Que faire pour lutter contre l’échec scolaire et la violence des jeunes ? Depuis décembre 2005, le ministère de la Justice a mis en place l’opération « Parrrainez un jeune qui a raté une marche de la vie« . Cette opération s’adresse aux jeunes sous main de justice, plus précisément aux mineurs de 13 à 18 ans sous mandat judiciaire civil ou pénal et aux jeunes majeurs protégés de 18 à 21 ans. Ces jeunes, suivis chacun par un référent judiciaire, qui est un agent de la PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse), peuvent être parrainés dès qu’une motivation professionnelle réelle a été identifiée par leur référent judicaire. Cette année, 200 jeunes sont ainsi inscrits dans ce dispositif, et près de 600 parrains se sont portés volontaires sur le site dédié. Les parrains sont eux majoritairement des artisans, des commerçants, des cadres ou des chefs d’entreprise. Quelques-uns sont également retraités. Ils s’engagent à aider leur filleul dans l’élaboration de leur projet professionnel, lui donnent des conseils pour rédiger un CV, décrocher un stage, voire un emploi. Ils peuvent également le faire bénéficier de leur carnet d’adresses. L’objectif fixé par le ministère de la Justice est d’arriver à 1000 jeunes parrainés pour la fin 2006. En attendant, le ministre de la Justice, Pascal Clément, a dressé le 6 juillet un premier bilan.

Premier bilan

Sur les 200 jeunes parrainés, 88 ont suivi un stage de découverte, 18 sont entrés en apprentissage, 11 ont repris leur scolarité, 8 ont signé un CIVIS (contrat d’insertion dans la vie sociale), 7 un CDD (contrat à durée déterminée), 2 un CDI (contrat à durée indéterminée) et 7 ont démarré une formation qualifiante. Afin d’élargir le champ de recrutement des parrains, Pascal Clément et Pierre Gagnaire, chef d’un restaurant parisien trois étoiles et « parrain officiel » de l’opération, ont adressé conjointement une lettre à 500 chefs et restaurateurs français pour les inciter au parrainage. Le secteur de la restauration est en effet très porteur en termes d’emploi. Au vu des premiers résultats, le système du parrainage semble assez fructueux. Il est nécessaire cependant d’attendre d’avoir du recul sur la réelle insertion professionnelle de ces jeunes pour pouvoir juger en toute impartialité. Néanmoins, le système du parrainage rencontre certains succès et il est expérimenté dans des univers totalement différents.


Des normaliens tuteurs 


 


Le parrainage est dans l’ère du temps. Dans un tout autre domaine, puisqu’il ne s’agira plus cette fois de jeunes placés sous mandat judiciare, mais de brillants élèves scolarisés issus de milieux défavorisés, la prestigieuse Ecole Normale Supérieure s’essaiera au parrainage dès la rentrée prochaine. Monique Canto-Sperber, directrice de Normale Sup, s’est exprimée dans Le Monde  à ce propos le 25 juin. Elle a fait part de sa volonté d' »aider les élèves talentueux, issus de milieux défavorisés, à entrer en classes préparatoires, puis à l’ENS ». Pour ce faire, l’établissement a songé au parrainage. Elle explique donc que « Dès la rentrée 2006, l’Ecole normale supérieure enverra une cinquantaine de ses élèves, volontaires et bénévoles, dans cinq lycées de banlieue parisienne et dans cinq lycées de province […] ». Concrètement comment les jeunes normaliens agiront ? « [Les] normaliens travailleront dans les classes de première et de terminale qu’abritent ces lycées afin de diffuser auprès des élèves le goût du savoir et l’enthousiasme pour les études ». Et surtout par la suite, « les normaliens tuteurs suivront les élèves les plus prometteurs, ils les aideront à s’inscrire en classes préparatoires. Ils les épauleront constamment ».
Epauler : ce verbe est le plus grand manque des moins chanceux. Ce manque est au cœur de l’inégalité. Cependant est-ce que grâce au parrainage, pour reprendre les termes de Monique Canto-Sperber, « les jeunes filles et jeunes gens accéderont à la liberté réelle d’être ce qu’ils pouvaient devenir » ? Question ouverte…