Yves Janin, l’instituteur globe-trotter

Quand les Français d’Algérie se voyaient contraints de regagner l’hexagone, Yves Janin faisait le chemin inverse. Ainsi commença une carrière hors du commun, qui devait l’amener de la banlieue lyonnaise au Kosovo, en passant par Djibouti ou le Gabon.

« Mon père, fils de paysans du Bas-Jura, avait raté le concours d’entrée à l’Ecole normale. C’est peut-être pour réussir dans un domaine où il avait échoué que je suis devenu instituteur… » Pour y parvenir, Yves Janin emploie les grands moyens : en février 1963, quelques mois après l’indépendance, il accepte d’aller fonder une école en Algérie. « C’était un bon moyen d’embrasser la carrière dont je rêvais. J’ai donc été formé sur le tas avec des instituteurs. J’ai rapidement passé mon Certificat d’aptitude pédagogique et je suis parti. Je n’avais pas vingt ans ».
Pendant dix années, le jeune homme vit dans la montagne, à 80 kilomètres d’Alger. « Les élèves faisaient jusqu’à une heure et demie de marche pour venir jusqu’à l’école. Je me suis donc organisé, avec l’aide de l’Unicef, pour leur fournir un vrai repas équilibré tous les midis. »

Retour en France

En 1973, il retrouve la région Rhône-Alpes de son enfance. « J’avais envie, passez-moi l’expression, de me planquer comme instituteur de base dans une école. » Son expérience algérienne incite pourtant l’administration à le nommer directeur de l’école Berthelot, à Villeurbanne. « C’était une école de 14 classes, dont 90% des élèves étaient d’origine maghrébine. Les enfants n’y respectaient pas les enseignants qui, de leur côté, n’hésitaient pas à proférer des insultes racistes ! J’ai imposé des règles de part et d’autre. Le fait de parler arabe m’a permis d’instaurer un dialogue avec les parents. En quelques semaines tout était rentré dans l’ordre, et ce fut finalement une belle aventure ».
Elle prend fin trois ans plus tard, quand Yves Janin part pour Djibouti. « J’avais envie de me retremper un peu dans cette ambiance étrangère. Le travail ressemblait d’ailleurs beaucoup à ce que j’avais fait en Algérie. Il s’agissait de mettre en place un système qui puisse perdurer après mon départ ».

Le virus de l’informatique

En 1979, Yves Janin revient en banlieue lyonnaise. Il prend les rênes de l’école Jean Jaurès, à Vaulx-en-Velin. « L’établissement ressemblait plus à une grosse villa qu’à une école. Entouré par une équipe de gens motivés, je m’y suis fait plaisir pendant 25 ans. »
C’est l’époque des premiers micro-ordinateurs. Yves Janin, qui avoue pourtant n’avoir rien d’un scientifique, y fonde l’un des premiers clubs informatiques scolaires de France. Il deviendra Ademir, l’Association pour le développement dans l’enseignement de la micro-informatique et des réseaux. « Pour nous, l’ordinateur était avant tout un outil pédagogique supplémentaire, pour permettre aux enfants de travailler les maths, la maîtrise de la langue ou la sécurité routière. »
Dans le même esprit, Yves Janin réussit à faire financer l’aménagement d’une péniche en hôtel flottant. « Nous emmenions deux classes, de Lyon jusqu’à la Camargue, pour des cours en situation sur les sciences naturelles, l’histoire ou la géographie… »

La main à la pâte

A l’occasion d’une visite à Vaux, en 1995, Hubert Reeves et Pierre Lena, un autre astrophysicien, découvrent cette « Péniche de l’environnement ». Avec Georges Charpak, ils cherchent alors à introduire en France un concept américain, qui deviendra chez nous « La main à la pâte », et demandent à Yves Janin de se joindre à leur réflexion. « L’homme de terrain que j’ai toujours été n’en revenait pas : des hommes qui avaient reçu le Prix Nobel me demandaient conseil ! »
Depuis dix ans, Yves Janin joue un rôle d’ambassadeur de l’association. A travers des missions de quelques semaines, il exporte ses méthodes pédagogiques aux quatre coins du monde : Colombie, Gabon, Afghanistan, Kosovo… « Notre plus belle récompense, c’est d’avoir invité un Colombien à venir en France, parce qu’ils sont devenus meilleurs que nous dans le domaine de l’évaluation ! » 
Depuis qu’il a pris sa retraite – il ne se souvient d’ailleurs plus de la date exacte – l’infatigable voyageur a repris la route et continue à parcourir le monde.  


 


Patrick Lallemant

Yves Janin en cinq dates

1963 : ouvre une école en Algérie
1973 : rentre en France, prend la direction d’une école à Villeurbanne
1979 : s’installe à Vaulx-en-Velin
1980 : fonde Ademir
1995 : participe à la création de la Main à la pâte

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