Olivier Besancenot : ‘L’école ne recherche pas l’égalité’

Développer l’enseignement technique, diminuer les effectifs des classes, en finir avec la précarité des enseignants et leur proposer une véritable formation continue : les propositions en matière d’éducation d’Olivier Besancenot, candidat de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), ne manquent pas…

Les enseignements actuels sont-ils adaptés aux besoins de la société ?


 


En grande partie, puisqu’ils touchent en principe aux savoirs validés socialement de longue date. Mais … en partie seulement ! L’équilibre des disciplines demanderait à être revu pour tenir compte des « besoins en savoir » nouveaux. Principalement, il s’agirait de donner toute sa place à l’enseignement technique et technologique dans la scolarité commune. Et de développer massivement les savoirs qui traitent des relations à la nature (médecine, par exemple) et aux autres individus (psychologie, sociologie, etc.)


 


Comment rétablir l’égalité des élèves devant le savoir ?


 


Une partie de la réponse tient à la modification de l’équilibre des disciplines. Jaurès avait, en son temps, déjà abordé la question en montrant comment la nature même des savoirs traités pouvait développer de l’inégalité. En même temps, comme le disait Gramsci, il n’est pas question que le prolétariat soit privé de la disposition de « tout le savoir humain ». Pas de populisme, donc. Mais pas de naïveté non plus : l’inégalité de la société se traduit aussi dans le choix des savoirs scolaires.


Une autre partie de la réponse tient à la question pédagogique. Dans une école toute entière tournée vers les classements, les examens, la concurrence (reflet évident de la société capitaliste elle-même), l’égalité est non seulement impossible mais, en réalité, elle n’est même pas recherchée. Par ailleurs – mais on ne peut pas s’attendre à moins de notre part – il faut traiter aussi de la question sociale sous son aspect purement matériel. Il ne peut pas y avoir d’égalité entre des élèves dont les parents ne sont pas assurés du lendemain et des élèves dont les parents sont des actionnaires heureux du CAC 40, entre ceux des communes riches et ceux des communes pauvres.


 


Comment prendre en charge les élèves en grande difficulté ?


 


La plupart des déclarations de gauche et de droite cherchent une issue dans une individualisation de plus en plus poussée (« soutien »). Bien entendu, c’est nécessaire, ne serait-ce que pour compenser les inégalités avec les familles disposant d’un fort capital culturel. Mais c’est une toute petite partie de la question. On ne peut pas imaginer qu’un élève en difficulté en classe ait par miracle du succès en dehors. La question est donc comment améliorer la situation en classe. L’économiste Thomas Picketty – proche du PS – a montré d’une manière incontestable que la diminution du nombre d’élèves par classe avait un effet puissant sur la réduction des écarts. A cela, il faut ajouter qu’une des clés du problème est la bonne maîtrise des pratiques écrites, dès le CP. Cela se traduit dans nos propositions : pas plus de 18 élèves en CP. Et pas plus de 20 dans tous les établissements ZEP. Pour les 100 établissements secondaires les plus en difficulté, pas plus de 18.


 


Comment former et recruter les enseignants ?


 


Il faut en finir d’abord avec toutes les formes de précarité de l’emploi. Le niveau de recrutement des professeurs titulaires doit être maintenu à la Licence. Il faut passer à deux années de formation en IUFM après la réussite du concours (la deuxième année donnant plus de place à l’alternance). Et il faut, parallèlement, défendre la possibilité effective d’une formation continue, donnant une place indispensable aux apports de la recherche d’un côté, à la mutualisation des pratiques de l’autre.


 


Dans votre manifeste, vous proposez d’instaurer une scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans. Pour quelles raisons ?


 


Dans les faits, plus de 85% d’une génération est déjà scolarisée, à des titres divers, à l’âge de 18 ans. Il ne s’agirait pas, pour le coup, d’une révolution, mais de la nécessité de ne pas rejeter les 15% restants, et surtout de prendre acte de l’augmentation des qualifications nécessaires pour la société future pour laquelle nous nous battons. L’évolution libérale veut au contraire diminuer cet âge – par exemple avec l’apprentissage à 14 ans – ceci étant cohérent avec la société qu’elle met en place. Dans celle-ci domine en effet une forte segmentation de la force de travail, hautement qualifiée à un bout, fortement déqualifiée à l’autre bout. Une société de plus en plus éclatée et inhumaine …


 


Propos receuillis par Hanna Mbonjo

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