimique pauvre avec des conduites répétitives monotones, une pauvreté interactive, une altération de la communication. Ce sont des enfants qui présentent une hypervigilance du regard associé avec une lenteur gestuelle et corporelle. A ses manifestations psychologiques s’ajoutent souvent un arrêt de la courbe de poids et des troubles du sommeil. Ces manifestations sont souvent liées à des séparations d’avec la mère.

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