Littérature et école

Je voudrais apporter une petite réflexion sur le débat qui ne va pas manquer d’émerger dans les média, je le souhaite, concernant le rôle de la littérature dans la formation des jeunes et dans la société qui est la nôtre. Souvenons-nous de Barthes à qui on demandait, en plein milieu des années 70 (formalistes certes mais il ne faut précisément pas les renier !): « faut-il encore enseigner la littérature? », ce à quoi il répondait: « il ne faut enseigner que cela ».
A l’heure où trop de journalistes incompétents se mettent à proférer sur l’école des énormités témoignant de leur double méconnaissance du terrain et de la recherche en éducation ; à l’heure où un ministre (qui se déclare lui-même incompétent, raison pour laquelle, je le cite, on l’aurait nommé ministre !) s’attaque à un problème dans l’apprentissage de la lecture qu’il a fabriqué de toute pièce pour des raisons idéologiques, plaidant au passage pour un technicisme qui éloigne le sens donc la raison d’être de l’approche littéraire; à l’heure où le même ministre par chercheur interposé remet en cause à juste titre un enseignement de la grammaire parfois trop coupé du sensible, certes, mais en mélangeant méthodes et contenus et sans décider en parallèle une formation initiale et continue de qualité, donc onéreuse, en matière d’outils d’acquisition de la langue; ne faisons pas mourir le malade sous prétexte de diagnostic !
Disons haut et fort qu’une société qui ne sait pas donner un régime correct de « chômage » à ses artistes, au nom desquels on oublie de mettre les écrivains, est une société en voie de décadence. Disons haut et fort qu’une société qui ne sait pas valoriser l’approche littéraire du monde, à hauteur partagée de sensibilité et de technicisme (visant à renforcer la réception sensible), est une société en voie de décadence. Disons haut et fort qu’une société dont les média ne savent inviter en fin de journal télévisé que le dernier acteur américain en vue ou le dernier sportif bandant ses muscles, enterre une deuxième fois les filières littéraires.
NE RENDONS PAS L’ECOLE RESPONSABLE DES MAUX QU’ON LUI IMPOSE MALGRE ELLE ET FAUTE DE FORMATION SUFFISANTE, FAUTE DE TEMPS SUFFISANT POUR PRENDRE DU RECUL PAR RAPPORT A UNE PRATIQUE EXIGEANTE ET DIFFICILE, FAUTE DE TEMPS SUFFISANT POUR CLARIFIER SA POSITION PAR RAPPORT A DES DOMAINES DE SAVOIR (comme en science) DE PLUS EN PLUS COMPLEXES.
Les études littéraires sont aussi affaires de savoir. La pédagogie de la littérature et des arts est la part la plus difficile de la pédagogie car travaillant au coeur de l’humain et de ses raisons de rêver le monde. Une société qui ne sait plus rêver le monde est une société en voie de décadence.

Partagez l'article

Les commentaires sont fermés .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.