Comment enseigner la grammaire ?

Le linguiste Alain Bentolila vient de remettre au ministre de l’Education une série de propositions visant à améliorer l’enseignement de la grammaire. Pour Viviane Youx, présidente de l’Association des enseignants de français, des évolutions s’imposent effectivement. Mais elle ne pense pas que l’on puisse séparer les diverses composantes de l’enseignement de la langue.

Que vous inspirent les débats autour de l’enseignement de la grammaire ?


 


Nous sommes inquiets devant la perspective d’un saucissonnage progressif de l’enseignement du français. Il me semble que l’on tente de récupérer les craintes des parents. Déroutés par une terminologie parfois confuse, ils ont l’illusion que, si l’on revient à un découpage artificiel, ils retrouveront la grammaire de leur enfance. Or, nous enseignons une matière qui a une cohérence. L’étude de la langue passe aussi par l’oral ou la littérature. La grammaire est une partie de l’enseignement du français, qui ne peut pas en être détachée.


 


Pour vous, contrairement à ce qu’affirme le rapport Bentolila, il est donc parfaitement possible d’apprendre la grammaire dans des textes ?


 


Evidemment. J’irai même plus loin : il est impossible d’apprendre le français aux enfants en se contentant d’additionner diverses disciplines. Il ne suffit pas de faire une heure de grammaire, puis une heure d’orthographe pour que tout cela se mette mécaniquement en place. De plus, on fait croire qu’il n’y a plus d’apprentissage de la grammaire aujourd’hui. C’est faux. Des heures spécifiques y sont toujours consacrées. Simplement, sous l’influence des recherches en linguistique, notre discipline a énormément évolué en peu de temps.


 


N’y a-t-il pas des changements à apporter aux terminologies parfois confuses ?


 


C’est vrai qu’il y a eu des flottements que nous souhaitons voir clarifier : ainsi une même classe grammaticale peut être nommée différemment. Pour prendre un exemple simple, soit on parle de « nom », soit on parle de « substantif ». Pour que parents et élèves s’y retrouvent, il faut utiliser la même terminologie dans tous les manuels, ce qui n’est effectivement pas toujours le cas. Mais cette clarification ne signifie pas à un retour aux catégories que les parents ont connues pendant leur scolarité. Dire que l’on va revenir à ce que l’on a fait il y a trente ou quarante ans constitue une illusion démagogique. Ce n’est d’ailleurs pas ce que propose le rapport.


 


Ce rapport évoque la nécessité d’établir une progression. Qu’en pensez-vous ?


 


Nous la réclamons depuis très longtemps ! Mais il faut que cette progression s’appuie sur les fréquences d’utilisation et les stades de développement de l’enfant plutôt que d’aller, comme le préconise le rapport, du simple au complexe. Car une addition de phrases simples ne fait pas un texte. Par ailleurs, à l’époque où tous les élèves n’allaient pas au collège, il fallait que toutes les règles aient été apprises avant la fin de l’école élémentaire, et on reprenait l’ensemble à partir du collège. Cette répétition n’est à présent plus nécessaire et l’on peut désormais échelonner la progression jusqu’au collège. Car certains mécanismes ne sont pas accessibles très tôt. Il faut donc s’appuyer sur les travaux qui ont été menés pour déterminer à quel âge un enfant est capable d’aborder, par exemple, la subordination. En outre, il convient d’établir une distinction entre usage et compréhension. Cette progression doit donc partir de la pratique pour aboutir à la réflexion sur la langue. On commencera ainsi par apprendre et appliquer les règles de grammaire pour ensuite les comprendre.
 


Est-ce bien celle-ci que vous vouliez ?



Consacrer davantage de temps à l’enseignement du français, dans toutes ses dimensions, est une nécessité. Nous sommes la discipline qui a perdu le plus d’heures : en sixième, les élèves sont passés par exemple de 6 heures, dont la moitié en demi-groupes, à 4 heures et demie classe entière. Et on ne peut pas y apprendre exactement la même chose !



 


Propos recueillis par Patrick Lallemant

Ne faut-il pas également augmenter les horaires ?

Consacrer davantage de temps à l’enseignement du français, dans toutes ses dimensions, est une nécessité. Nous somme la discipline qui a perdu le plus d’heures : en sixième, les élèves sont passés par exemple de 6 heures, dont la moitié en demi-groupes, à 4 heures et demie classe entière. Et on ne peut pas y apprendre exactement la même chose !

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