Sur quoi se base la gestion mentale en pédagogie ?

Les grandes lois de la gestion mentale reposent sur les expérimentations menées par Antoine de la Garanderie au début du vingtième siècle. Après s’être longuement penché sur les méthodes de travail des bons élèves, ce professeur de philosophie a mis en évidence l’existence de différents modes de fonctionnement du cerveau et déterminé plusieurs mécanismes d’apprentissage et de mémorisation selon que ces élèves fonctionnaient de manière auditive, visuelle ou kinesthésique (fonctionnement lié à la manipulation et à la gestuelle, ndlr)3. Antoine de la Garanderie a fait le jour sur la nécessité, pour les enseignants et les élèves, de prendre conscience de leurs propres modes de fonctionnements. Et cela avec l’idée de transférer les stratégies mentales des enfants qui réussissent en classe à ceux qui peinent. Concrètement, en quoi consiste-t-elle ?

Il s’agit, pour les enseignants, d’intervenir de manière spécifique auprès des élèves en difficulté après les avoir fait réfléchir sur leur méthodologie de travail. Le professeur détermine le profil de chaque élève et choisit de lui associer une méthode d’apprentissage. Prenons, par exemple, la règle de grammaire traitant de l’accord du participe passé avec l’auxiliaire avoir. S’il est opportun de demander à des élèves dits « auditifs » de retenir l’énoncé de cette règle sans en changer un mot, il est préférable de la présenter à des « visuels » comme un jeu de réflexion où les mots sont associés à des formes géométriques… Bref, la gestion mentale sous-entend un dialogue pédagogique entre l’élève et l’enseignant visant à redonner du sens au savoir.

Comment avez-vous introduit cette pratique dans l’enceinte de votre établissement ?

Je connaissais déjà la gestion mentale pour y avoir été formé en tant qu’enseignant, quelques années plus tôt, dans la Sarthe. À Saint-Louis, j’ai proposé un premier stage aux enseignants, il y a quatre ans, lorsqu’il nous a fallu mettre en place des séances d’aide au travail personnel (ATP) pour les élèves de 6e. C’était l’occasion idéale d’introduire cette pédagogie en douceur dans un établissement qui comporte déjà nombre de classes et de sections spécialisées. Dès la première année, nous avons pu organiser une heure d’ATP hebdomadaire animée simultanément par un enseignant « 100% auditif » et un enseignant « 100% visuel ». L’année suivante, nous avons fait la même chose pour les élèves de 5e et l’année d’après pour la moitié des élèves de 4e. Ainsi, aujourd’hui, ces séances concernent deux niveaux et demi et demandent chacune la présence de deux à trois enseignants. Parallèlement, je seconde un professeur principal qui a choisi de pratiquer la gestion mentale pendant son heure de vie de classe…

Comment la formation des enseignants s’est-elle déroulée ?

Ces trois dernières années, nous avons fait venir Michèle Sarian, une formatrice de l’IUFM d’Orléans pour animer, à chaque fois, une session de quatre jours auprès d’une trentaine d’enseignants de l’établissement. De plus, notre collège disposant d’un solide réseau associatif très impliqué dans le soutien scolaire, j’ai obtenu que les éducateurs de ces associations puissent eux aussi profiter des formations. Le plus difficile, au lendemain de ces stages, a été de rassurer les enseignants ! La gestion mentale laisse une liberté totale aux professeurs qui la pratiquent, toujours en binôme, dans le cadre d’ATP. Il est impossible par exemple de savoir à l’avance qui va prendre quels élèves (ni combien), ni quelles vont être les attentes de ces derniers. Ce qui peut être fort déstabilisant, au départ, pour certains enseignants…

Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve

(1) Voir le site de l’établissement.
(2) Situé en ZEP, le collège Plateau Goyaves (qui doit intégrer prochainement “réseau ambition réussite“) accueille des élèves en grande difficulté sociale et scolaire : 83% des élèves bénéficient de bourses et 80% des collégiens n’ont pas le niveau requis à leur entrée en sixième.

(3) Pour plus de détails, voir la page consacrée à la gestion mentale ainsi que l’outil « Renard » du lycée Mansart de l’académie de Versailles qui revient en détail sur les formations réalisées sur ce même thème (rappel des données de base, utilisation pédagogique…)