Jeux traditionnels à la récréation

Dans une commune rurale,  une institutrice a décidé de réintroduire les jeux traditionnels dans la cour de récréation. Billes, marelle et osselets semblent avoir eu un effet bénéfique sur le comportement des enfants. Mais pour Valérie Karpouchko, auteur de plusieurs livres sur les jeux et les jeux de récréation*, il ne faut tout de même pas en attendre de miracles.

Pour vous, quelle influence peut avoir le type de jeux auxquels s’adonnent les élèves sur leur comportement ?


 


Je vais commencer par une évidence : la récréation, c’est d’abord un moment de détente, pour les élèves comme pour leurs enseignants. Autrefois, les jeux se généraient spontanément et donnaient naissance à des débats, favorisaient l’échange et l’apprentissage des relations humaines, apprenaient à régler les conflits. Aujourd’hui, il me semble que, pour certains groupes d’élèves, la récréation constitue davantage un moment de tension et d’ennui.


 


C’est un peu paradoxal dans la mesure où les enfants n’ont jamais eu autant de jeux à leur disposition !


 


C’est vrai. Mais ces jeux ne répondent, le plus souvent, qu’à une logique purement commerciale ou à des phénomènes de mode, comme les cartes en tous genres que l’on s’échange dans la cour. Si plusieurs élèves en possèdent, pourquoi pas ? Il s’agit effectivement une forme de mise en relation. Ce n’est, en revanche, jamais le cas des jeux sur consoles, qui se pratiquent en solitaire. Au moment où l’enfant joue, il n’est absolument pas dans la relation humaine.


 


Que peut-on attendre, dès lors, du retour des jeux traditionnels dans la cour de récréation ?


 


En tout cas, pas un miracle ! Je participe à des expériences de ce type depuis plusieurs années. Il faut déjà que la topographie de la cour de récréation s’y prête ! Mais, même quand c’est le cas, ces tentatives ne fonctionnent en général que partiellement : certains groupes d’enfants se mettent à jouer spontanément et à chaque fois qu’ils en ont l’occasion. Mais la plupart du temps, il faut qu’un adulte soit à l’initiative du jeu. Les difficultés sont surtout importantes pour les plus petits. A partir du CE2, cela marche beaucoup mieux. Mais, en l’absence d’un adulte dans le rôle d’arbitre, les enfants restent tout de même souvent dans le conflit ou dans l’ennui.


 


Pour vous, il ne faut donc pas essayer d’utiliser les jeux de récréation à des fins pédagogiques ?


 


Bien sûr que non ! Le rapport entre jeu et école est très compliqué. On a désormais beaucoup tendance à utiliser des méthodes d’apprentissage ludiques, surtout en maternelle. Et, si la démarche n’est pas expliquée clairement, le message devient souvent le suivant : inutile de faire des efforts, on va jouer et cela suffira pour acquérir les connaissances dont on a besoin. Le jeu est alors totalement détourné de son rôle. Malgré tout, l’apport des jeux de récréation n’est pas négligeable en termes de comportement : les enfants apprennent à respecter des règles pour avoir une relation avec les autres. Ce n’est déjà pas si mal !


 


Propos recueillis par Patrick Lallemant


 


* « Jeux de récréation », le Sablier éditions

Pourquoi les jeux traditionnels ont-ils disparu ?

Je me pose encore la question. Je pense que l’arrivée des jeux sur écran leur a été fatale. La transmission entre générations ne s’est alors plus faite. Quelqu’un m’a demandé une fois si c’était à cause de la disparition des familles nombreuses. Peut-être. Et puis, je me demande si la génération de nos enfants adhère encore vraiment à ce type de jeux.

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