Langues vivantes : comment inciter les élèves à parler ?

Président de l’Association des professeurs de langues vivantes, Sylvestre Vanuxem reconnaît qu’amener les élèves à s’exprimer dans une langue étrangère constitue une réelle difficulté. Des méthodes permettent toutefois d’y parvenir.

Quels sont les principaux freins auxquels est confronté un professeur de langue ?

Ils sont multiples. Faire parler tout le monde est déjà compliqué du simple fait du cadre et des effectifs des classes. En outre, une classe de langue, c’est souvent une mise en scène, une situation peu naturelle. Enfin, à partir d’un certain âge, les élèves perdent de leur spontanéité : les adolescents hésitent souvent à s’exprimer devant les autres.

Comment faire pour les aider à vaincre ces blocages ?

Il faut d’abord leur donner confiance. Pour ma part, j’essaie de faire lire systématiquement à voix haute tous les textes que nous avons étudiés à l’écrit. La méthode peut sembler rébarbative, mais elle permet de faire travailler les élèves sur un message qu’ils connaissent déjà. De la même façon, faire répéter des phrases qui ont déjà été lues n’est jamais inutile. En outre, en situation de prise de parole, je pense que les enseignants doivent faire un effort pour accepter l’imperfection. En effet, nous avons tendance à exiger que le message délivré soit tout à fait correct, alors que dans une vraie situation de communication, l’essentiel sera d’être compris. Parfois, les élèves se sentent frustrés, parce qu’ils sont en train de dire quelque chose d’intéressant et qu’on les reprend en plein milieu. C’est en partie ce qui explique l’importance du rôle et l’efficacité des assistants étrangers. Ils permettent aux élèves de se trouver en présence de quelqu’un dont ils peuvent se sentir plus proche qu’ils ne le sont d’un enseignant, avec qui le fait de parler une langue étrangère sera moins artificiel et qui se montrera souvent moins pointilleux.

Les nouvelles technologies, en particulier l’informatique, peuvent-elles également vous être utiles ?

Nous y avons effectivement recours pour travailler sur la prononciation ou l’accentuation, ce qui peut mettre les élèves en confiance quand ils doivent, ensuite, se trouver en situation de prise de parole. Mais on ne peut pas les utiliser directement pour faire parler les élèves : les ordinateurs les plus performants, équipés de systèmes de reconnaissance vocale, permettent de travailler sur des phrases isolées, pas encore de tenir de véritables conversations. Enfin, même si cela vient petit à petit, il ne faut pas oublier que tous les établissements ne sont pas équipés d’un tel matériel.

Le programme des examens suit-il cette évolution ?

Le cadre commun européen1 constitue désormais la référence pour mesurer les compétences en langues étrangères. Il les définit d’abord en termes de communication, ce qui a entraîné une évolution des méthodes d’évaluation. Ainsi, l’an prochain, dans certaines filières du baccalauréat, les candidats passeront des épreuves d’expression orale et de compréhension audio, en plus de l’examen écrit traditionnel. En dehors du baccalauréat, certains examens consistent en de véritables jeux de rôle : le candidat reçoit une série de documents en langue étrangère l’aidant à entrer dans la peau d’un personnage. Il doit ensuite, par exemple, incarner un agent de voyage et formuler des propositions de séjours à un client, joué par l’examinateur. Même si c’est difficile à organiser, c’est une technique que nous essayons également d’appliquer dans nos classes. Mais, pour conclure, je voudrais rappeler une évidence. La méthode la plus efficace, ce sera toujours d’aller s’immerger dans la culture du pays dont on a appris la langue !


 


Patrick Lallemant


 


(1) Plus d’informations dans le document officiel.

Y aurait-il des changements radicaux à apporter ?

Les choses sont en train d’évoluer. Pour s’adapter au cadre européen, on envisage par exemple que l’enseignement des langues ne s’effectue plus par classes, mais par groupes de niveaux. L’initiation dispensée dès le primaire va également dans le bon sens. Pour les enfants, parler dans une autre langue que leur langue maternelle devient ainsi presque naturel.

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