Arlette Laguiller :  »On ne remplace pas l’éducation par la répression »

Arlette Laguiller, candidate de Lutte Ouvrière à l’élection présidentielle, propose de rétablir l’égalité des élèves devant le savoir en donnant aux enseignants plus de moyens pour s’occuper des enfants défavorisés, et cela dès la maternelle. Elle s’insurge également contre les approches répressives des infractions commises en milieu scolaire.

Les enseignements sont-ils, selon vous, adaptés aux besoins de la société ?

Globalement oui, mais il faut se demander ce qu’est l’enseignement. A mon avis, son rôle doit être d’ouvrir à la culture et, ce faisant, d’apprendre à apprendre.
On n’a que faire de former des jeunes entre 5 ans et 16 ans à l’exercice d’un métier, ou même d’une spécialité. Il faut les cultiver, au sens large du mot, c’est-à-dire qu’ils aient des vues sur toutes les connaissances actuelles. Il faut en faire des citoyens actifs au sens politique du terme (de « polis », la ville), c’est-à-dire capables de comprendre tous les rouages de la société et d’y intervenir, et pas seulement d’exercer un métier. Bien sûr, un métier, et même la capacité d’en exercer plusieurs, est indispensable. Mais cela doit s’intégrer dans une culture générale bien conçue.
Alors, pour le moment, les enseignements, sauf les voies de garage, répondent en grande partie à ce besoin, mais cela pourrait bien sûr être beaucoup amélioré.

Comment rétablir l’égalité des élèves devant le savoir ?

On ne résoudra ce problème que lorsque l’égalité sociale existera réellement. Selon que l’on naisse dans un taudis ou dans un appartement de 120 m2, on n’est pas à égalité face à la culture. Seule l’école peut compenser en partie cette inégalité. Ecole qui doit commencer dès le plus jeune âge, juste au moment où apprendre à parler correctement dépasse les possibilités de nombre de parents. C’est la maternelle qui doit remplir cette tâche et qui doit assurer l’égalité entre les élèves. Et pour cela, il faut des enseignants qui puissent s’occuper individuellement de chaque élève, et un peu plus de ceux qui sont en difficulté que de ceux qui sont issus d’un milieu social cultivé.

Selon vous, comment former et recruter les enseignants ?

Je crois que les enseignants sont sérieusement formés à l’heure actuelle. Comment les recruter ? En rendant plus attractif le métier d’enseignant. Je ne parle pas seulement du point de vue rétribution, j’entends leur donner l’assurance et la conviction qu’ils pourront faire quelque chose d’utile et qu’ils en auront les moyens.

Quelles réformes pour l’université ?

Certainement pas rendre les universités financièrement autonomes et faire en sorte qu’elles travaillent surtout pour l’industrie privée !

Croyez-vous nécessaire une approche répressive1 en milieu scolaire ?

La répression n’a jamais permis de résoudre tous les problèmes, en particulier les problèmes principaux. Les difficultés que l’on rencontre en milieu scolaire (incivilités, injures, agressions) sont anciennes. Nous les avons connues tout au long du 20ème siècle, malgré des règlements scolaires rigoureux. La différence, c’est qu’elles sont plus nombreuses aujourd’hui. Dans les quartiers populaires et parmi les classes populaires, il y avait de nombreux militants des partis de gauche (Parti socialiste et Parti communiste), des militants syndicalistes qui, tout en contestant l’ordre social, cultivaient une certaine morale collective, de solidarité et de sérieux. Par ses coups successifs, la bourgeoisie a fait disparaître cette situation et n’a pas remplacé cette culture populaire par un quelconque effort de l’Education nationale. Et on observe que ces classes sociales, restées en friche depuis quasiment 40 ou 50 ans, laissent parfois la place à des minorités réactionnaires confessionnelles ou autres.
Pour moi, la répression en milieu scolaire ou dans les quartiers n’est absolument pas une solution. La seule solution immédiate serait de consacrer beaucoup plus de financement à l’Education nationale laïque pour créer des locaux suffisants, pour avoir des enseignants et des adultes en nombre suffisant pour tenter de remplacer ce qui existait avant.
On ne remplace pas la culture, l’éducation, par la répression. C’est un point de vue étroit d’esprit, borné, que l’on trouve dans les milieux réactionnaires.


Propos recueillis par Hanna Mbonjo



(1) Mardi 30 janvier a été signée une convention entre la Préfecture de police de Paris et le Rectorat de la capitale pour renforcer le dispositif de signalement des infractions commises en milieu scolaire.

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