Comment vous est venue l’idée de fabriquer pour la sortie du film un coffret de quinze parfums ?

Mon associé Cristoph Hornetz et moi-même avons eu l’idée, dès l’an 2000, bien avant de savoir qu’un film était en préparation, de travailler sur le livre de Süskind. Nous voulions non seulement illustrer les scènes du livre par des parfums mais aussi illustrer un état de la parfumerie moderne avec différents concepts, différentes technologies, différentes molécules, différentes matières premières. Notre projet est une sorte d’anthologie de la parfumerie.

Comment apprend-on, comme vous, à sentir de manière professionnelle ?

On apprend dans des écoles internes aux maisons de parfumerie. Sinon, il n’existe qu’une seule école publique au monde et elle est à Versailles. La première année, on assimile environ 800 ou 1000 matériaux sur 2000 qu’il faut se mettre dans la tête, un peu comme des fiches de vocabulaire. Il faut distinguer les naturels (essence de rose, de jasmin, de patchouli etc.) et les molécules chimiques. Une fois tous ces matériaux identifiés, il faut apprendre à les assembler : c’est là que commence le travail de création. A force de sentir, le nez devient de plus en plus sensible. L’odorat se développe, c’est un entraînement. Cela prend plusieurs mois. Lorsqu’on commence, on est désespéré. On se dit « je n’arriverais jamais à sentir ça ! ».

Comment crée-t-on des senteurs à partir d’un texte ?

Parfois Süskind décrit les odeurs. Par exemple, lorsqu’il parle d’une odeur de mousse, il suffit d’utiliser une essence de mousse et on retrouve la bonne sensation. Mais le plus souvent, il faut interpréter et tenter de recréer une atmosphère avec des matériaux qui parfois n’ont aucun rapport. Par exemple pour l’odeur du cuir, nous avons travaillé à partir d’essence de potiron. Il faut arriver à recréer une perception.

Est-ce qu’à l’image de Jean-Baptiste Grenouille, le héros du livre et du film, vous pouvez créer des émotions grâce au parfum ?

On peut créer de nombreuses impressions chez les gens grâce à la parfumerie. On ne vend pas du vent. Savez-vous que notre corps possède plus de 350 récepteurs pour l’odorat ? Le cerveau humain utilise toutes les informations transmises par ces récepteurs, mais au quotidien nous les délaissons totalement.

En classe, peut-on développer le sens olfactif ?

Avec l’association « Fragrance foundation » basée à New York, nous avons conçu des activités d’éveil à l’odorat pour les écoles primaires*. Il s’agit d’exercices simples et basiques. On donne ainsi une série de photographies à des enfants et ils doivent les relier à des odeurs. Pour optimiser l’apprentissage de l’orthographe, nous avons aussi conçu des parfums reliés à des mots : par exemple le parfum de la pomme pour le mot pomme. On se rend compte que lorsque les enfants visualisent le mot pomme tout en sentant l’odeur, ils vont mieux en retenir la graphie.

*Des conseils pédagogiques peuvent être demandés par mail à la « Fragrance foundation » et à sa commission éducation dirigée par M. Laudamiel. Contact en anglais sur le site : www.fragrance.org/