Retour en arrière. En septembre dernier, lors du congrès annuel de l’ADBU (Association des directeurs de bibliothèques universitaires), sa présidente, Marie-Dominique Heusse, tirait la sonnette d’alarme : « Les bibliothèques universitaires ne parviendront pas à maintenir le niveau de qualité de leur fonctionnement sans moyens en personnel ». Elle mettait en garde également contre l’inquiétante baisse du pouvoir d’achat des universités, touchant bien entendu de plein fouet les BU (bibliothèques universitaires). Enfin, et ce n’est pas  le moindre des dangers, elle mettait en avant le fait qu’une faible attractivité des bibliothèques universitaires pouvait avoir des répercussions sur … l’attractivité tout court des universités françaises pour les étudiants étrangers. Ils ne manqueraient pas en effet de comparer leurs propres bibliothèques universitaires avec ces dernières. Ce pessimisme peut sembler un peu outré. Pourtant, ce point de vue est loin d’être isolé.



Pas de places avant 2015


 


Ces propos seront relayés, un mois plus tard, par Daniel Renoult, doyen de l’Inspection générale des bibliothèques. Dans un entretien à Livres Hebdo, il déclare que « si l’on veut attirer les meilleurs étudiants et chercheurs étrangers, il n’y a pas de miracle : il faut leur offrir des bibliothèques de qualité et de bonnes conditions d’accueil. On ne peut pas leur demander de faire la queue, d’attendre des heures dans une salle de lecture ou de rédiger un bulletin à la main. » Il indique ensuite que pour Paris par exemple, les 7000 places de lecture manquantes actuellement ne seront pas disponibles, vu les retards accumulés… avant 2015 ! Les propos de Daniel Renoult et de Marie-Dominique Heusse vont bientôt se voir entièrement confirmés par un allié de poids : le rapport 2005 de le Cour des Comptes…

Un « électrochoc »

Le rapport 2005 de la Cour des Comptes est sans appel : le retard des bibliothèques universitaires françaises par rapport à celles des autres pays développés « reste identique à celui qui était constaté […] en 1988 ». Suite à la publication de ce texte, Marie-Domique Heusse a fait part à l’AEF en mars dernier de son souhait que les conclusions de ce rapport puissent servir « d’électrochoc pour le ministère de l’Education nationale et pour les responsables des universités ». Une réponse au dénuement des bibliothèques universitaires françaises -une centaine tout de même- allait probablement être apportée par la loi de programmation pour la recherche. Adoptée définitivement le 4 avril dernier, quelles sont ses dispositions face à ces défaillances ?

Le mot oublié

Andréas Pfersmann, enseignant de littérature générale et comparée à l’université de Nice-Sophia Antipolis/CNRS, relevait le 17 avril dernier dans Libération (Rebonds) une curieuse omission. Cette loi ne mentionnait à aucun moment le mot « documentation ». « J’imagine qu’on a voulu jeter un voile pudique sur la misère des bibliothèques universitaires de notre Grande Nation », ironisait-il. Apostrophant directement les Français, il leur « demand[ait] de réserver quelques places à Charenton aux usagers assez fous pour comparer leurs bibliothèques à celles qu’on trouve dans les universités américaines, nordiques ou allemandes ». Sous couvert d’humour, l’universitaire dénonçait une situation jugée inacceptable, pénurie d’ouvrages, de revues, de postes informatiques, horaires d’ouverture restreints jusqu’à l’indécence. Et finissait par se demander si « se documenter, pouvoir étudier le soir et le week-end, consulter des livres spécialisés » n’était pas après tout qu’une « drôle d’idée ».

Les propositions de dotations budgétaires de François Goulard suffiront-elles pour venir à bout d’une situation pour le moins critique ? Leur montant pour le moment reste indéterminé…


 


 



*Lors de l’inauguration de la nouvelle bibliothèque universitaire du Havre