Quand l’imparfait du subjonctif devient un symbole

Qu’il soit du subjonctif ou d’autre chose, le terme d’imparfait convient parfaitement à la prose de M. Brighelli.





Imparfait, en effet, son emploi de l’imparfait du subjonctif (« il n’avait pas paru que l’autorité de Marot fût suffisante pour que les élèves continuassent à buter sur un accord arbitraire »). Si Maurice Grévisse l’admet encore (« le Bon Usage », pages 1100 et suivantes), on découvre cependant déjà, dans cette prestigieuse bible, des allusions aux nombreuses critiques formulées, à l’époque, par des écrivains comme André Gide, Georges Duhamel, et bien d’autres. La formule de Yak Rivais, auteur de « la Manière Impertinente d’enseigner la grammaire »(Editions RETZ), pour qui l’imparfait du subjonctif est le « clown de la langue française », est une image qui traduit excellemment le rôle aujourd’hui de cette forme verbale : permettre des effets surtout comiques (voir plus haut, la citation). Et, de fait, les linguistes (Notamment Frédéric François, « l’enseignement et la diversité des grammaires Hachette 1978) ), considèrent son emploi comme une manifestation de surnorme, nom donné au souci « d’en rajouter une couche » que l’on trouve chez ceux, peu habitués à l’élégance, qui croient de bon ton de multiplier les fanfreluches sur leurs habits…

En toute rigueur, l’imparfait du subjonctif n’est à sa place que précédé d’un verbe au « conditionnel passé deuxième forme », (qui n’est autre, comme on sait, qu’un subjonctif plus que parfait : le subjonctif avec le subjonctif), et encore, cela n’est–il justifié que pour produire un effet, généralement comique, de rupture avec le contexte. « Il n’eût pas fallu qu’il m’emmerdât », disait fort pertinemment, en remettant ses gants blancs après une bagarre, un célèbre Dandy du siècle dernier. Plus jolie encore, la réponse, en pleine séance de l’Académie Française, de Jacques de Lacretelle, académicien, à un collègue qui s’excusait de lui avoir prêté des propos n’étant point les siens : « En vérité, cher collègue, j’eusse été fâché que vous m’imputassiez cette connerie ! »

Mais lorsqu’on n’est ni académicien, ni dandy et qu’on ne cherche pas à étaler une culture un peu incertaine, on dit simplement « Il faut, il fallait, il faudrait, il aurait fallu, qu’il retourne à l’école ». C’est le parler du peuple, dont M. Brighelli se fait un ardent défenseur, mais sans aller jusqu’à le suivre.

Imparfait, aussi, son emploi du vocabulaire : « polémique », « aléatoire », sont utilisés chez lui sans rapport avec leur signification exacte. Notamment, on ne voit pas le lien qui peut unir les règles de grammaire avec le hasard, et, contrairement à ce qu’en dit M. Brighelli, personne n’a jamais rien dit de tel.

Imparfaite, donc, sa lecture de nos propos, quand il les interprète comme le refus de toute difficulté, de toute connaissance du fonctionnement de la langue ou quand il les affuble de qualifiants inattendus (le concept de règles de grammaire serait « bourgeois » ?!!).

Ce qui prouve, au passage, que le savoir lire mis en place à partir des syllabes est bien imparfait lui aussi, et qu’à long terme, ses effets restent redoutables.

Imparfait, et même franchement erroné, l’amalgame entre les règles de grammaire et les axiomes mathématiques. Où il apparaît qu’en logique il reste à monsieur Brighelli beaucoup à apprendre.

Imparfaite, encore son utilisation de l’étymologie du mot « enfant », qui semble ignorer que la signification d’un mot ne renvoie pas à une réalité, mais aux représentations qu’on a (et qu’on a eues) de cette réalité, du reste inaccessible autrement qu’à travers nos représentations. L’étymologie du mot « enfant » ne renvoie donc pas à ce que serait l’enfant, mais à la représentation qu’on en avait à l’époque, représentation dénoncée depuis longtemps par les spécialistes.

Bien imparfaite enfin, et même plus que cela du point de vue de la morale et de l’honnêteté, la confiscation qui est la sienne de la notion de Lumières. Si, éliminer d’un revers de plume les travaux menés durant des décennies par les plus grands noms de la psychologie, de la linguistique, de la sociologie, et des sciences humaines, c’est aller vers la lumière, alors il faut revenir aux bougies, que dis-je, aux flambeaux de nos ancêtres, phares plutôt incertains pour un futur bien enfumé..

