Inauguration de Paris 7 : pour Benoît Eurin, son président, l’université vit une ‘refondation’

Une nouvelle université va être inaugurée cette semaine à Paris même : l’université Paris 7. Anciennement établie sur le site de Jussieu, l’université s’installe sur celui de Paris Rive Gauche. A l’occasion de cet événement fort et rare, nous avons rencontré son président, Benoît Eurin. Il revient sur l’historique du projet et explique en quoi l’inauguration, point de départ de nombreuses perspectives d’avenir, revêt pour lui une importance particulière.

A quand remonte le projet de déménagement de l’université Paris 7 et quelles en sont les différentes étapes ?

Tout est lié à l’amiante présente sur le site de Jussieu. C’est un danger pour la santé, il a donc fallu songer à une rénovation complète du site. Il nous a été proposé une rénovation sur site occupé, impliquant de s’en aller provisoirement pour enlever l’amiante. Or en 1995, nous avons réalisé à Paris 7 que cette solution s’avérait extrêmement difficile à mettre en oeuvre, vu la densité de population fréquentant le site, et l’impossibilité de déménager provisoirement certains laboratoires expérimentaux. Fin 1996, le conseil d’administration de l’université a donc proposé de déménager définitivement dans le quartier Paris Rive Gauche et de libérer le site pour le désamiantage.

Mais comment une telle décision a-t-elle pu être acceptée ?

L’élément moteur a été, sous le gouvernement Jospin, le rôle du comité anti-amiante -dont certains membres faisaient partie de Paris 7 – qui a mené des actions devant le tribunal administratif et aussi au pénal. Les responsables politiques ont donc été mis face à leurs responsabilités, et sous la pression juridique, fin 2001, l’Etat a décidé de la construction de 110 000 m2 sur le site Rive gauche. 86 000 m² ont d’abord été construits de 2004 à 2006, et les travaux des 21 000 autres m², qui ont démarré en 2006, s’achèveront fin 2007. Trois mille mètres carré ont été retardés.

Où en est-on aujourd’hui au niveau des locaux et de leur occupation ?

Sur les premiers locaux mis en chantier en 2004, trois sont ouverts, le quatrième n’est pas terminé, il le sera à la fin de l’été. Pour le moment, les transferts sont en cours, les étudiants ont certains cours dans les nouveaux locaux et d’autres dans les anciens. Tous les occupants de Paris 7 à Jussieu seront sortis du site fin 2007. Les choses se font petit à petit. Une fois que la seconde partie des travaux sera achevée -les 45 000 m² restant, car il faut 150 000 m² en tout pour reloger Paris 7 – il faudra attendre la rentrée 2009 pour que l’université ait déménagé dans son intégralité. Pour ce qui est de l’occupation des locaux, il est difficile aujourd’hui de donner un chiffre précis. Mais une fois le site installé, c’est environ 20 000 personnes qui y passeront quotidiennement, les effectifs de l’université étant les suivants : 18 150 enseignants, 1 100 IAtoss, 26 000 étudiants, 600 personnels de recherche hébergés, venant du CNRS, de l’INSERM et du CEA.

L’inauguration d’une nouvelle université à Paris, surtout d’une telle ampleur, est un véritable événement. A quand remonte la dernière inauguration de ce type à Paris ?

Cela remonte aux années 1965-1972, avec l’ouverture de Jussieu. C’est le dernier ensemble universitaire d’importance qui ait été construit à Paris. Cela fait donc 40 ans, et il faut savoir que pour cette occasion, il n’y a pas eu d’inauguration !

Vous au contraire, vous avez souhaité marquer cet événement majeur. Pouvez-vous nous expliquer ce que vous avez prévu pour l’inauguration, et quels partenaires ont appuyé votre projet ?

Tout d’abord, est prévue une inauguration politique, officielle, qui aura lieu en présence du Premier ministre. Mais pas seulement : nous avons aussi choisi de faire une inauguration plus « festive ». C’est dans ce cadre-là que nous avons fait appel à des partenaires pour accompagner notre projet. La CASDEN a répondu favorablement et nous en avons été absolument ravis, car cet établissement a une sorte de « lien sentimental » avec le monde de l’éducation. Elle nous a apporté -avec la MAIF et la MGEN- un soutien à la hauteur de nos espérances, et au nom de l’université, je les en remercie. L’objectif est bien évidemment de poursuivre une collaboration, au-delà de l’inauguration, et d’organiser ultérieurement d’autres événements communs.

Cette inauguration est-elle le point de départ d’un nouvel essor de votre université, en particulier pour la recherche ?

En effet, c’est pourquoi nous avons voulu fêter l’événement en grande pompe. Il est évident que des locaux neufs vont attirer davantage de bons chercheurs. Et certains pôles de recherche, en particulier en physique, ont été profondément repensés. Nous sommes une université pluridisciplinaire : la nouvelle configuration des lieux va également favoriser l’interaction des connaissances. Auparavant, la structure des UFR était éclatée, puisque nous avions dû quitter Jussieu et occuper divers locaux disséminés à Paris. Or ce ne sera plus le cas : pensez par exemple à la philosophie des sciences, avec des philosophes et des mathématiciens qui se côtoient…Et puis, ces nouveaux locaux sont aussi une chance de réellement se démarquer de Paris 6 : sur le campus de Jussieu, nous étions un peu cachés par cette université aux effectifs plus importants. Enfin, il ne faut pas oublier la dimension internationale : nous accueillons 22% d’étudiants étrangers, nous avons 180 accords avec les universités en Europe, 400 dans le monde entier, et des partenariats privilégiés avec la Chine, la Corée du Sud, l’Australie et les Etats-Unis. Les nouveaux locaux seront plus propices à accueillir les étudiants étrangers. Et à renforcer les partenariats : l’université de Chicago -5e université mondiale selon Shanghaï- a par exemple acheté des locaux mitoyens de notre nouveau site.
Avec cette inauguration, nous voulons montrer que l’université Paris 7 vit une « refondation ».

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