Enseignants : des salaires démoralisants

Une étude parue début janvier, portant sur « Les Traitements des fonctionnaires français de 1960-2004 », pose en sous-titre la question suivante : « la voie de la démoralisation ? ». Réalisée par trois enseignants-chercheurs en sciences économiques, l’étude montre, chiffres et courbes statistiques à l’appui, que le pouvoir d’achat des enseignants ne cesse de baisser.

L’étude, publiée sur le site de Paris 1, s’intéresse à l’ensemble du corps enseignant, de l’école à l’université. Pour ce qui est des professeurs des écoles tout d’abord, elle met en avant le fait que « si les traitements nets et bruts réels des instituteurs ont stagné à partir de 1990, la mise en place du corps des professeurs des écoles en 1989 a apporté à la profession certaines perspectives nouvelles et une véritable ‘bouffée d’oxygène' ». Même si les salaires sont loin d’être mirobolants, le changement de statut des instituteurs permet réellement une progression plus rapide.
Les conclusions de l’étude ne sont absolument pas les mêmes pour les professeurs certifiés et agrégés. Elle compare les « traitements annuels nets et bruts en euros 2004 depuis 1960, au 1er et 11ème (et dernier) échelon des carrières, pour les certifiés et les agrégés ». Il s’avère qu' »en termes nets (c’est-à-dire après déduction des cotisations sociales obligatoires, assurance maladie, retraite, chômage, CSG, et CRDS pour l’essentiel), la baisse de pouvoir d’achat depuis 1981 est de 20% au dernier échelon des certifiés, 18% au premier échelon des certifiés, 20,6% au dernier échelon des agrégés et 19% au premier échelon des agrégés ». Les auteurs de l’étude concluent en avançant le chiffre suivant : les enseignants du secondaire « ont perdu 20% de pouvoir d’achat en 25 ans ».

« Une superstructure : la démoralisation »

Mais ce n’est pas tout. Après les enseignants du secondaire, l’étude se penche sur la situation dans le supérieur. Chiffres et analyses pointues à l’appui, le bilan est le même que pour les enseignants du secondaire : « le pouvoir d’achat des maîtres de conférences et des professeurs des universités a baissé de 20% en 25 ans, de 1981 à 2005″. Les auteurs de l’étude interviennent pour livrer leur analyse personnelle. Ils insistent sur l' »état général de démoralisation » qui affecte la profession, et décrivent les conséquences qui en découlent. Car « il y a un prix à payer pour le déclin salarial ». On note d’une part « la baisse de l’effort et de la productivité […] », qui se traduit par exemple par un fort taux d’absentésime et de faibles indicateurs de performance individuelle.
Et d’autre part se développe un phénomène d' »anti-sélection au niveau des recrutements, en réponse à la baisse de l’attractivité des carrières ». Une anti-sélection rendue nécessaire par la désaffection des jeunes talents pour les concours de recrutement de la fonction publique.
Avec en arrière-plan, l’omniprésence d’une « superstructure : la démoralisation… ».
Comment sortir de ce marasme ? Une des solutions envisageables pour les trois chercheurs serait la mise en place de l’équation « moins de fonctionnaires, mais de meilleure qualité » et surtout « mieux récompensés ».

Oui, mieux récompensés. Vu la difficulté des études qui conduisent aux carrières d’enseignant, ne serait-il pas juste que leur travail leur garantisse, si ce n’est des salaires conséquents, au moins le maintien de leur pouvoir d’achat ?

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