Hors-Série La récréation
Initiatives : la cour de récréation autrement (4/4)

Pour canaliser la violence, développer l’autonomie des plus jeunes et responsabiliser les élèves dans la gestion de leur espace de jeu, certaines récréations ont été pensées différemment. Différences de contexte, de moyens, d’utilisation des lieux… trois exemples témoignent d’initiatives audacieuses.

« Plus les élèves sont occupés et moins ils développent de violence ». La politique d’Ugo di Palma, directeur de l’école élémentaire Anatole France à Antony (académie de Versailles) sonne comme une évidence. Et pour rendre actifs des élèves de treize classes dans une vaste cour de récréation de ZEP, l’enseignant n’est pas a court d’idées.

Gestion des jeux et ateliers créatifs

Soucieux d’impliquer les enfants dans la gestion du matériel de la cour, Ugo di Palma octroie, année après année, un budget « jeux de récré » à chaque classe et reçoit les commandes spécifiques de chacune. Le but : « laisser les élèves se confronter aux problèmes du choix et du financement des ballons, des cerceaux, des cordes à sauter et autres équipements spécifiques à la récréation. Après ce petit travail de gestion, les enfants sont bien plus précautionneux de leur matériel et comprennent d’eux-mêmes la nécessité de l’utiliser intelligemment », explique le directeur. « Ainsi sont-ils également amener à établir, en conseils d’élèves, un planning d’utilisation des terrains de jeux, à s’impliquer dans les projets de réaménagements de la cour… Ils tirent les leçons des mauvais choix et à œuvrent en commun pour profiter au maximum des moments de récréations qui doivent permettre à tous de faire le vide dans les meilleures conditions possibles ».

Parallèlement à cette démarche globale, Ugo di Palma investit, depuis dix ans, les différentes classes de son école dans des projets pédagogiques subventionnés dans le cadre du concours Récréa’caf1 qui lui permettent, notamment, d’organiser des ateliers pendant les récréations. Ainsi, après avoir fleuri des espaces de la cour et en attendant de créer un potager, les élèves de l’école travaillent depuis plusieurs mois à la réalisation d’une fresque sur les murs du gymnase. Et le directeur des Hauts-de-Seine de souligner : « ces activités sont d’autant plus gratifiantes pour l’école qu’elles sont parfaitement respectées par les habitants de la cité ».

Une cour ouverte sur la forêt

Point de cité à la périphérie de l’école de l’Orée du Bois2, mais, comme son nom l’indique, une forêt. Située sur la commune de Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes) cette école publique de 300 élèves autorise les enfants à prendre leurs récréations dans la nature, sous les arbres, sans autre barrière que les limites fixées par les enseignants. Adrien Brunetti, son directeur, développe : « dans la forêt, les élèves ne s’ennuient jamais. Qu’il s’agisse des maternelles ou des enfants d’élémentaire, tous jouent. À ramasser les glands, à construire des cabanes ou des circuits avec les pierres, derrière les buissons, aux pieds des arbres… les jeux sont calmes, les tensions, l’agressivité quasi inexistantes et les élèves bien plus attentifs à ce qu’ils font que dans la cour bétonnée où les grandes classes prennent leur récréation en alternance. D’ailleurs les enfants tombent bien moins souvent dans la forêt où le sol est meuble et irrégulier que dans cette dernière ! »

De fait, les enseignants de l’Orée du Bois n’interviennent que très rarement lors des récréations en forêt. Placés à des endroits stratégiques, pour aider les plus jeunes à se rendre aux toilettes, veiller à ce que les limites (variables en fonction de la météo) ne soient pas franchies et guetter la présence d’éventuels promeneurs dans le bois, ils tendent à développer chez les enfants des capacités de surveillance mutuelle. Dans un tel cadre, pas besoin non plus de suggérer des activités aux élèves. Au contraire : « d’une manière générale, les journées des enfants sont très dirigées, y compris lors des activités périscolaires. Je crois qu’il est important que, durant les récréations, ils puissent jouer à ce qu’ils veulent avec qui ils veulent. Ils ont des copains, un espace privilégié, des limites et un règlement… Je ne vois pas l’intérêt, dans ses conditions, de les assister davantage ».

Marie-Laure Maisonneuve
(1) Organisé par la Caisse d’allocations familiales des Hauts-de-Seine, le concours Récréa’caf vise à favoriser la réussite de projets imaginés et organisés par les équipes enseignantes des écoles élémentaires, en association avec les parents et les structures de quartier, dans le cadre d‘activités périscolaires pouvant avoir des répercussions sur le temps scolaire.
(2) Voir la page.

Des récré animées

Enseignante au Québec dans une communauté francophone, Bianca Soucy a développé un projet de récréations animées dans une école victime de « problèmes de cour », lors d’un stage au Manitoba organisé par l’association canadienne d’éducation de langue française (ACELF). Le principe : inciter et former les élèves les plus âgés à animer les récréations des autres classes, maternelles comprises. « Nous avons monté une banque de jeux, fait des essais d’animation, formé des groupes de deux ou trois élèves et décidé d’horaires précis. Pendant les récréations, les équipes étaient chargées de choisir le jeu, prévoir le matériel et expliquer les consignes ». Un fonctionnement qui, au Québec, a fait école.

Sommaire Hors-série

Surveillance : la cour et la loi (1/4) >> article
Violences et accidents : la cour de quels dangers ? (2/4) >> article
Médiation : la cour mieux appréhendée (3/4) >> article
Initiatives : la cour de récréation autrement (4/4) >> article

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