Hors-série Etablissement scolaire et sécurité
A l’école des risques majeurs (4/8)

Si les accidents majeurs sont inévitables, leurs conséquences peuvent être atténuées1. Secrétaire général de l’Institut français des formateurs risques majeurs et protection de l’environnement (IFFO-RME), Gérard Mignot2 revient sur les missions de prévention et de protection qui incombent à l’ensemble des écoles et des établissements scolaires.

Qu’entend-on communément par « risque majeur » ?

C’est la possibilité d’un accident, d’occurrence très faible mais d’une gravité très élevée. Il s’agit d’un risque collectif3 pouvant plonger la communauté éducative dans une situation d’exception susceptible d’engendrer un fonctionnement en mode dégradé (coupures de téléphone, d’eau, d’électricité…). Et de provoquer ainsi un isolement des bâtiments et des personnes pour un temps plus ou moins long. Ces évènements sont classés en deux catégories : les risques naturels (tempête, séisme, avalanche, inondation…) et les risques technologiques (industries, nucléaire, rupture de barrage). On y associe fréquemment les risques dits terroristes (attentat par explosif, arme chimique …).

Comment le risque majeur est-il appréhendé par l’éducation nationale ?

Le travail de l’institution dans ce domaine se décline en trois volets complémentaires : opérationnel, éducatif et formatif.

Le premier consiste en la mise en place d’un plan particulier de mise en sûreté (PPMS) vivement recommandée depuis 20024 dans l’ensemble des établissements scolaires5.

L’éducation aux risques et la formation aux premiers secours6 sont désormais obligatoires pour les élèves7.

La formation aux risques majeurs des personnels est quant à elle assurée par un réseau de formateurs Risques majeurs éducation (RMé). l’IFFO-RME assure la formation de tous les formateurs académiques chargés d’animer à leur tour des formations auprès des différents personnels d’établissement et d’apporter leur expertise sur le terrain. Dans chaque académie l’équipe de formateurs est pilotée par un Coordonnateur risques majeurs8 désigné par le recteur.

Revenons précisément au PPMS : qu’implique sa préparation9?

Quatre points sont essentiels : l’identification des risques, la constitution d’une équipe, l’appui des services municipaux et la validation du plan. Pour identifier les risques majeurs prévisibles, le responsable d’établissement peut s’appuyer sur des documents officiels disponibles dans les préfectures (DDRM) et dans les mairies (DICRIM, cartographie du risque). Fondamentale, la réflexion collective menée au sein de l’établissement doit se matérialiser par la constitution d’un groupe risques majeurs pluricatégoriel (personnels de direction, enseignants, agents, ATSEM, aides éducateurs…) chargé de déterminer les missions de chacun en cas de crise, identifier les lieux de mise en sûreté, définir un signal de mise à l’abri (différent du signal d’évacuation) et prévoir la logistique (plans, fiches, mallette de première urgence). Une concertation efficace avec la municipalité permet quant à elle une cohérence entre les différents plans (PPMS, plan communal de sauvegarde, plan de prévention des risques) ainsi que le développement d’une synergie entre l’éducation aux risques (obligation de l’éducation nationale) et l’information préventive des populations (obligation du maire). Enfin, concernant la validation du plan, seul le succès de l’exercice de simulation peut la garantir : le PPMS n’est pas soumis à signature.

En cas d’accident majeur avéré, quelles sont les responsabilités de chacun dans l’organisation des secours ?

Quelle que soit la situation, l’organisation des secours n’est jamais du ressort du directeur d’école ou du chef d’établissement, mais bien celle du maire ou du préfet. Rappelons que le PPMS vise simplement à mettre en œuvre des mesures de sauvegarde et d’urgence dans l’attente desdits secours extérieurs (parfois très différés). Concernant cette mise en sûreté, soulignons que le PPMS n’est pas qu’un « plan de confinement », comme le pensent certains. Il peut être activé en mode mise à l’abri (dans un bâtiment en dur) pour certains aléas (type nuage toxique), mais également en mode évacuation face à d’autres évènements (type séisme ou rupture de barrage). Et sur ce chapitre précis de la sauvegarde, la responsabilité du chef d’établissement peut être engagée.

Marie-Laure Maisonneuve

(1) On parle ici de « mitigation »

(2) Gérard Mignot est également chargé de mission sécurité à l’Inspection académique des Hauts-de-Seine et consultant risque majeur de l’ONS.

(3) Le risque se définit comme la confrontation d’un aléa (évènement potentiellement dangereux) avec des enjeux (ensemble des personnes et des biens susceptibles d’être affectés par un phénomène naturel ou des activités humaines).

(4) Voir le BO Hors Série n°3 du 30 mai 2002 (circulaire n°2002-119 du 29-5-2002).

(5) Ecoles, collèges, lycées et établissements d’éducation spéciale.

(6) Circulaire du 24 mai 2006.

(7) Voir le également Enseigner les risques majeurs : la prévention des risques majeurs dans les programmes scolaires.

(8) http://www.iffo-rme.fr/d07-coordonnateurs/rme.htm.

(9) Voir également les conseils pratiques donnés dans le dossier « Les établissements d’enseignement face à l’accident majeur » réalisé par l’Observatoire national de la sécurité des établissements scolaires et d’enseignement supérieur.

Le PPMS n’étant pas, textuellement, obligatoire, que dire aux réticents ?

Il s’avère parfois nécessaire de démontrer son utilité dans certains secteurs où, à tort, les responsables d’établissements ne se sentent pas concernés. On explique alors qu’un comportement inapproprié (par méconnaissance), incontrôlé (parce que non pensé) et inorganisé (pas de structure de gestion de crise) peut alourdir les conséquences de l’événement. De fait, le PPMS permet de diminuer « la vulnérabilité des enjeux ». Il n’est pas uniquement fondé sur un raisonnement juridique mais aussi et avant tout sur un raisonnement citoyen.

Sommaire Hors-série

Gestion des risques : qui fait quoi dans l’établissement ? (1/8) >> article
Prévention et conformité : le poids des textes (2/8) >> article
Risque incendie : une vigilance de tous les instants (3/8) >> article
A l’école des risques majeurs (4/8) >> article
Activités pédagogiques : des risques bien spécifiés (5/8) >> article
Hygiène et sécurité : De la prévention au contrôle (6/8) >> article
Violence à l’école : une radicalisation de la lutte (7/8) >> article

Gestion des risques : qui fait quoi dans l’établissement ? (8/8) >> article

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