Jean-Claude Emin, Violence avec armes : attention aux chiffres absolus !

Datée de mai dernier, une étude de la DCRG1 signale une explosion des actes de violence avec armes en milieu scolaire, remettant en cause les chiffres du Ministère de l’éducation. Sous-directeur de la performance de l’enseignement scolaire au Ministère, Jean-Claude Emin avance de premières pistes pour expliquer les divergences entre ce rapport et la base Signa2.

Comment la base Signa du Ministère de l’éducation est-elle établie ?

Signa est une enquête statistique remplie par les chefs d’établissements, et parfois aussi par les surveillants. On leur demande de recenser tous les incidents connus et graves selon des critères avancés. Parmi les différentes catégories, on trouve des phénomènes définis comme étant « susceptibles de constituer une faute pénale » ou encore « méritant d’être signalés aux autorités locales », en l’occurrence les inspections académiques. La dernière publication remonte à novembre 20053 et recensait environ 80 000 actes dont plus de la moitié étaient des violences sans armes, type injures ou autre. Par contre, concernant les violences avec armes, nous en signalions déjà environ 1630 pour l’année 2003-2004 et 1650 pour 2004-2005 !

Ces chiffres sont donc en contradiction avec l’enquête des Renseignements généraux ?

Les Renseignements généraux évoquent 300 actes4 pendant l’année 2003-2004, et pratiquement le double l’année suivante. Finalement, nous en dénombrons beaucoup plus mais enregistrons, nous, une plus grande stabilité en laquelle nous croyons. Signa est une enquête déclarative qui tourne depuis 2003 et cette continuité dans les chiffres semble refléter la réalité.

Dès lors, comment expliquer cette différence de statistiques entre le Ministère et les Renseignements généraux ?

Comme nous n’avons pas encore discuté avec les Renseignements généraux, je ne peux qu’émettre des hypothèses. Mais je rappelle déjà, qu’à ma connaissance et contrairement à ce qui a pu être dit, les Renseignements généraux n’ont vraisemblablement pas travaillé à partir de Signa. C’est peut-être là une piste d’explication. Leurs sources reposaient sur des événements signalés par les inspections académiques et les dépôts de plaintes au commissariat. Or, il est couramment admis que ce deuxième chiffre reflète plus l’activité de la police que la criminalité. Une autre hypothèse repose sur le champ de recensement : les Renseignements généraux parlent de « milieux scolaires », terme général qui pourrait tout aussi bien englober les « jeunes d’âge scolaire ». Pour ma part, je préfère me fier aux tendances générales plutôt qu’aux chiffres absolus. Et il faudrait surtout croiser les sources avec les Renseignements généraux pour essayer de mieux comprendre.

Concernant les tendances justement, les Renseignements généraux notent, entre autres, l’implication croissante de bandes et une plus forte progression d’actes avec armes dans les lycées. Est-ce aussi ce qui ressort de Signa ?

De façon générale, nous enregistrons une stabilité structurelle dans l’ensemble des établissements. Bien sûr, on relève de grandes disparités avec, sans surprise, un plus grand nombre d’actes dans les établissements en difficulté. Quant aux « bandes », cela me fait penser que les Renseignements généraux ont peut-être enregistré des phénomènes ailleurs que dans les établissements scolaires. Car de notre côté, nous n’enregistrons pas ce phénomène qui serait noté s’il apparaissait. Cela me conforte dans l’idée que le champ de recensement était beaucoup plus large que celui de l’établissement scolaire.

Propos recueillis par Cécile Desbois
(1) DCRG : Direction centrale des renseignements généraux.
(2) Le logiciel Signa de recensement des phénomènes de violence a été mis en place à la rentrée scolaire 2001-2002. Il couvre l’ensemble des collèges et lycées publics et des circonscriptions du premier degré. Objectif : recenser de manière exhaustive les actes « graves » de violence survenus à l’école et ses abords.
(3) Chiffres consultables sur le site du Ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche.
(4) Article du journal Le Figaro du 7 juin 2006.
(5) Journal Le Monde du 7 juin 2006.

Le rapport des Renseignements généraux donne quelques recommandations en matière de sécurité. Qu’en pensez-vous ?

En la matière5, je rappelle que Signa n’est qu’une enquête qui peut ensuite induire la politique de prévention du Ministère. Sur le terrain, des établissements renforcent les systèmes de surveillance. Pour autant, transformer l’école en bunker me semble difficile. D’autant que, dans une certaine mesure, les établissements qui connaissent le moins de difficultés sont ceux qui jouissent d’une meilleure intégration dans la vie de quartier et dans leur environnement immédiat…

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