Universités : ‘un gâchis humain et financier auquel je ne me résous pas’

Un dispositif de préinscription des lycéens dans le supérieur vient d’être mis en place. S’agit-il d’une sélection à l’entrée en université qui ne dit pas son nom? Est-ce une solution à l’échec de 40% des étudiants de premier cycle ? Réponses du ministre délégué à l’Enseignement supérieur, François Goulard.

Pourquoi mettre en place un dispositif de préinscription des lycéens ?


Tout d’abord, je préfère parler d’orientation active que de préinscription. L’université accueille chaque année plus de 400.000 nouveaux étudiants dont les choix d’orientation – différentes enquêtes nous le montrent – sont parfois très approximatifs. Les taux de réussite en première et en deuxième année de Licence l’attestent largement. Aujourd’hui, seuls 60% des étudiants parviennent à franchir le cap de la seconde année. Ce résultat n’est pas satisfaisant. C’est pour mieux aider ces milliers de jeunes à réussir et à faire le choix d’une bonne orientation que j’ai décidé d’instaurer à partir de la rentrée prochaine une procédure d’inscription à l’université dès le deuxième trimestre de Terminale.


 


Etes-vous d’accord avec Bruno Julliard, président de l’Unef, qui estime que « les premiers cycles universitaires sont devenus des machines à échouer » ?


Il est satisfaisant que chacun admette enfin que nous avons un problème de réussite à l‘entrée de l’université. Alors, oui, bien évidemment, il faut nous atteler à cette question importante de la réussite en premier cycle. Et cela doit se faire avec les universités mais aussi avec les établissements d’enseignement secondaire. Nous ne pouvons plus admettre que 40% des étudiants échouent en premier cycle, et en particulier ceux qui viennent des filières technologiques et professionnelles. Imaginez que pour un même diplôme, prenons celui de droit par exemple, le taux de réussite sera de 38% ou de 2% selon que l’étudiant sera diplômé d’un bac général ou d’un bac professionnel. C’est un véritable gâchis, humain et financier, auquel je ne me résous pas.


Je voudrais faire observer que les universités ne sont pas restées inertes face à ces situations. Beaucoup ont mis en place des dispositifs de détection et d’accompagnement des étudiants en difficulté et nous les aidons, financièrement, à développer ces dispositifs de suivi personnalisé. Par exemple, parce que nous considérons que l’égalité des chances, c’est avant tout l’égalité devant les chances de réussite, nous avons lancé un appel à projets doté de 3,7 millions d’euros, avec Azouz Bégag, qui visait précisément à favoriser la réussite des étudiants les plus fragiles.


 


Quelle place les enseignants-chercheurs tiendront-ils dans le dispositif de préinscription : seront-ils les seuls à statuer sur les dossiers soumis à leur approbation ?


Qui mieux qu’un enseignant peut juger des chances objectives de suivre correctement ou non son enseignement ? Mais l’organisation de l’orientation active à ce stade relèvera principalement de l’université concernée. Les enseignants-chercheurs participeront notamment à ces procédures lors des entretiens personnalisés qui devront être proposés aux futurs étudiants. Quant aux moyens, je crois qu’il faut dire que beaucoup de dossiers ne poseront aucun problème.


 


La préinscription serait-elle une sélection déguisée ?


 L’orientation active à l’université poursuit un objectif double :


1) Faire en sorte que les lycéens se posent la question de leur orientation non plus le lendemain des résultats du bac, ou pire à la rentrée de septembre, mais dès le début de l’année. Cela devrait aussi permettre de casser l’image selon laquelle on choisit l’université un peu par défaut après avoir été refusé des filières sélectives dont les recrutements débutent, eux, très tôt dans l’année.


Et je ne vois pas ce qu’il y a de choquant à conseiller aux lycéens de terminale de réfléchir à leur orientation durant l’année scolaire. 


2) Apporter une contribution qualitative à la démarche de l’élève. Aujourd’hui, l’accompagnement des élèves dans leur choix est insuffisant. Nous avons déjà renforcé l’information sur les taux de réussite et d’insertion professionnelle de la filière dans laquelle ils aspirent à s’inscrire. C’est ce que nous avons mis en œuvre avec le « Portail étudiant« . Grâce à cette nouvelle procédure, le lycéen aura non seulement un avis motivé de la part d’experts mais il pourra aussi échanger avec eux, durant l’entretien, sur le choix le plus judicieux à faire. Comme vous, j’entends telle ou telle personne s’exprimer sur le fait que cela va permettre de sélectionner sans le dire les étudiants. Je le réaffirme, et il s’agit d’un engagement de ma part, le nouveau dispositif ne débouchera pas sur une forme de sélection à l’entrée à l’université.


Et cela pour une raison simple, le lycéen, y compris celui pour lequel un avis réservé sera émis, reste libre de s’inscrire ou non. Nous veillerons, par un encadrement strict de cette procédure de pré-selection à ce que l’étudiant ait toujours le dernier mot.


Et pour être tout à fait honnête avec vous, je ne crois pas à la sélection présentée comme un remède à tous nos maux.


 


Comment envisagez-vous l’avenir de l’université ?


Avant tout, il serait malhonnête de laisser penser que rien ne bouge dans nos universités. Elles ont beaucoup évolué ces dix dernières années. Elles ont avant tout pris le virage de la massification, et ce pari est sur le point d’être gagné. Elles ont ensuite dû faire face à des évolutions de leur système de formation, pour les faire coller aux besoins du monde économique et ce chantier de la professionnalisation n’est pas achevé. Il y a ensuite la bataille assez nouvelle de la visibilité et de l’attractivité internationale. Car bien que parfois très performantes, nos universités ont du mal à tirer leur épingle du jeu sur l’échiquier international.


Alors, si je devrais former un souhait alors que la rentrée vient de s’achever, ce serait celui de la poursuite de l’effort engagé depuis quelques mois pour mieux accueillir nos étudiants, mieux les préparer au monde du travail et former nos plus brillants docteurs, indispensables à la progression de la connaissance dans notre société.



                                                                 Propos recueillis par H. M.

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