Réforme des IUFM : les directeurs sont dubitatifs

Le projet d’arrêté ministériel portant sur la réforme des IUFM ne convainc pas. Jacques Durand, président de la Conférence des directeurs d’IUFM 1 exprime ses points de désaccord notamment sur la question de la gouvernance des futurs instituts intégrés.

Quelles sont les mesures phare du projet d’arrêté ministériel réformant les IUFM ?


La première mesure prévoit l’intégration des IUFM à l’Université. Début 2007, l’IUFM de Versailles va être rattaché à l’Université de Cergy-Pontoise. Celui d’Aix-en-Provence à l’Université d’Aix-Marseille. Le processus va se poursuivre jusqu »au début 2008.


Seconde mesure : le projet insiste sur la professionnalisation des futurs enseignants. Une dizaine de compétences professionnelles ont été définies et les IUFM auront la charge de développer les contenus de formation afférents à ces compétences. Au terme de la seconde année de formation des enseignants stagiaires, un jury de recrutement devra procéder après un entretien et un examen de validation à leur recrutement ou non.


Troisième mesure : la création d’une commission nationale qui aura pour tâche d’expertiser les plans de formation des IUFM.


 


Que reprochez-vous à ce projet de réforme ?


Notre souci majeur c’est la question de la gouvernance des IUFM. A l’heure actuelle, il y a 31 IUFM. Ces 31 IUFM ont à leur tête un directeur assisté d’un directeur adjoint. Ce dernier a pour tâche de concevoir, d’animer et d’évaluer des dispositifs de formation en étroite collaboration avec les établissements scolaires. Telles que les choses sont annoncées par le ministère, dans les futurs instituts intégrés à l’université, il n’y aura plus qu’un directeur qui pourrait être assisté par une multitude de personnes participant pour une petite part au pilotage. Nous allons avoir un éparpillement à la fois des compétences et des responsabilités. Nous craignons que cela n’émiette et n’éclate la qualité de l’encadrement que l’on connaît actuellement.


 


En quoi la fonction de directeur adjoint en IUFM est-elle importante ?


Un seul exemple : les mises en stage dans des établissements comptant 3000 étudiants et enseignants stagiaires. Entre les stages d’observation, les stages en responsabilité et les stages de pratique accompagnée, c’est à peu près 8000 mises en stage qu’il faut assurer. Au-delà du chiffre, il y a des réalités de contact, de suivi, de constitution d’équipes, de système d’évaluation, etc. Pour des mises en stage, il ne suffit pas de signer des conventions. Il faut aussi un accompagnement pédagogique : c’est bien sur les stages que les enseignants attendent d’être épaulés !


 


Quel est l’autre point d’achoppement entre les directeurs d’IUFM et les propositions du ministère?


C’est la question des formateurs. Le projet du ministère propose que les formateurs exercent à mi-temps en école, collège ou lycée et à mi-temps en IUFM. Il est important que les formateurs aient un ancrage avec le terrain d’exercice dans un établissement scolaire. Mais en même temps, il faut que ces formateurs puissent disposer de temps pour faire de l’ingénierie de formation ou pour développer des ateliers d’analyse des pratiques professionnelles. Ces ateliers d’analyse des pratiques demandent de la disponibilité et du temps. Si tous les formateurs sont à mi-temps, ils ne sauront plus où donner de la tête entre l’établissement où ils seront très sollicités par les parents d’élèves, par le travail en équipe, etc. et l’IUFM où ils vont également être sollicités par des tâches importantes qui demandent de la disponibilité. Nous souhaitons donc qu’il y ait un noyau de formateurs à temps plein pour pouvoir garantir une certaine qualité de l’encadrement des professeurs stagiaires.


 


Mais les futurs enseignants sont en demande de formateurs de terrain2 et ne veulent plus des formateurs qui n’ont jamais ou peu enseigné…


L’étudiant et le lauréat du concours veulent avoir face à eux des formateurs confrontés à des expériences réelles de gestion de classe. Et c’est souvent de cette situation que les formateurs à mi-temps tirent leur légitimité. Cela étant, tout ne relève pas de l’imitation ou du compagnonnage. Il y a aussi des éléments qui procèdent de la recherche en éducation. On ne peut pas fonder la formation des enseignants uniquement sur la pratique, il faut aussi une nécessaire réflexion critique.


 


Propos recueillis par Hanna Mbonjo


 


1 La Conférence des directeur d’IUFM (CDIUFM) est une instance qui rassemble les directeurs des 31 instituts universitaires de formation des maîtres


2 Selon une récente enquête de la DEPP (Direction de l’évaluation et de la prospective et de la performance du ministère e l’Education)  

Partagez l'article

Les commentaires sont fermés .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.