Orientation des élèves : comment aider les enseignants ?

A 57 ans, Monique Harlin est une conseillère d’orientation-psychologue (COP) expérimentée. Actuellement en poste au CIO de l’Haÿ-les-Roses1, elle intervient dans deux collèges et un lycée de son district afin d’épauler les équipes éducatives dans leur mission d’orientation.

Quelles sont, en matière d’orientation des élèves, les difficultés majeures rencontrées par les équipes éducatives ?

Les deux moments charnières de la scolarité – le passage du collège au lycée et celui de la classe de seconde à celle de première – génèrent bien des tensions au sein des équipes. Parce qu’il leur faut émettre une proposition d’orientation dès le second trimestre, les professeurs principaux terminent souvent leur année scolaire dans le conflit. Pour décider de l’orientation des élèves, les enseignants s’appuient essentiellement sur les notes. Vécue comme un jugement péremptoire par les jeunes et leurs familles, cette décision peut se solder par une rupture de dialogue entre les différents acteurs. Mon rôle est alors d’apporter une médiation, dans le souci d’aider les familles et les élèves à défendre leur choix. Mais je pense qu’il est aussi de mon ressort d’aider les équipes éducatives à revoir leur méthodologie d’orientation des élèves. Pour cela je m’efforce de travailler, en amont, dans les établissements.

Précisément, qui sont vos interlocuteurs au sein de ces équipes et quel rôle jouez-vous auprès d’eux ?

Dans les lycées, j’interviens auprès des conseillers principaux d’éducation et des professeurs principaux. Dans les collèges, je m’adresse, en plus, aux principaux adjoints. En début d’année scolaire, j’organise toujours plusieurs réunions d’informations sur le fonctionnement du système éducatif, la documentation et les ressources mises à leur disposition etc. Hélas, en dehors de ces interventions inscrites au calendrier et des actions éducatives d’orientation menées à destination des élèves, tous les professeurs principaux n’entretiennent pas spontanément le dialogue avec le COP rattaché à l’établissement….

De quels types d’informations complémentaires les professeurs principaux auraient-ils besoin pour aider les élèves dans leur orientation ?

Les équipes éducatives ont un accès direct aux informations pratiques concernant les filières, les métiers, les cursus ou encore les établissements au sein même de leur collège ou de leur lycée. La faille, à mon sens, résulte plutôt de leur manque de formation aux sciences humaines ainsi qu’aux problèmes spécifiques de l’adolescence et se manifeste par une forte tendance à souligner les lacunes des élèves plutôt qu’à chercher à valoriser leurs compétences et leurs attraits. Pour pallier ce manque (conséquence d’une formation initiale très axée sur les disciplines), les enseignants peuvent s’inscrire aux stages de formation figurant au PAF de leur académie et traitant, par exemple, des analyses de pratiques professionnelles2. Il existe également des modules de formation spécifiques destinés aux professeurs désireux d’enseigner l’option « découverte des métiers »3.

Quel est le lien entre ce travail et celui que vous menez auprès des élèves et de leur famille ?

Tout récemment, j’ai reçu au CIO une famille que j’avais rencontrée l’an dernier à l’occasion d’une réunion parents professeurs de troisième. Ce jour-là, l’élève, dont les résultats étaient faibles, m’avait fait part de son intérêt pour les arts. A la fin de l’année scolaire, son professeur principal l’a dirigée vers une section d’adaptation industrielle sans lien avec la matière qui l’attirait. La famille et l’élève ont suivi le conseil du professeur principal. Cette année, la jeune fille n’est pas intéressée par ce qu’elle étudie et recherche une autre orientation où ses aptitudes artistiques soient prises en compte et valorisées. En étudiant ses bulletins scolaires, je me suis aperçue qu’elle avait un profil plutôt littéraire et qu’elle pourrait peut-être demander à redoubler dans une seconde proposant l’option arts plastiques. Il est certain que je reparlerai avec le professeur principal du devenir de cette jeune fille.


 


Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve



 


(1) Le centre d’information et d’orientation de l’Haÿ-les-Roses reçoit le public des communes de Cachan, Chevilly Larue, Fresnes, l’Haÿ-les-Roses et Rungis.
(2) Plusieurs modules permettant de « développer des compétences permettant de travailler en équipe les questions d’orientation et de vie scolaire » figurent désormais aux plans académiques de formation.
(3) Voir le B.O. n°11 du 17 mars 2005. Proposée aux élèves de 3e, cette option de trois heures hebdomadaire peut être l’occasion de sensibiliser l’établissement tout entier aux problèmes d’orientation. Mais encore faut-il qu’elle ne soit pas perçue par les équipes éducatives comme une option de relégation…

Que faire devant un cas d’orientation délicat ?

Je pense qu’un professeur principal ne doit pas attendre l’échéance ultime pour faire appel au COP. Une vraie concertation, engagée bien avant la réunion de préparation du conseil de classe, permet souvent de dénouer les situations problématiques… Les compétences de l’enseignant et celle du COP sont complémentaires et non opposées. C’est en les associant que l’on peut éviter d’orienter un élève par défaut.

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