Olivier Horvais : professeur technique, vocation sociale

Olivier Horvais, 43 ans, est professeur technique au sein de la Protection judiciaire de la jeunesse1. Son métier : tenter de resocialiser des jeunes fragilisés ou délinquants en leur enseignant les techniques du bâtiment.

En banlieue parisienne, dans un hangar destiné à devenir un atelier d’artiste, Ben2, perché sur un échafaudage, applique un enduit au plafond tandis qu’Olivier, resté en bas, accompagne ses gestes du regard. Ben est un adolescent suivi par la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) et Olivier Horvais est son « professeur technique ». Apprendre aux jeunes la peinture en bâtiment mais aussi leur inculquer le respect des horaires ou tout simplement la vie en groupe…Les missions pédagogiques d’Olivier sont hétérogènes et complexes, à l’image des situations vécues par les mineurs et jeunes adultes qui entrent dans le centre d’activité éducative et d’insertion (CAEI) de Pantin, une structure dépendant de la PJJ.


Après un DUT en génie civil (travaux public et bâtiment), Olivier Horvais, 43 ans, s’est engagé, durant deux ans, en tant que volontaire du progrès auprès d’une ONG au Burkina Faso. Il y construisait des barrages. De retour en France, il travaille pour le BTP : il est conducteur puis coordinateur de travaux. En 1993, il fonde et dirige une entreprise d’insertion3 qui périclite deux ans plus tard. En 2001, il passe le concours de « professeur technique » de la PJJ et dit en souriant : « Ce que je fais aujourd’hui, c’est un peu comme en entreprise d’insertion, sans l’ulcère en fin de mois alors que je ne savais pas comment payer les salaires… ».


 


Les aider à se construire un avenir


 


Son métier, il l’exerce par « intérêt pour les questions sociales au sens large » mais aussi par goût de la transmission. Mais la transmission au sein d’un CAEI n’est pas chose aisée. Il y a d’abord l’hétérogénéité du public : entre un jeune socialement « déphasé », un « mineur isolé » clandestin d’Afrique ou d’Asie sans famille en France, un toxicomane, un adolescent atteint de légers troubles psychiques, un jeune majeur tout juste sorti de prison…rien de commun sinon leur suivi par la PJJ ordonné par un juge. Pour chaque histoire, il faut donc une pédagogie adaptée et individualisée. « L’objectif, pour certains, sera d’entrer en centre d’apprentissage : on va donc avec eux revoir les bases du bâtiment. Pour d’autres, il s’agira de savoir respecter des horaires de travail. Nous n’avons pas un public calibré. » souligne Olivier.


Il faut ensuite posséder une grande capacité d’écoute. « Pas simplement une écoute biographique, poursuit-il, il faut être capable à partir d’un mot, d’un geste de saisir une opportunité pour apprendre quelque chose au jeune ». Accompagné d’un éducateur, Olivier s’occupe en général d’un groupe de neufs mineurs ou jeunes adultes pour une durée moyenne de quatre mois. « Nous nous inscrivons dans un parcours d’insertion. Notre objectif final est de les aider à se projeter dans l’avenir ».


 


Du cas par cas


 


La technique est bien le centre de gravité du métier d’Olivier : « c’est par la technique, dans mon cas la peinture, que nous faisons de l’éducatif. Le travail sur des chantiers, c’est une dynamique de groupe où il s’agit de construire quelque chose ensemble ». Mais comme tout métier où l’humain est en jeu, rien n’est jamais acquis : « Lorsqu’un jeune va très mal, qu’il replonge dans des problématiques lourdes, commet des actes graves ou s’en prend à lui-même, alors là oui, on vit cela comme un échec » explique Olivier pour qui aucune réponse toute faite ne peut être apportée à ces jeunes. « Il faut faire du cas par cas. Car vous savez, on n’encadre pas la misère… »


 


Hanna Mbonjo


 


(1) : La Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ ) est une des directions du ministère de la Justice. Les services de la PJJ prennent en charge, par décision de justice, trois catégories de jeunes de 16 à 21 ans : « les mineurs en danger » moral et physique, les « mineurs délinquants » et les « jeunes majeurs en difficulté d’insertion sociale ». Dans le cadre de ses missions, la PJJ a établi des partenariats avec l’Education nationale (enseignants détachés, mise en place d’actions communes pour les classes relais par exemple…)


(2) : prénom changé


(3) : les entreprises d’insertion ont pour objet d’intégrer des personnes en grande précarité par l’exercice d’une activité économique

Olivier Horvais en 5 dates

1983 : obtient son DUT en génie civil


1986 : part au Burkina Faso. Construit des barrages


1989-1993 : conducteur puis coordinateur de travaux


1993 : fonde une entreprise d’insertion


2001 : devient professeur technique de la PJJ après un an de formation.

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