Louis-Georges Tin, militant de tous les fronts

Auteur du réputé « Dictionnaire de l’Homophobie », Louis-Gorges Tin, maître de conférence à l’IUFM d’Orléans, est l’un des fondateurs du très médiatique et non moins polémique Conseil représentatif des associations noires (CRAN).

Il écrit : « le pessimisme déprimé et l’optimisme béat constituent deux écueils symétriques pour la pensée et pour l’action1″. Louis-Georges Tin, jeune professeur (32 ans) de littérature à l’IUFM d’Orléans, n’est ni déprimé ni béat. Ce qui lui permet d’être un homme d’action : la seule année 2005 Louis-Georges Tin crée le CRAN (Conseil représentatif des associations noires) et initie la Journée mondiale contre l’homophobie.


 


De « belles actions »


Combat pour la cause noire, combat pour la cause homosexuelle : l’homme n’est pas un militant avare. Pourquoi avoir choisi ce parcours d’activiste ? Parce que, dit-il sobrement, il aime les « belles actions ». Beauté du geste certes, mais teintée de pragmatisme politique : « Aujourd’hui les décisions concernant les gays et les lesbiennes se prennent au niveau international. La question de l’adoption par des homosexuels s’est jouée, par exemple, devant la Cour européenne des droits de l’homme2 . Avec la Journée mondiale contre l’homophobie, c’est une réponse militante internationalisée que nous apportons ». Pragmatisme encore lorsqu’il évoque l’action du CRAN : « Nous nous intéressons non seulement à la question coloniale mais aussi à la question noire qui a sa propre spécificité et qui n’est pas affaire de mémoire : quand on discrimine un noir on ne s’inquiète pas de savoir si il vient de telle ou telle ancienne colonie. Il faut des outils pratiques pour lutter contre la discrimination : des statistiques de la diversité, la mise en place de CV anonymes… ».


Accusé de faire le jeu du communautarisme3 contre l’idéal universaliste de la République, Louis-Georges Tin répond : « C’est précisément dans la reconnaissance des individus que réside le vivre ensemble. Une société qui valorise le tout au détriment des individus est une société totalitaire. Une société qui valorise les individus en perdant de vue le tout est une société atomisée, il s’agit de trouver le point d’équilibre. A mon sens, la France ne l’a pas trouvé. »


 


Un combat pas à pas


Auteur du « Dictionnaire de l’Homophobie », qui fait la Une du Monde des livres en 2003, Louis-Georges Tin paie chèrement, selon lui, cette reconnaissance médiatique : normalien, agrégé, spécialiste du XVIe siècle, il n’obtiendra pas ce poste de maître de conférence en université tant convoité malgré un parcours brillant au sein de la méritocratie scolaire. Un brin moqueur envers lui-même, il avoue « en m’engageant sur les questions homosexuelles et noires parallèlement à ma carrière universitaire je pensais désarmer les oppositions…ça n’a pas du tout marché ! ». L’échec est pourtant relatif (il obtient un poste en IUFM l’an dernier). Surtout pour un homme qui sait que chaque combat se gagne pas à pas et que « les phénomènes de domination sont toujours inachevés. Il faut toujours poursuivre la conquête des droits de l’homme, le combat de chaque groupe social ajoutant à l’ampleur de l’ambition ».


 


Propos recueillis par Hanna Mbonjo


 


(1) Introduction du « Dictionnaire de l’Homophobie », PUF, 2003


(2) Philippe Fretté, instituteur français candidat à l’adoption s’est vu refuser son agrément au motif de son  « choix de vie » par les services de la DDASS. Après deux jugements devant le tribunal administratif et le Conseil d’Etat, Philippe Fretté avait déposé un recours devant La Cour européenne des droits de l’homme qui, en 2001, n’a pas reconnu « un droit à l’adoption pour les homosexuels » par 4 voix contre 3.


(3) Voir article Louis-Georges Tin, porte-parole du CRAN : « la rhétorique anti communautaire n’est pas contre les communautés, elle est contre certaines communautés ».

Louis Georges Tin en 5 dates :

1974 : Naissance en Martinique


1997 : Crée l’association Homonormalités, association gay et lesbienne de l’Ecole Normale Supérieure


2003 : Fonde An Nou Allé, association de défense des homosexuels noirs


17 mai 2005 : Première Journée mondiale contre l’homophobie


Novembre 2005 : Fonde avec Patrick Lozes, le CRAN, en devient le porte-parole.

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