Martin Vidberg : faire une BD sur mon métier d’instituteur s’imposait

Il met l’école en BD ! Martin Vidberg, jeune instituteur, dessine et raconte une année scolaire -difficile- dans son excellente BD Le Journal d’un remplaçant (Delcourt, janvier 2007). Même si profs et élèves prennent ici la forme de pommes de terre, les sujets abordés n’en demeurent pas moins très sérieux. Entretien.

D’où est venue l’idée de faire une BD sur votre métier ?

Ce sujet s’est imposé par nécessité. Il y a dans mon métier des tonnes de choses que j’avais envie de partager. Tout le monde est passé par la case élève et tout le monde pense savoir ce qu’est l’école. Mais quand on devient enseignant à son tour, les choses apparaissent très différentes. J’exerce paradoxalement un métier assez méconnu ! Plus qu’une envie, j’avais besoin d’exprimer tout ça et comme la bande dessinée est mon mode d’expression privilégié, le mélange des deux s’est fait naturellement.

Et pourquoi des profs et des élèves… patates ?

Au-delà de la facilité de réalisation, ce dessin simpliste me permet de donner une impression de légèreté au récit. J’ai pu aborder avec eux des sujets humoristiques sans m’interdire pour autant les passages plus difficiles. C’est une alternance qui existe vraiment dans une année d’enseignement. Je ne suis pas certain qu’un dessin plus réaliste et plus figé aurait permis une telle variété d’approche.

La BD est-elle un mode d’expression particulièrement adapté à l’univers de l’enseignement ?

Elle commence à trouver sa place à l’école mais je crois qu’il reste beaucoup à faire pour qu’elle quitte l’image d’un produit uniquement commercial. Quand je demande à mes élèves, en début d’une séance consacrée à la BD, de me citer quelques titres d’album, je suis toujours déçu de constater qu’ils ne connaissent invariablement qu’une dizaine d’ouvrages très populaires, des recueils de gags essentiellement. La plupart des enseignants n’en connaissent pas davantage. Il serait impensable qu’un professeur ne connaisse de la littérature que les recueils de blagues vendus en grande surface, j’aimerais que ce soit moins souvent le cas pour la bande dessinée…

Et la forme de l’éphéméride que vous adoptez ici ?

J’ai fait le choix du journal qui permet de scénariser les planches presque indépendamment, qu’elles soient légères ou difficiles, et qui fonctionne bien pour un récit autobiographique. J’avais commencé, un an auparavant, par écrire un récit qui abordait l’école par grand thème. C’était beaucoup mieux écrit et plus réfléchi mais trop sérieux à mon sens. Au lieu d’une BD légère qui montre aussi les moments plus amusants de ce métier, je partais sur un truc militant qui ne me ressemblait pas vraiment. L’usage de la première personne m’a permis de parler de tout cela avec plus de naïveté mais ce n’est pas pour autant une vraie autobiographie : j’ai volontairement oublié plein de choses de ma vie privée pour centrer le propos sur l’école.

Comment réagissent les enseignants à votre ouvrage ? Et le public en général ?

A priori les échos sont plutôt favorables auprès des enseignants, mais je suis de nature discrète et je n’ai pas été au devant des gens pour tester leurs réactions. J’imagine que j’aurais probablement plus de retours dans les semaines qui viennent. En festival*, on ne rencontre que des gens qui ont fait la démarche d’acheter l’ouvrage ou l’ont apprécié. Les avis sont donc forcément favorables, je suis surtout content de constater qu’il y a des lecteurs !

Votre album est drôle, néanmoins, comme vous le disiez plus haut, il parle aussi de choses graves. Il évoque ainsi les violences subies par les enfants, celles subies par les profs en classe, le non-soutien de la hiérarchie… D’ailleurs, à un moment dans votre album, les pages deviennent noires. Pouvez-vous nous expliquer cette rupture graphique ?

Ces pages relatent la période la plus délicate de l’année durant laquelle j’ai vraiment été tenté de baisser les bras. A partir de là, le ton du récit change un peu : je n’ai plus l’illusion de pouvoir changer les choses à moi tout seul. J’ai voulu insister sur cette rupture en utilisant un fond noir. La bande dessinée permet ce type d’approche ou de métaphore graphique, j’essaye de l’exploiter au maximum.

Aimez-vous votre métier et allez-vous continuer à le mettre en BD ?

Evidemment, j’aime mon métier. Après 5 ans d’enseignement, je suis loin d’avoir perdu la vocation et je ne considère pas du tout la BD comme une solution de rechange. Ca reste un loisir que j’essaye de faire très sérieusement mais avec un rythme d’amateur. Et non, je ne pense pas continuer à raconter mon métier en BD, j’ai bien d’autres choses à raconter.

Sandra Ktourza




*Martin Vidberg était présent cette année au festival d’Angoulême

Pour en savoir plus

Le site de Martin Vidberg contient un choix de planches, dont plusieurs du Journal d’un remplaçant et bien d’autres. A voir ici.

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