Enseignants et lutte contre le racisme

Directrice de recherche au CNRS, directrice de l’Observatoire des statistiques de l’immigration et l’intégration, Jacqueline Costa-Lascoux est également membre du Haut conseil à l’intégration et Présidente de la Fédération nationale des Ecoles de Parents et Educateurs (FNEPE). Elle explique comment les enseignants peuvent contribuer à la lutte contre le racisme.

La première arme contre le racisme, c’est la prévention. Selon vous, sur quoi faut-il insister pour tuer ces mauvais penchants dans l’œuf ?

Le racisme provient souvent du fait que les choses n’ont pas été bien expliquées. Il faut donc réintroduire l’éducation civique, telle que les plus grands noms de la pédagogie l’ont toujours conçue : pas une instruction civique portant sur les institutions, mais une vraie réflexion sur les principes, les valeurs et les pratiques de notre société, assortie de références ponctuelles à ces institutions et à la loi. Les trop rares établissements scolaires qui mènent un travail de ce type, d’éducation à la liberté, à l’égalité et à la fraternité, en soulignent les effets bénéfiques : amélioration de la vie scolaire, changement de comportement des élèves, meilleures relations avec les parents…

Concrètement, comment procéder ?

Les supports pédagogiques existent. Il est très simple de se les procurer auprès de son académie ou de les télécharger1. Ils permettent, en partant de situations précises et de la façon dont les élèves les interprètent, de s’appuyer sur les éléments littéraires, historiques ou juridiques. A partir de là, il faut privilégier le travail en équipes pédagogiques, en partenariat avec les associations, les élus, la presse, la police ou la justice… Ainsi, à la suite d’un acte inacceptable commis récemment dans un établissement de banlieue parisienne, un commissaire de police et un procureur sont venus s’adresser aux élèves.

Et que leur ont-ils dit ?

Ils ont rappelé que le racisme est un délit, susceptible de déboucher sur des condamnations en justice. Ensuite, les enseignants travaillent sur l’histoire et l’évolution des idées : pourquoi en est-on arrivé à inscrire dans la loi le racisme comme un délit ? Enfin, le commissaire et le magistrat peuvent évoquer avec les élèves des faits qui se sont déroulés dans leur quartier ou dans leur ville, et leur demander ce qu’ils en pensent.

Certains enfants sont élevés par des parents racistes. Dans ce cas, comment faire pour contrer l’influence familiale ?

Il ne faut pas avoir peur d’expliquer à ces enfants que leurs parents se trompent, que la démocratie et la liberté se conquièrent. Le premier point à mettre en évidence, c’est que la lutte contre le racisme ne se divise pas. Car les gens racistes sont souvent également homophobes, sexistes, ne supportent pas les handicapés ou les SDF… Il faut donc travailler sur la logique discriminatoire. Elle émane souvent de personnes peu assurées, qui ont besoin de caricaturer les autres pour s’affirmer elles-mêmes, et l’on peut être à la fois auteur de discrimination et victime. Il n’est pas toujours si simple de distinguer entre les bons et les méchants et chacun d’entre nous peut se laisser aller à une injure raciste ou sexiste. En tout état de cause, il y a urgence. L’abandon de l’utopie sociale et la remise en cause des principes de la République, constatés dans les années 90, ont créé les conditions du développement des discriminations. Ils ont ainsi favorisé les replis individuels et communautaires.


 


Propos recueillis par Patrick Lallemant


 


 


(1) De nombreuses bases de ressources sont notamment disponibles en ligne. Un site comme Educasources propose ainsi fiches de travail, cédéroms, séquences pédagogiques…

Que faire lorsque l’on se trouve confronté à un acte raciste ?

Ne jamais le laisser passer. Il faut toujours instaurer un dialogue mais, à certains moments, la sanction s’impose. Y compris en déposant plainte en justice pour les actes particulièrement graves. On n’a pas à accepter les comportements qui nient la dignité d’une autre personne. La tolérance signifie l’acceptation de la diversité, pas celle du fascisme.

Partagez l'article

Google

Les commentaires sont fermés .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.