« Cette rentrée scolaire fut pleine de joie. Nous étions tellement heureux de tous nous retrouver ». Marie Thomas, mère de trois enfants, est professeur de lettres dans le grand lycée français de Beyrouth. Cet été, elle était en vacances en France quand, pendant 33 jours, les affrontements ont fait rage entre le Hezbollah et Israël. « Ce fut très difficile de vivre cette période loin du Liban », explique-t-elle. « J’avais envie de rentrer mais je n’avais même pas cette possibilité ».


 


Des élèves « sonnés »


 


La quadragénaire dynamique reste en contact avec les élèves par le biais d’Internet. A son retour, elle trouve « des gens sonnés » mais déterminés à avancer. « Les enfants mesuraient la chance que nous avions d’être là. En cours, ils étaient plus attentifs, plus appliqués ». L’enseignante évite d’évoquer la guerre en classe. Elle parle études, examens, travail pour aider les jeunes à retrouver une vie normale et se concentre sur le retard à rattraper. Comme dans tous les établissements scolaires du pays, la rentrée a été reculée d’un mois. « Nous avons mis les bouchées doubles dans toutes les matières. Néanmoins, nous restons extrêmement attentifs aux problèmes des uns et des autres ». Les plus petits font parfois des cauchemars. Une cellule de réflexion avec des médecins sur les traumatismes de la guerre doit être mise en place très prochainement. « Avec les adolescents, j’ai changé l’ordre du programme. Nous avons commencé par évoquer l’humanisme. Il est important de poser des principes de tolérances. J’essaie de ramener tout ce qui s’est passé à la raison, à la réflexion ». Parallèlement, elle décide de reporter l’étude de la littérature des camps de concentration. « Ils sont trop choqués pour l’instant par les bombardements, les morts. Ce serait contre productif. Je l’aborderai un peu plus tard sous un autre angle ».


 


Une passion pour le Liban


 


Parfois, cette grenobloise d’origine se sent un peu désarçonnée. « Un matin, des avions israéliens ont survolé Beyrouth. Les plus grands étaient très agités. Je n’ai pas compris tout de suite car je n’ai pas vécu les raids de cet été ». Malgré tout, la passion qu’elle a toujours eue pour le Liban lui permet de rester proche de ces élèves. « Quand j’étais étudiante, j’ai beaucoup suivi l’actualité libanaise. Depuis cette époque, je voulais venir dans ce pays ». Diplômée de lettres, le Capes en poche, elle enseigne d’abord dans le Nord puis dans la région de Grenoble. Quand en 2000, elle a l’opportunité de partir en Arabie Saoudite, elle se lance, avec son mari, professeur d’histoire, dans l’aventure. En septembre 2005, elle décroche enfin un poste d’expatriée au Liban et rencontre des élèves réactifs, heureux d’apprendre. « C’est un véritable bonheur d’être professeur à Beyrouth », conclut Marie Thomas.


 


Isabelle Dellerba