Etablissements non-fumeurs

L’interdiction de fumer dans les lieux publics entrera en vigueur le 1er février 2007. Les établissements scolaires ne font pas exception à la règle1. Une récente étude de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) montre que le tabagisme ne cesse de reculer dans les lycées. Toutefois, quelques irréductibles enseignants fumeurs restent difficiles à convaincre. Serge Karsenty, chercheur au CNRS, est l’un des auteurs de l’étude.

Quels sont, pour vous, les principaux enseignements de l’étude ?


 


Une première enquête avait été menée en 2002. Depuis cette date, le recul du tabac s’est confirmé, tant chez les élèves que chez les personnels, enseignants et autres. Pour ce qui est du personnel, on comptait l’an dernier 4% de personnes qui fumaient entre 1 et 5 cigarettes par jour et 16% qui fumaient plus de 5 cigarettes quotidiennes. Côté élèves, le nombre des lycéens qui ne fument jamais à l’intérieur de l’établissement a plus que doublé : 69% contre 33% en 2002.


 


Intéressons-nous plus particulièrement aux enseignants. Quelles évolutions avez-vous constatées ?


 


Le nombre d’établissements dans lesquels il était totalement interdit de fumer, y compris pour le personnel, a augmenté, mais pas du tout dans les mêmes proportions que ceux où l’interdiction ne concernait que les élèves. Les vrais fumeurs ont donc continué à fumer, mais de moins en moins dans la salle des profs. Ainsi, dans les établissements pourvus d’une seule salle des professeurs, le nombre de salles où l’on pouvait fumer est passé de 14% en 2002 à 2% l’an dernier. Parallèlement, le pourcentage des salles de profs où il était totalement interdit de fumer s’élevait l’an dernier à 43%, contre 30% quatre ans plus tôt.


 


Tout cela sera bientôt révolu. A votre avis, comment va se passer la transition ?


 


Les débuts risquent d’être difficiles pour quelques enseignants. Cela étant, je reste assez optimiste. D’abord parce le nombre de fumeurs totalement « accros » est en forte réduction. Par ailleurs, l’expérience prouve que l’interdiction de fumer passe en général sans difficulté. Cela a été le cas pour le train ou l’avion. L’interrogation réside plutôt sur la taille de la petite minorité qui va trouver des stratégies de contournement. Car, ne nous voilons pas la face : dans les grands établissements, certains emplacements extérieurs seront incontrôlables. Mais je pense que les irréductibles seront moins nombreux que ce que l’on imagine. Chaque resserrement de la réglementation entraîne, en effet, l’abandon de la cigarette par un certain nombre de fumeurs qui acceptent la contrainte.


 


Faut-il, cependant, prévoir des actions spécifiques à destination des enseignants ?


 


En plus de la distribution des affiches et des panneaux d’interdiction, le ministère de l’Education a également prévu des fiches donnant des conseils sur la façon de procéder2. Peut-être faut-il proposer aux gros fumeurs de se procurer des patches ou des gommes, ou de débuter une cure anti-tabac. Ce qu’il faut absolument éviter, en tout cas, c’est de voir professeurs et élèves fumer les uns à côté des autres, sur le trottoir, devant l’entrée de l’établissement. C’est d’autant plus important que le comportement des enseignants a, bien sûr, valeur d’exemple.


 


Propos recueillis par Patrick Lallemant


 


1 : voir le décret du 5 décembre 2006


2 : Voir le guide d’intervention de la prévention des pratiques addictives en milieu scolaire.  Voir aussi le site du gouvernement consacré à l’arrêt du tabac dans les lieux publics.

Y aura-t-il des sanctions ?

Des amendes sont prévues. Mais les chefs d’établissement qui auront correctement apposé les affiches et indiqué l’interdiction de fumer dans le règlement intérieur ne pourront être inquiétés. Quant aux enseignants, pour qu’ils le soient, il faudrait qu’ils soient dénoncés, ce qui me paraît assez peu envisageable.

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