Pascale Pombourcq : ‘Non à la notion de constante macabre’

Depuis deux ans, André Antibi1, auteur de La constante macabre2, propose aux enseignants de tester l’ »évaluation par contrat de confiance »3. A l’heure du bilan annuel pour le MCLCM4, Pascale Pombourcq, présidente de l’Association des professeurs de mathématiques, pose un regard critique sur cette méthode qu’elle juge finalement peu innovante.

Selon le MCLCM, la notation doit avant tout donner confiance aux élèves. Est-ce aussi votre avis ?

Avant la confiance, je placerais la reconnaissance du travail, la récompense d’un effort. Une dimension également souhaitée par M. Antibi, sauf qu’à l’écouter, les enseignants construiraient leurs contrôles de façon à obtenir ce fameux tiers de mauvaises notes, comme si nous voulions à tout prix mettre une partie de nos élèves en difficulté5. Il faut arrêter de caricaturer, de ridiculiser notre profession ! Bien sûr que nous voulons donner confiance aux élèves et c’est ce que nous faisons, par exemple en félicitant celui qui n’a pas particulièrement bien réussi mais chez qui l’on a senti un frémissement, une meilleure qualité de travail.

Vous refusez donc l’idée de cette « constante macabre », ce tiers d’élèves injustement en échec ?

Absolument ! Car sur quels critères a-t-on construit cette proportion ? Et qu’appelle-t-on « bonne » ou « mauvaise »note ? Bien souvent, je recueille – avec joie – des copies toutes très bonnes ! Et à l’inverse, nous enseignants nous trompons parfois sur ce que les élèves ont acquis. Savez-vous ce qui se passe si, lors d’un devoir, toute la classe « se plante »? Le contrôle part directement à la poubelle. Une autre réalité qu’il faut rappeler : au collège, un enseignant suit souvent deux classes de même niveau. S’il leur soumet le même devoir, celles-ci vont réagir différemment, obtenir des résultats dissemblables alors que les élèves sont formés et notés par le même enseignant…

Que pensez-vous d’un système d’évaluation6 qui prévoit d’informer les élèves du contenu des contrôles ?

Du bien puisqu’il existe déjà ! M. Antibi enseignant à l’Université, j’ignore s’il a eu l’occasion de fréquenter des classes de collèges et de lycées. Parce qu’alors, il se serait aperçu que le dialogue y est perpétuel. Bien sûr qu’une semaine en amont, nous informons les élèves sur la teneur précise du contrôle, contrôle qui contient toujours une partie répliquant exactement les exercices faits en classe. La séance préparatoire qu’il préconise est, elle aussi, déjà en place. Au collège, une fiche – au contenu choisi par les élèves et récapitulant des exemples types – précède généralement le contrôle. Alors, quand on nous rappelle que cette séance « doit permettre aux élèves (…) de demander des explications à l’enseignant7« , là on se moque de nous !

Le barème simple de l’EPCC8 vous semble-t-il pertinent ?

Bien sûr dans la mesure où nous l’appliquons déjà… A la différence que la partie sur 16 points préconisée par André Antibi ne reçoit en général que 12 points, les exercices dits de « même type » 4, et 4 derniers points vont à un exercice un peu plus original. Tout ceci reste à prendre au sens large, dans la mesure où nous aménageons ce système selon les classes, certaines ayant besoin d’être plus sécurisées. Et même la question dite « hors barème » recommandée par le MCLCM est loin d’être inédite9. Cette pratique, largement répandue, répond en effet à l’hétérogénéité des classes.

Comment expliquer dès lors que le mouvement soit soutenu par des associations de parents et des enseignants ?

Je ne me l’explique pas vraiment surtout quand je lis que si un élève ne comprend pas malgré les explications, « malheureusement (…), l’enseignant devra laisser à l’élève le soin d’essayer de comprendre par lui-même (…) »10. Voilà un bel aveu d’échec ! Qui oserait laisser un élève dans l’incompréhension sans essayer de le prendre à part ? Aux enseignants qui témoignent de la réussite de la méthode, j’aimerais demander ce qu’ils faisaient avant. Forcément « ça marche » si auparavant – mais ça me paraît énorme -, ils n’appliquaient pas le système actuel. André Antibi parle aussi beaucoup d’« expérimentations déjà réalisées ». Mais où ? Dans quelles conditions ? Avec combien de classes ? Lors de la publication de La constante macabre, notre association avait déjà critiqué ce manque de données chiffrées et précises. Je trouve déroutant que ce sujet prenne une telle ampleur, alors que, de notre côté, nous avons des projets concrets pour réduire l’échec scolaire mais peinons à les faire entendre.


 


Propos recueillis par Cécile Desbois


 


(1) Professeur à l’Université Paul Sabatier de Toulouse, André Antibi y dirige l’Institut de recherche pour l’enseignement des mathématiques (IREM) et publiera à la rentrée prochaine « Les notes : la fin du cauchemar ou comment supprimer la constante macabre ». (2) André Antibi, La constante macabre ou comment a-t-on découragé des générations d’élèves, Math’adore, 2003.
(3) L’EPCC ou évaluation par contrat de confiance propose une méthode où l’élève est informé du contenu de contrôle et s’y prépare.
(4) MCLCM ou Mouvement contre la constante macabre.
(5) Selon le MCLCM, de nombreux élèves faisant partie du mauvais tiers d’une classe sont injustement en échec malgré leur travail. A ce sujet, lire par exemple l’interview d’André Antibi accordée au journal L’Humanité.
(6) Sur son site, le MCLCM propose un document téléchargeable qui résume les principes de l’EPCC, extrait du prochain ouvrage dAndré Antibi. 
(7) Citation extraite de ce même document, p. 2
(8) Dans l’EPCC, l’enseignant indique aux élèves une liste de questions traitées en classe. Au contrôle, les élèves ont à traiter exactement certaines de ces questions et, sur 4 points environ, un exercice ne figurant pas dans la liste. Tous les détails dans le document en téléchargement sur le site du MCLCM.
(9) Ibid, page 12.
(10) Ibid, page 4.

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