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Des écoliers en maison de retraite


Carole Gadet, professeur des écoles à Paris, est à l’origine de ce projet. Entretien…

Des écoliers en maison de retraite

Vous êtes l’instigatrice de l’un des premiers jumelages intergénérationnels à Paris. Comment sont nés ces partenariats ?


 


C’était en 1999. Je venais d’être affectée dans une école élémentaire du 20e arrondissement de Paris classée en ZEP et je cherchais à mener un projet un peu «différent» avec mes élèves. Avant de me passionner pour l’enseignement, je m’étais investie bénévolement dans de nombreuses associations caritatives ; je voyageais, j’écoutais… Un mémoire de fin d’études sur le rôle des anciens dans la société africaine 1 en poche, j’ai voulu mettre en pratique ce que je savais sur les bienfaits de la transmission orale et sur l’importance des liens entre enfants et personnes âgées. En accord avec la directrice d’école et l’inspectrice de circonscription, j’ai proposé à la direction d’une maison de retraite (nouvelle dans l’arrondissement) d’expérimenter divers ateliers réunissant les « résidants » de l’établissement et mes élèves de CM1. L’idée a plu et, au fil des mois, à raison d’un après-midi toutes les trois semaines, les enfants, deux accompagnateurs et moi-même nous nous rendions dans les étages de la maison de retraite faire des travaux manuels, lire, écouter…


 


Précisément, en quoi consistent les divers ateliers proposés ?


 


Le rapprochement entre les élèves et les résidants s’est fait très vite. Les premiers ont oublié les cannes, les fauteuils, les appareils et les meurtrissures visibles, les seconds sont passés outre les accents et les couleurs de peaux pour ne s’attacher qu’à l’essentiel : communiquer. Ensemble, nous avons mis en place des ateliers histoire, lors desquels les anciens témoignent des métiers d’avant, des moyens de locomotion de l’époque, des personnalités rencontrées… À cela, viennent s’ajouter des ateliers arts plastiques, gymnastique, des ateliers lecture, contes et poésie, des ateliers cuisine et des ateliers plantation qui sont prétexte à agrémenter les jardins et bacs à fleurs. Le plus souvent, nous fonctionnons en petites unités formées de deux enfants et d’un adulte. À la fin de l’année, nous organisons une grande sortie avec les personnes âgées qui le peuvent. Nous allons nous promener en bateaux mouche, prendre le frais dans un jardin ou visiter un musée. Mais le moment que les enfants préfèrent et préparent avec grand soin, c’est la venue traditionnelle des anciens à l’école… Pendant ces quelques heures, l’émotion est parfaitement palpable.


 


Comment exploitez-vous ces échanges, pédagogiquement parlant ?


 


Toute séance en maison de retraite est systématiquement préparée, en amont, dans la classe. Sur place, les enfants écoutent, aident, expérimentent, notent, partagent. Les plus nerveux se calment, les barrières se lèvent, l’attention est à son comble et la transmission se fait. Des petits groupes travaillent en histoire, abordant l’évolution des métiers, des moyens de locomotion, des fêtes comme Noël. D’autres font de la gymnastique, des échanges de ballons ou de cerceaux, apprennent à danser la valse. D’autres encore cuisinent, redécouvrent des recettes oubliées, des techniques passées de mode… De retour à l’école, le contenu de l’atelier réalisé avec les personnes âgées donne lieu à différents travaux sous forme de décloisonnement pluridisciplinaire (en instruction civique, en musique, en arts plastiques, en science, en sport…) Nous réalisons des recueils, approfondissons les sujets, les traitons sous un angle plus spécifique. Pour ma part, après neuf ans d’expérimentations reconnues tant par le milieu éducatif que par celui de la gérontologie 2, j’essaie désormais d’intéresser des théoriciens et des sociologues à ces travaux. Et, plus particulièrement, à la façon dont ces échanges peuvent nourrir l’enseignement de l’histoire et de l’éducation civique.


 


De fait, qui ces rapprochements concernent-ils aujourd’hui ?


 


L’expérience entamée il y a huit ans ne s’est jamais arrêtée. Je l’ai moi-même conduite avec des élèves de tous niveaux, du CP au CM2, ainsi qu’avec ceux d’une CLIS 3. Pour coordonner tout cela et apporter des éléments aux enseignants que mon projet inspirait, j’ai d’ailleurs dû créer une association (lire encadré, ndlr). Nouvellement chargée de mission sur le réseau d’éducation prioritaire du 20e arrondissement de Paris, j’ai le champ libre pour lancer des projets du même type dans treize écoles et deux collèges. De fait, cette année, trente-deux classes (de la petite section de maternelle à la sixième) sont impliquées dans ces échanges qui concernent également les clubs du troisième âge et les associations de retraités. Le 20e arrondissement est ainsi devenu arrondissement pilote en matière de jumelages intergénérationnels.


 


Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve


 


(1) Mémoire réalisé avec l’aide d’un maître formateur et d’un chercheur au CNRS spécialistes des contes africains et de la transmission orale


(2) Le projet s’est distingué à plusieurs reprises : 2e prix au concours national «Le petit quotidien» sur le thème «Comment aider les autres dans son quartier» (juin 2003), prix «Notre Temps» (concours national organisé par la fondation de France, Bayard Presse et le magazine Notre Temps, octobre 2004), prix Semaine bleue (semaine nationale des retraités et des personnes âgées, 2004). Participation au prix Chronos de littérature. Il est en outre soutenu par l’association nationale de gérontologie.


(3) Classe d’intégration scolaire d’élèves présentant des déficiences cognitives, motrices ou sensorielles.


(4) Association « ensemble demain », 100 rue d’Avron, 75020 Paris.
Contact : ensembledemain@caramail.com

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