J. Mario Horenstein : ‘Les psys ont changé leur regard sur le stress enseignant’

Un tiers des jeunes professeurs jugent leur métier stressant : c’est ce que pointe un récent sondage effectué par la MGEN et des syndicats enseignants. J. Mario Horenstein est psychiatre, spécialisé dans la santé mentale des professeurs. Pour lui, le stress n’est pas simplement engendré par les élèves, il l’est aussi par les collègues, la hiérarchie, les parents…

Quelle est votre définition du stress ?

Le stress est un mot vague, une notion floue. Aujourd’hui tout le monde vous dira : « ah tu es stressé, mais moi aussi »…le monde est stressant ! Je préfère au mot « stress » la notion de risque psycho social. C’est une notion aujourd’hui partagée par la communauté médicale. Les risques psycho-sociaux correspondent à une typologie, établie par des psychiatres, qui définit un ensemble d’événements à portée émotionnelle importante. Evénements qui peuvent aboutir à des maladies telle que la dépression. Exemples de risques psycho sociaux : le harcèlement, les coups et blessures, la gestion par des chefs d’établissement d’événements graves comme la mort d’un élève…

En somme le stress, ça n’est pas que le ressenti d’un enseignant, c’est aussi le contexte qui l’accompagne…

Lorsque les professeurs disent qu’ils sont stressés, ils font souvent référence à des risques psycho sociaux qui correspondent, globalement, au positionnement de l’enseignant par rapport à son établissement : peut-on y trouver des soutiens ? Peut-on y prendre des décisions autonomes? Comment s’organise la gestion de la discipline et des situations de violence ? Comment y forme-t-on les enseignants pour faire face à des classes difficiles ?…

L’organisation du travail des enseignants tient-elle un rôle dans la santé mentale des enseignants ?

J’ai proposé, dans une étude intitulée « la qualité de vie au travail des enseignants »(1), des outils pour évaluer ces phénomènes d’organisation du travail qui ont effectivement un rôle très important sur la santé. Ce n’est pas parce qu’un professeur est agressé ou harcelé qu’il va nécessairement avoir besoin d’un soutien psychologique. Tous les gens agressés ne consultent pas un psychiatre ! Certains vont gérer cela en comptant sur leurs ressources propres. A partir du moment où des soins sont nécessaires, l’explication se trouve non pas uniquement dans l’épisode lui-même mais dans le contexte.
Dans nos services de soutien psychologique, lorsqu’un enseignant victime d’une agression d’élève arrive, il n’en veut déjà plus à l’élève mais porte ses récriminations contre la hiérarchie qui a mal géré la crise. En somme, il n’y a pas que les élèves qui sont générateurs de risques psycho sociaux, même si l’on constate une augmentation très forte de leurs comportements violents. Il y a aussi les collègues, la hiérarchie, les parents d’élèves et également le regard que la société porte sur son corps enseignant notamment à travers les médias.

Les enseignants, d’après vous, sont-ils plus enclins à l’épuisement moral, au stress ou à la dépression ?

Il y a évidemment des corrélations entre les métiers de service en général (infirmières, assistantes sociales, enseignants) et le « burn out », l’épuisement professionnel en français. Pourquoi ? Parce que ce sont des professions où l’on travaille avec les autres, où les aspects émotionnels sont au premier plan. Cependant, les études comparatives censées déterminer si une population souffre plus qu’une autre ne m’intéressent pas : chaque métier induit ses risques !

Vous traitez, depuis 1975, des enseignants au sein d’un des centres de santé mentale de la MGEN : avez-vous perçu une évolution du mal-être enseignant ? Est-il est plus lourd qu’autrefois ?

On ne peut pas faire de comparaison. En revanche ce qui a changé, c’est le regard des médecins sur ce mal-être. En 1975, par exemple, on parlait du « malaise enseignant » ou du professeur qui « craque ». Comme si la dépression était inévitable. Notre vision aujourd’hui est plus complexe, plus interactive. On s’intéresse bien plus au contexte. Plutôt que d’aller, comme les « psys » le font d’habitude, vers un raisonnement rétrospectif (approfondir à chaque séance, chaque fois plus loin, les événements du passé), on s’intéresse désormais à une évolution prospective : connaissant le passé, comment changer sa vie présente et à venir ?

                                            Propos recueillis par Hanna Mbonjo


(1) Cette étude est disponible sur demande auprès de la MGEN. Voir aussi Horeinstein J.M. et Voyron Lemaire Ch : Les enseignants victimes de la violence. Coll. MGEN Paris 1996 Horeinstein J.M. : « Victimisation en milieu scolaire », Revue française de psychiatrie et de psychologie médicale.

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