Philippe Ramel : un bus pour découvrir les médias

De l’autre côté des Alpes, en patrie helvétique, Philippe Ramel sillonne les routes du canton de Vaud1 aux commandes d’un singulier objet pédagogique : le Cyberbus2, un studio multimédia sur roues au bord duquel lui et sa complice Valérie Jaton proposent aux enseignants équipement et formation pour mener des projets d’éducation aux médias. En route !

Villeneuve, sur les bords du lac Léman. Depuis deux semaines, le Cyberbus stationne dans la cour du collège et accueille des classes venues mettre en forme leur projet. Film d’animation, reportage vidéo ou CD-Rom, «chaque travail se déroule en trois moments : l’initiation, l’acquisition et le montage» explique Philippe Ramel avant de compléter : «notre véritable salaire, c’est de voir une idée aboutie et concrétisée». Devenu enseignant par «facilité», entendez par héritage familial, ce passionné de l’image avoue, dans un sourire, sa tendance frénétique, «au sens Freinet du terme» juge-t-il utile de préciser, et un goût certain pour les projets pédagogiques. D’où les fictions et reportages réalisés avec ses classes, d’où le rôle d’animateur informatique qu’il endosse au sein de son école3. C’est d’ailleurs cette fonction qui, un jour, l’amène à imaginer son bus Volkswagen transformé en studio informatique : «Les élèves y réaliseraient le journal de la fête des mères, des étiquettes pour leurs cahiers ou des dessins pour le cours de sciences…». Or, au même moment, il apprend que la Haute Ecole Pédagogique (HEP)4 alors en création, recherche des idées innovantes de formation continue. Des idées innovantes, dites-vous ?


 


Un outil de formation


 


Après avoir présenté son projet et obtenu un soutien financier5, Philippe revoit son concept pour «passer de l’idée d’animation à celle de formation pédagogique». Engagé au sein de la HEP, il y rencontre Valérie. «On s’est tout de suite bien entendus» glisse-t-il presque timidement, en évoquant cette enseignante, également productrice d’émissions éducatives et conceptrice de matériel pédagogique, qui le rejoint dans l’aventure. Le binôme constitué, le fourgon Volkswagen devenu un douze tonnes équipé en ordinateurs et caméras, le Cyberbus entame sa tournée à l’automne 2003. Des premiers projets mis en route, Philippe retient cette impression de «déconcrétisation» ou prise de conscience des fragilités de la mission.


Avec Valérie, ils vont à la rencontre des enseignants en demande d’une formation audiovisuelle intégrable à leurs cours. Cette demande, ils l’ont effectuée auprès du HEP, et leur formation s’étalera sur plusieurs semaines. Un fort engagement est demandé aux enseignants lancés dans l’expérience audiovisuelle. Un engagement tant pratique – «ils doivent négocier des heures avec leurs collègues, dégager du temps malgré l’institution qui exige des résultats» – que moral. Car «se former, c’est accepter de se déformer» explique Philippe. Admettre ainsi ses lacunes pour «mettre les mains dans le cambouis informatique» et envisager une autre relation avec les élèves où «ils deviennent les associés de l’enseignant».


 


«Les médias, c’est où je veux, quand je veux, comme je veux»


 


Pierre angulaire de la formation, l’éducation aux médias se pratique ici en mode actif. En les accompagnant dans la réalisation d’un clip, d’un site Internet ou d’une production multimédia, les enseignants mènent leurs élèves vers la maîtrise des technologies de l’information. Une démarche indispensable à l’heure où «personne ne peut échapper aux médias» et qui débouche, entre autres, sur l’éducation à l’émotion. «Aujourd’hui, pour ressentir des émotions, il faut que ce soit fort, râpeux, bruyant ! Comment les enfants peuvent-ils se reposer de tout ce brouhaha visuel et sonore ?» interroge Philippe. Peut-être en explorant ce paysage audiovisuel, en le recréant à leur image et à leur façon. Tel est le pari lancé par celui qui, à ses heures perdues, expérimente des conditions de tournage, fabrique des boîtes à décors interchangeables et débat avec Valérie de leur autre ambition : dépasser les frontières vaudoises pour faire du Cyberbus un projet fédérateur de la Suisse romande. Histoire à suivre…


 


Cécile Desbois


 


(1) La Suisse est constituée de 26 cantons qui ont chacun leur propre constitution, parlement, gouvernement et tribunaux. Ils bénéficient aussi d’une large autonomie en matière de politique éducative.


(2) Le Cyberbus s’inscrit dans le projet global Médiabus qui inclut également un Radiobus.


(3) Etablissement primaire du Mont-sur-Lausanne.


(4) HEP ou Haute école pédagogique vaudoise du canton de Vaud. Cette institution assure la formation des professionnels de l’enseignement et oeuvre dans la recherche et le développement en éducation.


(5) Apporté par le canton de Vaud et la Confédération helvétique.

Philippe Ramel en cinq dates :

1983 : la révélation. Il découvre son premier produit multimédia


1984 : obtient son brevet d’enseignant


1986 : le Mac débarque dans sa classe !


2003 : premiers tours de roues du Cyberbus


2007 : projet pilote, Médiabus devient pérenne sous le nom de Médiabus 2.

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