Patrick Loubatière : ‘Hervé Vilard ne remplace pas Jean-Jacques Rousseau’

Huit professeurs de français du lycée Joffre, à Montpellier, ont fait travailler leurs élèves de terminale sur l’autobiographie d’Hervé Vilard. Ce choix a engendré une polémique, bon nombre de pédagogues les accusant de pratiquer un nivellement par le bas. A l’origine de cette initiative, Patrick Loubatière s’en défend.

Que pensez-vous des réactions, souvent très critiques, qui ont suivi votre initiative ?

Ce qui me gêne, c’est qu’elles s’appuient sur une contre-vérité. Nos élèves étudient Rousseau et les autres classiques comme tout le monde. En fait, ayant également une activité de journaliste, j’ai eu l’occasion d’interviewer Hervé Vilard pour un magazine. Je ne suis pas un fan, et je n’ai pas ses disques. Mais j’ai trouvé que son livre avait de réelles qualités littéraires. Je lui ai donc proposé de rencontrer mes élèves, pour leur apporter un éclairage différent sur l’autobiographie. D’abord sceptiques, d’autres professeurs de l’établissement se sont joints au projet. La rencontre s’est déroulée, les élèves ont pu poser toutes leurs questions. Et ceux qui le souhaitent peuvent mentionner ce livre dans leur liste pour le bac, dans la partie « lectures personnelles ». Ca ne va pas plus loin que cela.

Cette rencontre a sans doute été intéressante. Mais faut-il vraiment aller jusqu’à inclure Hervé Vilard dans une liste d’auteurs étudiés pour le baccalauréat ?

Précisons d’abord que ce livre ne fait pas partie des textes susceptibles d’être présentés à l’oral. Sa lecture est simplement mentionnée dans le descriptif des activités accomplies dans l’année. A ce titre, il peut juste être évoqué au cours de l’entretien. En fait, l’idée de base, c’est de développer une certaine ouverture d’esprit. Je suis, évidemment, extrêmement favorable à l’étude de tous les auteurs classiques et je veux réussir à y intéresser mes élèves. Mais quand un récit sort du lot, quand il est beau, fort et émouvant, on peut avoir l’ouverture d’esprit de le faire lire aux élèves, même si son auteur a chanté « Capri, c’est fini ». D’autant que l’autobiographie figurait parmi les thèmes à étudier cette année et qu’il ne faudrait pas surestimer l’intérêt spontané des adolescents pour Hervé Vilard. Pour ceux qui le connaissaient, il n’était, avant la rencontre, qu’un chanteur de l’époque de leurs parents !

N’y a-t-il pas, pour les élèves, plus de risques potentiels que d’intérêt à mentionner cette lecture dans leur liste ?

J’espère d’abord que, même s’ils ne sont pas d’accord avec notre démarche, les examinateurs n’en pénaliseront pas nos élèves pour autant. Simplement, après les avoir interrogés sur Montaigne ou Chateaubriand, le professeur pourra les questionner sur l’intérêt de cette lecture. Ce sera alors aux lycéens d’expliquer tout ce que leur ont apporté la lecture de ce livre et la rencontre avec son auteur. Mais ils pourront également faire preuve d’esprit critique et prendre du recul par rapport au thème de l’autobiographie : pourquoi écrit-on un tel livre ? Comment peut-on raconter son enfance ? Quelle est la part de sincérité dans un tel texte ?… Toutes ces questions, ils ont pu les poser à quelqu’un qui leur a répondu avec franchise et simplicité. Je trouve que cela ne peut que leur être bénéfique.

L’an prochain, vous pensez travailler sur l’autobiographie de Loana ?

(Patrick Loubatière éclate de rire). Non ! Je suis le premier à trouver que le genre autobiographique engendre une dérive dramatique. Je ne critiquerai pas le livre de Loana, car je ne l’ai pas lu. En revanche, je critique l’idée que l’on puisse écrire une autobiographie à vingt ans parce qu’on vous a vu pendant trois mois dans une émission de télé.


 


Propos recueillis par Patrick Lallemant

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