Le superbe film Indigènes, les pages que vous consacrez à des projets éducatifs destinés aux Lycées, m¹incitent à vous apporter quelques précisions.
En effet, le film de Rachid Bouchareb permet, pour la première fois depuis 60 ans, de corriger l¹Histoire officielle, de rappeler que, sans les sacrifices exemplaires de l¹Armée d¹Afrique, la France aurait été absente du cercle restreint des États qui prendront les grandes décisions à la fin de la guerre de 1939-1945.
La décision de bloquer le montant des pensions versées aux anciens combattants musulmans d¹Afrique du Nord et Noirs d¹Afrique de l¹Ouest, au jour de l¹accession de leurs pays à l¹indépendance dans les années 1960, faisait preuve d¹une discrimination injuste, mesquine et révoltante. Nous étions quelques uns à la condamner depuis longtemps.
La France retrouve sa dignité en alignant la pension des anciens combattants de l¹Armée d¹Afrique sur celle des Français de souche.
Il est juste également de reconnaître et d¹honorer publiquement le courage, l’esprit de sacrifice des troupes « indigènes » d’Afrique du Nord et d’Afrique Noire.
Mais, la fin de l¹amnésie doit être totale : comme le disait Samy Naceri lors de son intervention dans le journal télévisé de France 2, cette armée, absente de nos livres d’Histoire, était composée « de Juifs, de Pieds-Noirs et d’Arabes ». En effet, depuis la guerre de 1914-1918, l¹amalgame était de règle : les régiments (notamment algériens), étaient constitués d’européens et de musulmans sans distinction.
Le temps est enfin venu de briser un silence injuste, notamment dans l’enseignement de l’Histoire et de rappeler l’incorporation massive des « Européens d’Algérie » , (dénommés pieds-noirs depuis 1956) dans l’Armée d’Afrique : 22 classes d’âge furent mobilisées de 1943 à 1945.
Sous les ordres des généraux Juin, Guillaume, de Lattre de Tassigny, Monsabert, cette Armée d’Afrique qui avait combattu avec succès la redoutable Afrikakorps de Rommel, progressivement équipée et armée par les Américains, se couvre de gloire en Italie, en Corse, lors du débarquement de Provence et dans tous les combats de la Libération jusqu’en Allemagne.
Il faut souligner qu’en Algérie, sur 1 076 000 Français de souche européenne, 176 500 hommes ont été mobilisés de 1943 à 1945, soit 16,4 % de la population. Cette même proportion, rapportée au chiffre de la population métropolitaine de l’époque, aurait permis de lever une armée de 6 000 000 d’hommes.
Enfin, quelques chiffres mettent en lumière la contribution des régiments algériens de l¹Armée d¹Afrique aux deux guerres mondiales.
1°) Guerre de 1914/1918 : Européens : 155 000 hommes ; 22 000 morts Musulmans : (volontaires jusqu’en 1917), 176 000 hommes ; 25 000 morts.
2°) Guerre de 1939/1945, : Européens : 176 500 hommes (16,4 % de la population) : 10 729 morts ; 31 298 blessés
Musulmans du Maghreb : Algérie 134 000 (1,5 % de la population) ; Maroc 73 000 (1,20%) ; Tunisie 26 000 (1,08%), soit au total = 233 000 hommes : 11 174 morts ; 39 615 blessés.
Il est temps que nos compatriotes découvrent une réalité historique : il y a 60 ans, la France « Black, Blanc, Beur » existait déjà. Par le sang versé.