François Bayrou : ‘Il faut garantir la qualité et l’excellence scolaires partout en France’

Ancien ministre de l’Education nationale, François Bayrou veut défendre les enseignants, trop souvent considérés, à ses yeux, comme des « boucs émissaires commodes ». Il appelle de ses vœux un consensus plus large que le clivage droite-gauche, afin de répondre aux enjeux de l’éducation et de l’université.

Pensez-vous que, dans la campagne présidentielle actuelle, la question de l’éducation tienne la place qu’elle devrait occuper ?


 


Non, l’éducation n’a pas la place qu’elle mérite dans le débat. Il y a une raison assez simple : soit les candidats connaissent mal ce monde éducatif, soit ils se sentent mal avec lui. Pour ma part, je pense nécessaire que l’éducation soit placée, chaque fois que nécessaire, au centre du débat. Pour trois raisons. L’éducation, c’est évidemment la clé de la force de la France dans la compétition internationale. C’est aussi la clé du lien social. La troisième raison est plus humaniste : la responsabilité que nous avons à l’égard des enfants, c’est de leur bâtir une personnalité, un esprit critique, une capacité à juger le monde et à se guider eux-mêmes. Et il n’y a que l’éducation qui puisse le faire. C’est pourquoi l’école est au cœur de mon projet.


 


A ce sujet, quelles sont vos propositions pour rétablir l’égalité des élèves devant le savoir ?


 


Il faut garantir la qualité et l’excellence scolaires partout en France. Il faut donc prendre les décisions qui s’imposent pour que le calme et la discipline règnent dans chaque établissement (et pour ça, on sort du collège ou du lycée les 10 ou 15 enfants qui déstabilisent l’établissement et on leur offre un parcours d’éducation encadré pour leur rendre les repères qu’ils n’ont pas). Il faut également offrir des parcours d’excellence dans tous les établissements. C’est-à-dire des classes dans lesquelles l’élève qui a un potentiel est sûr de trouver la chance qu’il aurait eue dans un collège ou un lycée privilégié loin de chez lui. Il faut offrir des parcours de haut niveau sur l’ensemble du territoire. Cela peut aller avec l’idée d’un contingent affecté de places aux grandes écoles réparti également sur l’ensemble du territoire. Je suis également pour qu’on s’oblige, au moment de l’entrée en sixième, à vérifier que tous les enfants maîtrisent les fondamentaux. Pour moi, abandonner un enfant sans qu’il possède ces fondamentaux à l’entrée en sixième, c’est de la non-assistance à personne en danger. Ça a d’ailleurs un lien avec l’insécurité dans les écoles, parce quand vous êtes à ce point largué, vous n’avez qu’un moyen de vous valoriser, un moyen de trouver un statut aux yeux des autres, c’est faire le caïd.


 


Que pensez-vous du regard que notre société porte sur les enseignants ?


 


Chaque fois que l’on attaque un enseignant, je me sens personnellement blessé, comme si j’étais encore prof, même si je n’ai pas enseigné depuis 1984. De la part de gens qui ne tiendraient pas une heure dans un collège, qui sortiraient lessivés à la fin de la journée, il y a une manière de parler choquante et blessante. Comment l’expliquer ? C’est de la méconnaissance et c’est le désir d’être dans le vent dominant. Pour se faire bien voir aujourd’hui dans une assemblée, dans un dîner, il n’y a qu’à dire du mal des enseignants. Tout le monde fait chorus. On est dans le type même de la stigmatisation d’un bouc émissaire commode. Moi, je veux défendre les enseignants. J’ai l’intention de ne rien laisser passer sur ce thème. Je ne laisserai pas mépriser ces femmes et ces hommes qui font un boulot que d’autres ne feraient pas. De plus, c’est un métier duquel on devrait pouvoir sortir avant d’y revenir. J’avais plaidé autrefois pour des années sabbatiques. Je continue à penser que c’est une bonne idée parce que c’est un métier qui est extrêmement usant, du point de vue nerveux, personnel.


 


Vous proposez de réformer la classe de terminale. Dans quel but ?


 


Je propose que l’on réfléchisse à une réforme de la classe de terminale qui en fasse l’articulation entre le lycée et l’université. Pourquoi y a-t-il tant d’échecs à l’université ? Sans doute, parce qu’il y a des élèves dont le bagage est insuffisant : ils ne sont pas armés du point de vue des connaissances pour suivre. Il y a aussi la découverte brutale d’un milieu dont les règles, et notamment les règles pédagogiques, sont par nature complètement différentes. C’est pourquoi les élèves ont besoin d’être guidés sur le chemin de l’autonomie de l’apprentissage. Il faut faire de la classe de terminale une classe qui prépare la formation universitaire. Pour en revenir à l’échec à l’université, il y a aussi des fautes d’orientation. Quand j’étais ministre de l’Education nationale, j’avais instauré le semestre d’orientation à l’entrée à l’université, non sans mal à l’époque. Ce semestre fonctionne inégalement selon les universités. Je pense qu’il faut rendre cette orientation plus efficace pour qu’elle approche les objectifs que nous lui avions fixés il y a dix ans. La réorientation n’est pas un échec, c’est une chance. Je défends l’idée que l’un des drames de la France est la crise de l’esprit de création, que je vois autant dans la recherche que dans l’entreprise. Le problème fondamental est qu’on n’accepte pas l’échec. Or, si vous voulez créer, il faut prendre un risque et donc ne pas avoir peur de l’échec. Cette réhabilitation du risque implique un changement culturel très profond en France.


 


Quel constat portez-vous sur la situation de l’Université ?


 


Je vois deux questions majeures. Un problème de gouvernance tout d’abord et une question de moyens. Rappelons que l’Université française est la moins bien dotée de tous les pays de l’OCDE. A ce sujet, je suis pour des lois pluriannuelles et si possible votées au-delà des frontières majorité-opposition. Ce ne peut plus être une affaire de droite et de gauche. Les gens se rendent compte que ce vieux clivage est inefficace quand il s’agit de sauver des secteurs entiers du pays, des secteurs aussi importants que celui de l’éducation et de l’université.


 


Propos recueillis par Gilles Raillard et Stéphane Hérès

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