Des enseignants en entreprise

La réforme des IUFM, proposée par le ministère de l’Education, envisage d’envoyer les futurs professeurs en stage de découverte en entreprise. Mais les enseignants qui le souhaitent peuvent déjà effectuer de tels stages1. Ce fut le cas de Claire Lucchese, professeur de génie civil au lycée Saint Lambert, à Paris. Elle a passé près d’un an dans une entreprise de travaux publics.

Pourquoi avez-vous souhaité effectuer un tel stage ?


 


Avant de passer mon agrégation, j’ai suivi une formation d’ingénieur. J’étais donc déjà plus orientée vers l’industrie que vers l’enseignement. J’ai finalement choisi de m’y consacrer, mais après ma première année de prof, je me suis rendue compte qu’il me manquait un vécu sur lequel m’appuyer.


 


Comment avez-vous procédé pour organiser votre stage ?


 


J’ai contacté mon inspecteur pour lui faire part de mon souhait. C’est lui qui m’a mentionné l’existence d’une convention qui permet ce type de démarche. Je connaissais une entreprise pour y avoir déjà effectué un stage pendant ma formation, je me suis donc rapprochée d’elle. L’ensemble de la procédure a pris environ six mois et, à la rentrée suivante, j’intégrais la société Petit pour une année scolaire.


 


Une fois dans l’entreprise, comment s’est déroulé le stage ?


 


Le fait de connaître déjà le personnel a, évidemment, facilité mon intégration. Pour le reste, les conditions étaient bien claires dès le départ : j’étais accueillie en tant qu’enseignante. J’étais donc là pour exercer une activité, mais on n’attendait pas de moi des résultats ou des performances exceptionnels ! Cependant, ma formation technique m’a rendue opérationnelle assez rapidement et, au sein d’une équipe, j’ai conduit les travaux sur deux grosses opérations : un chantier de construction d’immeuble de bureaux et un autre de réhabilitation dans un grand magasin.


 


Vous a-t-il amenée à modifier votre enseignement ?


 


Bien sûr. En découvrant concrètement ce à quoi se destinent mes élèves, j’ai pu intégrer des informations plus pertinentes à mes cours. Par exemple, pour ce qui concerne la coordination d’un chantier, j’ai appris à distinguer ce qui relève vraiment du domaine de l’urgence. Quand je ne l’appréhendais qu’en théorie, tout était un peu traité de la même façon. Me confronter à la réalité m’a permis de mieux mesurer les contraintes qui imposent une chronologie plus marquée. J’ai également amélioré mes compétences dans certains domaines techniques que je connaissais peu, notamment en matière de réhabilitation. Enfin, j’ai noué des contacts avec de nombreux professionnels à qui je demande de la documentation ou d’organiser des visites de chantiers pour les élèves. Finalement, le bilan est totalement positif et je serais d’ailleurs prête à recommencer régulièrement, pour des petites piqûres de rappel.


 


Propos recueillis par Patrick Lallemant


 


(1) :Le CERPET (Centre d’étude et de recherche pour les professeurs de l’enseignement technique) organise plusieurs types de stages en entreprise pour les enseignants. Des stages longs (une année scolaire), des stages courts (pendant les vacances scolaires) destinés aux enseignants d’économie et de gestion ainsi qu’à ceux de sciences et techniques industrielles. Le Cerpet organise également des stages de quelques jours ouverts à toutes les équipes pédagogiques (enseignants quelle que soit leur discipline, CPE, documentalistes…) qui souhaitent aider les collégiens à choisir une orientation professionnelle.

Pour effectuer un stage : faire simultanément une demande écrite au Cerpet et à l’Inspection territoriale.

Comment avez-vous été rémunérée?

J’ai toujours été payée par l’Education nationale et j’ai donc conservé mon salaire d’enseignante. La seule véritable différence est intervenue au niveau des congés et des horaires. Je me suis plus ou moins calée sur ceux de l’entreprise. Et tout en bénéficiant de RTT assez nombreuses, j’ai quand même eu moins de vacances que d’habitude.

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