1ère Journée du Numérique à Paris 5 : quand les cours de fac passent par le blog et le wiki…

A l’occasion de la 1ère Journée du Numérique qui a lieu le 16 mars à l’université René Descartes-Paris 5, nous avons rencontré Sophie Pène, vice-présidente de l’université en charge des TICE. A Paris 5, blog et wiki sont des supports de cours tout à fait courants…

Pouvez-vous retracer l’historique de la cellule Tice et nous expliquer quel est son rôle ?

Le président Jean-François Dhainaut lors de son élection en mars 2004 a voulu mettre en place une cellule TICE. Il n’y avait pas d’équipe dédiée jusque-là. L’université ne proposait aucun moyen pour médiatiser un cours, c’est-à-dire lui donner une version web. Au départ, la cellule TICE était censée être comprise dans les compétences de la DSI (direction des systèmes d’information). Cela s’est vite avéré impossible. C’est pourtant encore le cas, officiellement, nous ne sommes pas vraiment émancipés en tout cas administrativement, donc on ne peut pas trop dire cela… La cellule TICE a véritablement été créée en septembre 2006. J’ai commencé avec les moyens qu’on me donnait : nous étions 3 pour démarrer ! A ce jour, nous sommes 10, ce qui est très peu. Mais le président a promis que les effectifs seraient bientôt doublés…

Votre cellule est-elle importante par rapport à d’autres universités ?

Non, je ne crois pas, 10 personnes, c’est vraiment un minimum ! A l’université Jules Verne en Picardie par exemple, ils sont 40. Pour constituer une vraie cellule TICE qui remplisse tous les services attendus, il faudrait au moins 20 personnes à temps plein.

Bien que petite, votre cellule est pionnière au niveau national, et international, dans le domaine du e-learning. Vous avez créé des outils exclusifs. Pouvez-vous nous les présenter ?

Au début de la création de notre cellule, comme je vous l’ai dit, nous disposions de peu de moyens. J’ai donc dû trouver des solutions rapides et peu coûteuses. J’ai trouvé des outils gratuits permettant la mise en place d’un travail coopératif. J’ai vite compris en effet qu’on ne pourrait jamais amener les enseignants à mettre en ligne leurs cours, et les étudiants à s’impliquer dans ce mode de travail, s’il n’existait pas un réseau social. Ce que j’entends par réseau social, c’est un espace libre, où chacun puisse s’exprimer. Le blog et le wiki correspondent parfaitement à tous ces critères.

L’utilisation du blog et du wiki dans le cadre d’un enseignement supérieur est une grande première.

En effet, il s’agit d’une stratégie de rupture par rapport à ce qui se fait déjà en termes d’e-learning. Je vais vous donner quelques exemples. Pour ce qui est du wiki, le principe est que l’on écrit à plusieurs un texte unique. Cela est très pratique pour de gros projets. Pour donner un exemple, nous avons proposé ce support à 150 étudiants en informatique : ils devaient rendre compte de tout leur travail sur le wiki, c’est-à-dire de leurs notes de réunion, de leur agenda, de leurs textes de synthèse tels leur cahier des charges. Pour l’enseignant, l’avantage est évident : il a sous les yeux toute la logique de production de projet, une traçabilité complète des étapes, et il cerne parfaitement l’ensemble de la méthodologie du groupe. De plus, pour faire ses commentaires, il intervient directement, il n’a pas besoin de passer par le mail. Pour ce qui est du blog, actuellement par exemple, 450 étudiants d’une licence professionnelle ont utilisé le blog pour une formation à l’écriture web et au bilan de compétences. 400 étudiants en médecine feront à partir de septembre 2007 leur suivi de stage par le biais des blogs. Ils noteront au jour le jour ce qu’ils font, ce qu’ils ressentent, leur première piqûre, la façon de faire un pansement etc. Cela est bien plus pratique et vivant pour le professeur qui les suit que les anciens feuillets avec des cases à cocher. C’est d’autre part une bien meilleure façon pour l’enseignant d’évaluer les savoirs-faire pratiques.

Mais ce n’est pas tout : votre université est également parmi les premières à proposer des cours en balado-diffusion…

En effet, c’est l’occasion pour moi de parler d’un de nos outils merveilleux : la médiathèque. L’idée est de faire un petit fichier son pour aider les étudiants. A distance, l’étudiant se sent perdu s’il n’a pas compris quelque chose. Or moi, en tant qu’enseignante, qu’est-ce que je fais ? Je prends le micro et j’explique en 10 minutes un point de cours que les élèves peuvent réécouter cela à tout moment sur leur baladeur.

Est-ce efficace ?

Oui, ça marche ! De plus, les enseignants sont beaucoup plus enclins à parler devant un microcravate, qu’à rédiger intégralement leurs cours. Ils sont déjà tellement noyés de travail ! Enfin, cette technique est très appréciable pour archiver des événements scientifiques à forte valeur pédagogique, tels les colloques. Elle est utile aussi pour pouvoir réécouter au calme un cours qui a lieu dans un amphi surpeuplé et bruyant. Sans parler de l’international, de la formation continue des adultes ou encore de mes thésards à l’autre bout du monde.

C’est donc un changement radical dans la conception d’un cours d’université ?

Oui, je pense que les contenus son et vidéos ainsi offerts constituent une évolution importante dans l’enseignement.

Comment est-ce perçu à Paris 5 ? Combien d’enseignants y utilisent l’ensemble de vos outils à ce jour ?

Pour ce qui est des blogs, pour l’instant, ils ne sont pas très utilisés par les enseignants. Nous comptons 250 blogs, dont 50 d’enseignants, tous engagés dans les TICE. Cependant, les doctorants commencent à venir, l’idée fait donc son chemin. Quant à la balado-diffusion, elle fonctionne très bien en médecine, puisque tous les cours de 3ème année sont enregistrés, et ceux de 2nde et 1ère année ne devraient pas tarder à suivre.

Cette nouvelle façon d’enseigner ne fait-elle pas peur à certains ?

C’est vrai, certains enseignants redoutent que cela ruine à terme la définition même de leur métier. Or je pense que l’on va vers une nouvelle définition de la mission de l’enseignant à l’université : sa fonction sera plus d’aider les étudiants, et plus forcément en faisant cours. Il sera là pour agréger les différentes et innombrables sources documentaires auxquelles les étudiants ont accès, et pour leur permettre d’en faire la synthèse. Moi-même par exemple, je n’ai plus besoin de faire cours, au sens magistral du terme. En ligne, je crée des dispositifs qui vont permettre aux étudiants de travailler ensemble, et je réponds aux questions qu’ils se posent. J’apporte des briques, ce sont eux qui construisent.

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