Gilles Thomas enseigne entre septembre 2000 et juin 2006 l’histoire géographie à l’Ecole française internationale de Riyad, la capitale de l’Arabie Saoudite. Un établissement laïc mixte, accueillant 1200 élèves de la maternelle à la terminale. Un véritable ovni dans un pays où toutes les autres écoles imposent des heures quotidiennes d’étude du Coran et veillent à une séparation stricte des garçons et des filles.


 


Une société aux interdits multiples


 


« Nous fonctionnions comme nous l’aurions fait en France. Mais nous n’avions pratiquement pas de Saoudiens dans nos classes. Ils avaient besoin d’une dérogation pour pouvoir s’inscrire chez nous. La plupart des élèves étaient originaires d’autres pays arabes ». Enfants d’expatriés, grandissant dans une société où les interdits sont multiples, les lieux de socialisation rares et les occasions de sorties quasiment nulles, les jeunes considèrent l’établissement comme un espace de liberté. Les adolescentes quittent l’Abaya, le voile traditionnel saoudien, sitôt franchi la porte du lycée. Les garçons ont enfin le droit de discuter avec des filles de leur âge. « Ils étaient heureux de venir dans cette école qui était aussi un endroit très familial. C’est un pays où j’ai pu établir un contact extraordinaire avec les enfants », se souvient Gilles Thomas.


 


Actualité brûlante


 


Un établissement aussi où le désir d’apprendre est réel. « Les élèves étaient curieux de tout, très réactifs, très ouverts aussi ». Avec les enseignants francophones, ils découvrent une méthode d’apprentissage davantage fondée sur l’analyse de documents que sur le « par cœur ». Ils s’adaptent vite, répondent, interrogent. « Ils avaient surtout envie de comprendre, d’entendre un autre discours ». L’histoire, pour ces adolescents, provenant de pays où l’actualité est brûlante, se confond souvent avec leurs vécus. Ils sont de fait plus impliqués dans des cours qui parlent de leurs vies. Ainsi, cette jeune palestinienne qui apprend dans un ouvrage français l’histoire de la création de l’Etat d’Israël. « Je me suis parfois retrouvé confronté à une vision politisée des choses. A des slogans. Dans ces cas là, j’ai essayé de leur apprendre à voir les évènements d’une façon moins manichéenne. Je n’ai jamais eu de refus ou de blocage ». Arrivé en Arabie Saoudite en 2000, Gilles Thomas y a passé six années particulièrement riches. Difficiles aussi parfois, notamment quand une série d’attentats vise des villas où vivent certains de ces élèves. « Mais je n’ai jamais eu envie d’abréger mon séjour », explique ce père de trois enfants, passionné d’histoire et du monde arabe, qui a finalement quitté l’Arabie Saoudite en juin 2006 pour rejoindre sa femme, au Liban depuis septembre 2005. Il est aujourd’hui professeur au lycée Louise Wegman de Beyrouth.


 


Isabelle Dellerba