Philippe Meirieu, le pédagogue engagé

Autodidacte de la pédagogie, Philippe Meirieu en est devenu l’un des spécialistes les plus réputés en France et à l’étranger. Chercheur et militant en même temps, il a toujours aimé prendre des responsabilités, même si cela implique de « se retrouver écartelé entre une multitude de tâches ». Portrait d’un homme occupé.

« On ne sait jamais pourquoi on devient chirurgien, jardinier ou professeur. Cela s’inscrit dans une histoire personnelle complexe ». Celle de Philippe Meirieu est intimement liée à une arrière grand-mère qui, très tôt, lui lit le journal et l’initie à la dimension culturelle. Sensibilisé aux problèmes éducatifs, le jeune homme commence ainsi par fréquenter des associations d’éducation populaire, « caractérisées par une effervescence intellectuelle considérable, centrée sur la conviction d’un monde meilleur par l’éducation. J’en suis l’héritier, infiniment reconnaissant. »

Candidat libre

Son premier contact avec une classe intervient à 20 ans, en 1969. « Une école privée cherchait des enseignants, j’avais besoin de gagner ma vie. C’est donc ainsi que j’ai débuté, sans diplôme, en donnant des cours de français et de philosophie à des élèves souvent plus âgés que moi ! » Confronté, sans y être préparé, aux contraintes qu’impose une classe, Philippe Meirieu va chercher dans les livres la formation qu’il n’a pas reçue. Il commence aussi à élaborer ses propres réflexions sur la pédagogie et sur le processus de transmission des connaissances.

Cinq ans plus tard, il décroche son CAP d’instituteur en candidat libre. « Cette première reconnaissance de mon investissement personnel constitua une satisfaction très importante, bien plus que ne l’auraient été des consécrations universitaires ». Pour connaître tous les niveaux d’enseignement, Philippe Meirieu rejoint ensuite le collège Saint-Louis Guillotière, un collège expérimental de Lyon. « Je m’intéressais alors beaucoup à la pédagogie différenciée. Ce collège avait mis en place un dispositif dans lequel les élèves avaient la possibilité de choisir leur nombre d’heures de cours et leurs professeurs. Dans le cadre de mes recherches, je voulais en mesurer l’efficacité. Et je reste aujourd’hui convaincu que nous devrions nous diriger vers des systèmes plus contraignants sur les objectifs, mais plus souples sur les méthodes. »

L’expertise reconnue

Philippe Meirieu passe une dizaine d’années à la Guillotière, de 1976 à 1986. C’est également à cette période qu’il assure la rédaction en chef des Cahiers pédagogiques. Parallèlement, en 1983, il soutient une thèse d’Etat sur les relations entre apprentissages individuel et collectif, « un énorme pavé de près de mille pages, l’aboutissement de dix ans de travail acharné et solitaire, qui m’a fait évoluer de manière déterminante. Beaucoup de ce que je suis aujourd’hui était déjà présent dans cette thèse. » Nommé en 1987 à l’université de Lyon 2, il y dirige l’Institut des sciences et pratiques d’éducation et de formation (ISPEF).

En 1996, toujours soucieux de confronter le résultat de ses recherches à la réalité de l’enseignement, il réintègre le secondaire, au lycée professionnel Marcel Sembat de Vénissieux. Deux ans plus tard, à la demande de Claude Allègre, Philippe Meirieu anime la consultation sur les lycées. « Je n’approuvais pas nécessairement toutes les intentions du ministre. Mais, grâce au travail mené avec l’équipe qui m’entourait, nous avons mis en place en un temps record une consultation qui impliquait un million de lycéens. Même si certaines réformes qui en ont découlé ont aujourd’hui disparu, cela reste un moment de réflexion collective extrêmement fort. »

Comme si tout cela ne suffisait pas, Philippe Meirieu dirige l’Institut national de recherche pédagogique (INRP) de 1998 à 2000. Il conçoit aussi des émissions de télévision, « convaincu que c’est un moyen de transmission fabuleux, et pas uniquement un formidable outil de crétinisation ». La Cinquième, pas encore rebaptisée France 5, en diffuse 26 entre 2000 et 2001. Il anime son site Internet, rédige des livres sur la pédagogie traduits en anglais, espagnol, portugais, italien ou arabe et trouve même le temps d’écrire des contes. Son dernier coup d’éclat remonte au printemps 2006. Philippe Meirieu ne sollicite pas le renouvellement de son mandat à la tête de l’IUFM de l’académie de Lyon, qu’il dirigeait depuis cinq ans. « C’est le signe d’un désaccord radical et total avec la politique gouvernementale, la volonté d’assumer mon opposition frontale par rapport à une politique éducative que je trouve calamiteuse. »


 


Patrick Lallemant

Philippe Meirieu en cinq dates

1969 : Premier contact avec une classe. Enseigne le français et la philo dans un lycée privé de la Vallée de Chevreuse
1974 : obtient son CAP d’instituteur, en candidat libre.
1983 : soutient sa thèse d’Etat : « Apprendre en groupe ? »
1998 : préside le comité d’organisation de la consultation sur les lycées.
2006 : quitte la direction de l’IUFM de Lyon, pour marquer son désaccord avec la politique actuelle en matière d’éducation.

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