Marie-George Buffet : ‘Lutter contre l’inégalité scolaire !’

Marie-George Buffet, la candidate du parti communiste français, se prononce en faveur de recrutements massifs d’enseignants et veut promouvoir la création d’un Fonds de lutte contre les inégalités scolaires.

D’après vous, les enseignements sont-ils adaptés aux besoins de la société ?


Aujourd’hui l’école que l’on est en train de construire, par les différentes réformes gouvernementales, vise à la soumettre aux seules exigences du patronat et de l’économie mondialisée. Pour nous, l’école doit avoir comme priorité, non pas de répondre exclusivement aux besoins de cette économie mondialisée, mais de former avant tout des citoyens libres, égaux, capables de faire des choix de société et de vie dans la cité tout en préparant les jeunes à leur insertion professionnelle. Aujourd’hui, l’école n’est pas adaptée aux besoins de notre société. Nous avons besoin de jeunes qui, au vu de l’explosion des savoirs et de la révolution informationnelle, acquièrent un haut niveau de formation et de culture commune. La loi Fillon et les mesures prises par Gilles de Robien sont aux antipodes de cet objectif.


 


Comment rétablir l’égalité des élèves devant le savoir ?


Il faut transformer en profondeur le système éducatif. Car ce système, aujourd’hui, est inégalitaire. L’école telle qu’elle est conçue dans notre pays n’a qu’une seule mission : effectuer un tri social. A quelques exceptions près, les enfants de cadres supérieurs, à l’issue de leurs études, occuperont toujours des fonctions de cadres alors que les enfants issus des classes ouvrières occuperont toujours des tâches d’exécution. L’école reproduit les inégalités sociales. Aujourd’hui tout le monde rentre à l’école, mais tout le monde n’en sort pas de la même façon. Il faut donc des moyens, pas seulement pour laisser les choses en l’état mais pour travailler à une véritable transformation. Des moyens et un budget : en 1993, l’Etat consacrait 7,2% du PIB pour l’éducation. Aujourd’hui l’Etat n’en consacre que 5% !


 


Quelle serait votre politique en matière de formation et de recrutement des enseignants ?


Il faut recruter des enseignants. En 5 ans, depuis 2002, 50.000 postes dont un peu plus de 20.000 postes d’enseignants auront été perdus. Il faut également instaurer un plan de pré-recrutement massif des enseignants : des étudiants s’engageraient à devenir professeurs dès la fin de leurs études, contre rémunération, pendant la durée de celles-ci. Ensuite il faut davantage de moyens pour la formation des enseignants. Mais aussi pour la formation des formateurs : on n’investit que très peu dans ce domaine et l’on a pratiquement arrêté tous les programmes de recherche pédagogique dans notre pays. Il convient de les relancer.


 


Dans votre programme, vous préconisez l’instauration d’un « Fonds national de lutte contre les inégalités à l’école ». De quoi s’agit-il ?


L’objectif premier de notre parti concernant l’école est de s’attaquer à ce qui n’a jamais été fait : lutter contre l’inégalité scolaire. Le fonds, abondé principalement par l’Etat et les collectivités territoriales, servirait cette lutte. Il devrait ainsi permettre une gratuité totale pour les élèves pendant leur cursus, de la maternelle jusqu’à la fin de leurs études. Cette gratuité concernerait aussi bien les fournitures, la cantine scolaire ou les transports… Second objectif du fonds : contribuer à rééquilibrer et résorber les inégalités territoriales d’une région à l’autre, d’un département à l’autre par un système de péréquation. Il faut en finir avec les régions qui, par exemple, ne contribuent pas financièrement à la même hauteur dans l’achat des livres pour les lycéens. L’Education nationale est un service public : elle requiert une égalité de traitement sur tout le territoire. Troisième objectif du fonds : débloquer de l’argent pour consacrer des moyens à la recherche pédagogique.


 


Un rapport sur l’enseignement de la grammaire rédigé par Alain Bentolila a été remis au ministre de l’Education : après la remise à plat de l’enseignement de la lecture, que pensez-vous de ces recommandations sur l’enseignement de la grammaire ?


Tout cela relève de débats qui visent à noyer l’essentiel. Aucune étude ne montre que l’école est qualitativement moins performante qu’auparavant. L’illettrisme a reculé, le niveau d’instruction est supérieur, les méthodes de grammaire fonctionnent. Des années durant, on a associé lecture globale et lecture syllabique sans noter un recul des connaissances. On essaie juste de nous faire regretter l’école d’antan. Mais cette nostalgie tourne le dos à l’avenir et aux nécessaires transformations qui doivent s’opérer aujourd’hui dans le système éducatif pour relever les défis de notre siècle. L’école du passé, c’était savoir lire, écrire, compter. L’école d’aujourd’hui ne peut pas se limiter à ces savoirs de base car la vie moderne implique des connaissances et des exigences plus larges.


 


Propos recueillis par Hanna Mbonjo


Photographie : D.R PCF

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