‘Apprendre l’islam du juste milieu’

Le 22 septembre dernier à Lyon, le Conseil académique de l’Education nationale (C.A.E.N.1) s’est opposé à l’ouverture du plus grand établissement d’enseignement secondaire musulman à Décines (Rhône). Azzedine Gaci a soutenu dès le début la création de ce lycée en tant que président du Conseil régional du culte musulman Rhône-Alpes (CRCM). Il explique aujourd’hui pourquoi cette décision est, selon lui, injuste.

Quels arguments ont été donnés pour s’opposer à l’ouverture du collège-lycée « Al-Kindi » de Décines ?


Ont été opposés essentiellement des arguments sécuritaires : le site du lycée aurait été pollué, des canalisations dangereuses se seraient trouvées à proximité. Des études techniques ont été réalisées : il n’y avait aucun problème particulier. Mais ensuite le recteur a argué de la démission du futur directeur du collège-lycée pour nous refuser l’ouverture. C’est sur ce point que s’est appuyé le C.A.E.N. pour motiver sa décision. Or le futur directeur n’a pas démissionné, il a simplement choisi d’exercer ses fonctions de proviseur en tant que bénévole, à côté de son métier d’enseignant en lycée professionnel. Le rectorat a interprété ce choix comme une démission.


 


Que pensez vous de ces arguments ?


Ces arguments sont fallacieux. Le refus d’ouverture du lycée a été pour nous, musulmans, une véritable déception. En tant que responsable musulman, je pense que ce type de décision ne fait qu’exacerber ce sentiment d’injustice voire de persécution que ressentent un certain nombre de jeunes : tout cela donne du grain à moudre à tous les radicaux. Ce type de décisions nous fait constater que l’islam n’a pas encore sa place en France.


 


Est-ce vraiment nécessaire, selon vous, de créer des établissements confessionnels musulmans ?


Il y a une vraie demande en région Rhône-Alpes, où se trouve une forte communauté musulmane : ici il y a près de 200 lieux de cultes. Même si, au début, j’étais opposé à la création d’établissements confessionnels, car je crois au brassage des cultures et des religions, je pense aujourd’hui que ce type d’établissements doit exister. D’abord pour les jeunes filles qui veulent porter le foulard et suivre à la lettre l’orientation coranique : il leur faut une école où elles pourront étudier malgré la loi du 15 mars 2004 qui interdit le port de signes religieux ostentatoires à l’école. Ensuite, dans le climat actuel de violence, nous avons besoin de structures qui présentent l’islam comme une religion de paix, une religion du vivre ensemble, une religion de tolérance. C’est l’islam du juste milieu. Il faut que nos enfants apprennent cet islam-là dans ces structures.


 


Quelles sont les conditions à réunir pour que ces établissements soient viables ?


La première condition, c’est la conformité des programmes à ceux de l’Education nationale. Ensuite il faut que les enseignants soient compétents et diplômés. Dernière condition : la transparence financière. Il faut éviter les questions : d’où viennent les fonds ? Qui finance qui ?


 


Quelle place doit tenir la religion dans l’enseignement ?


J’ai été enseignant dans le secondaire : je sais que l’enseignement du fait religieux pose problème à l’école de la République. Il y a un grand blocage quand il s’agit de parler religion à cause d’une vision intégriste de la laïcité. L’islam est ainsi toujours présenté d’une façon très caricaturale dans les manuels scolaires. Aujourd’hui, dans nos écoles publiques, on ne prépare pas suffisamment nos enfants au  « vivre ensemble » parce que l’on ne parle pas suffisamment des religions.


 


Propos recueillis par Hanna Mbonjo


 


(1) Le C.A.E.N peut être consulté dans tous les domaines concernant l’organisation et le fonctionnement du service public d’enseignement dans l’académie. Il peut aussi se prononcer sur les oppositions à l’ouverture d’écoles, de collèges ou de lycées privés, au cas où le maire de la commune, le ministère public ou le préfet estime que les conditions ne semblent pas respectées.

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