Didier Lockwood : ‘former l’oreille des élèves et favoriser une imprégnation’

Créé en octobre 2005, le haut conseil de l’éducation artistique et culturelle (HCEAC) œuvre à la promotion de l’enseignement des arts et de la culture sous toutes leurs formes. Son vice-président, le violoniste de jazz Didier Lockwood 1, nous dit plus particulièrement ce qu’il en est de l’éducation musicale.

Quels sont les objectifs de l’éducation musicale en milieu scolaire (dans le primaire et le secondaire) ?


Il s’agit de développer chez chaque enfant au moins deux des trois situations face à une œuvre musicale et d’en faire, à défaut d’un compositeur, un auditeur cultivé et un instrumentiste amateur. Jusqu’au collège inclus, il s’agit actuellement de l’initier à une écoute attentive et critique, à une culture musicale (genres, époques, formes, instruments…) et de l’amener à pratiquer un instrument. En lycée, avec des enseignements d’option, on tente de renforcer les connaissances, de les élargir et de les développer. On envisage avec l’élève un parcours personnel, éventuellement les voies d’une professionnalisation. Voilà pour un état des lieux ; dans l’ensemble, l’enseignement musical est bien défendu par les enseignements obligatoires en collège et les enseignements optionnels en lycée.


 


Qu’en est-il dans l’enseignement supérieur ?


Il y a deux possibilités : soit l’étudiant souhaite enseigner et il se dirige vers la musicologie en faculté, soit il est passionné par sa pratique et talentueux et il peut entamer ou prolonger un cursus en conservatoire. À ceci près que le système actuel des études en musique reste incomplet. Par exemple, les enseignements prodigués en conservatoire ne répondent pas aux critères imposés par la musique contemporaine (qu’il s’agisse de musiques actuelles et improvisées ou ethniques et traditionnelles). En la matière, une rénovation des programmes s’impose.


 


Quelles sont actuellement les pédagogies développées par les enseignants pour parvenir à ces objectifs ?


La musique est un modèle pédagogique pour l’éducation artistique car il s’agit d’un domaine où, sans une pratique parallèle, il est presque impossible de comprendre les principes de création. À ce titre, la pratique de l’instrument est et reste le fondement des méthodes d’enseignement. Des moyens supplémentaires sont mis en œuvre pour permettre des partenariats avec des centres culturels locaux : salles de concert, avec des orchestres par le biais d’associations et pour quelques classes avec des opéras. Les établissements sont aussi invités depuis quelques années à mettre en place un atelier pour les pratiques artistiques ainsi qu’une chorale. Il s’agit aussi de faire en sorte que l’enseignant en éducation musicale, souvent seul à enseigner sa discipline en collège ou lycée, se sente soutenu par l’ensemble de l’établissement.


 


Le premier rapport annuel réalisé par le Haut Conseil de l’éducation artistique et culturelle va être remis au gouvernement en janvier 2007, quelles principales propositions (en matière d’éducation musicale) contient-il ?


Le Haut Conseil, au terme de sa première année d’activité, n’envisage pas d’action ponctuelle pour chaque discipline mais plutôt des projets généraux. Il s’est attaché à définir l’éducation artistique et culturelle et fait des propositions en vue d’une meilleure formation culturelle des enseignants dans les IUFM. Nous pensons proposer aux deux ministères de tutelle un projet de parrainage d’artistes dans les classes et les IUFM : nous envisageons de faire bénéficier des établissements volontaires de la présence d’artistes en résidence, ou de favoriser la création de liens forts et durables entre ces derniers et les collèges et lycées. Pour la musique plus précisément, l’idéal serait de former l’oreille des élèves et de favoriser une imprégnation, par exemple en diffusant régulièrement dans les établissements des morceaux instrumentaux choisis dans tous les champs musicaux qu’ils connaissent peu, voire pas du tout pour des raisons de mode, médiatiques et commerciales…


 


Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve


 


(1) Musicien compositeur aux collaborations multiples et à la carrière jalonnée de récompenses, fondateur et directeur du centre international des musiques improvisées créé en 2001 à Dammarie-les-Lys (Seine et Marne), Didier Lockwood a donné plus de 30000 concerts dans le monde entier. Créateur aux multiples facettes, il est notamment l’auteur de 30 CD, de plusieurs opéras, de l’ouvrage pédagogique « Cordes et âmes » (prix SACEM 2002) et d’une autobiographie « Profession jazzman – La vie improvisée » publiée chez Hachette Littérature. Peintre à ses heures, artiste complet, il est un défenseur fervent et actif de la pratique artistique à l’école.

Quelle importance revêt, à votre sens, la pratique d’un instrument dans l’initiation et l’enseignement de la musique en milieu scolaire ?

Elle est triple et c’est justement la raison pour laquelle elle demeure le centre de l’enseignement obligatoire en collège. Elle favorise une meilleure compréhension des œuvres, l’acquisition d’une technique et bien sûr le plaisir d’un investissement personnel créatif. Mais en outre, il est assez facile de faire de l’éducation musicale d’ensemble quelque chose de ludique et donc de faire coïncider une activité qui reste plaisante et agréable pour les élèves avec la découverte et l’apprentissage d’un langage autre : le langage musical. Les partenariats avec des orchestres en sont un parfait exemple.

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