Qu’il soit du subjonctif ou d’autre chose, le terme d’imparfait convient parfaitement à la prose de M. Brighelli. Imparfait, en effet, son emploi de l’imparfait du subjonctif (« il n’avait pas paru que l’autorité de Marot fût suffisante pour que les élèves continuassent à buter sur un accord arbitraire »). Si Maurice Grévisse l’admet encore (le Bon Usage, pages 1100 et suivantes), on découvre cependant déjà, dans cette prestigieuse bible, des allusions aux nombreuses critiques formulées, à l’époque, par des écrivains comme André Gide, Georges Duhamel, et bien d’autres. La formule de Yak Rivais, auteur de la Manière Impertinente d’enseigner la grammaire (Editions RETZ), pour qui l’imparfait du subjonctif est le « clown de la langue française », est une image qui traduit excellemment le rôle aujourd’hui de cette forme verbale : permettre des effets surtout comiques (voir plus haut, la citation). Et, de fait, les linguistes (Notamment Frédéric François, L’enseignement et la diversité des grammaires Hachette 1978) ), considèrent son emploi comme une manifestation de surnorme, nom donné au souci « d’en rajouter une couche » que l’on trouve chez ceux, peu habitués à l’élégance, qui croient de bon ton de multiplier les fanfreluches sur leurs habits…
En toute rigueur, l’imparfait du subjonctif n’est à sa place que précédé d’un verbe au « conditionnel passé deuxième forme », (qui n’est autre, comme on sait, qu’un subjonctif plus que parfait : le subjonctif avec le subjonctif), et encore, cela n’est–il justifié que pour produire un effet, généralement comique, de rupture avec le contexte. « Il n’eût pas fallu qu’il m’emmerdât », disait fort pertinemment, en remettant ses gants blancs après une bagarre, un célèbre Dandy du siècle dernier. Plus jolie encore, la réponse, en pleine séance de l’Académie Française, de Jacques de Lacretelle, académicien, à un collègue qui s’excusait de lui avoir prêté des propos n’étant point les siens : « En vérité, cher collègue, j’eusse été fâché que vous m’imputassiez cette connerie ! »
Mais lorsqu’on n’est ni académicien, ni dandy et qu’on ne cherche pas à étaler une culture un peu incertaine, on dit simplement « Il faut, il fallait, il faudrait, il aurait fallu, qu’il retourne à l’école ». C’est le parler du peuple, dont M. Brighelli se fait un ardent défenseur, mais sans aller jusqu’à le suivre.
Imparfait, aussi, son emploi du vocabulaire : « polémique », « aléatoire », sont utilisés chez lui sans rapport avec leur signification exacte. Notamment, on ne voit pas le lien qui peut unir les règles de grammaire avec le hasard, et, contrairement à ce qu’en dit M. Brighelli, personne n’a jamais rien dit de tel.
Imparfaite, donc, sa lecture de nos propos, quand il les interprète comme le refus de toute difficulté, de toute connaissance du fonctionnement de la langue ou quand il les affuble de qualifiants inattendus (le concept de règles de grammaire serait « bourgeois » ?!!).
Ce qui prouve, au passage, que le savoir lire mis en place à partir des syllabes est bien imparfait lui aussi, et qu’à long terme, ses effets restent redoutables.
Imparfait, et même franchement erroné, l’amalgame entre les règles de grammaire et les axiomes mathématiques. Où il apparaît qu’en logique il reste à monsieur Brighelli beaucoup à apprendre.
Imparfaite, encore son utilisation de l’étymologie du mot « enfant », qui semble ignorer que la signification d’un mot ne renvoie pas à une réalité, mais aux représentations qu’on a (et qu’on a eues) de cette réalité, du reste inaccessible autrement qu’à travers nos représentations. L’étymologie du mot « enfant » ne renvoie donc pas à ce que serait l’enfant, mais à la représentation qu’on en avait à l’époque, représentation dénoncée depuis longtemps par les spécialistes.
Bien imparfaite enfin, et même plus que cela du point de vue de la morale et de l’honnêteté, la confiscation qui est la sienne de la notion de Lumières. Si, éliminer d’un revers de plume les travaux menés durant des décennies par les plus grands noms de la psychologie, de la linguistique, de la sociologie, et des sciences humaines, c’est aller vers la lumière, alors il faut revenir aux bougies, que dis-je, aux flambeaux de nos ancêtres, phares plutôt incertains pour un futur bien enfumé..

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