Jean-Paul Brighelli : ‘Un instituteur doit avoir des connaissances encyclopédiques’

Jean-Paul Brighelli vient de publier la suite de La fabrique du crétin. Intitulé A bonne école, son nouveau livre contient des propositions pour réformer l’école. Clef de voûte de l’ »école de la réussite » : les instituteurs. Leur formation, d’excellence, devrait se calquer sur celle des grandes écoles. Jean-Paul Brighelli revient sur cette conviction et sa vision d’une école résolument vouée au savoir.

Vous écrivez dans votre livre que pour « retransformer l’école de l’échec programmé en école de la réussite », il faudrait des « maîtres formés à l’excellence ».
Que changeriez-vous dans la formation des enseignants, pour arriver justement à cette excellence ?


Il faut partir de la vocation. Ce métier ne s’exerce pas par défaut, après une licence de psycho, socio, arts appliqués etc parce qu’on ne sait pas quoi faire. L’école c’est une vocation, ce n’est pas la Fonction Publique. Pour être sûr qu’on a la vocation, autant le faire le plus tôt possible, juste après le bac. C’est pourquoi je préconise la création de classes préparatoires pour former les instituteurs (je ne dis pas « professeurs des écoles »). Il faut donner aux instituteurs une formation qui leur permette de posséder à fond toutes les disciplines. Un instituteur doit avoir des connaissances quasi encyclopédiques en français, en mathématiques, en histoire… Les instituteurs tels que je les conçois sont des spécialistes de tout.

Concrètement, comment concevez-vous ces classes préparatoires à l’enseignement primaire ?

Comme je l’ai dit, une formation très solide est indispensable. Je parle dans mon livre de véritables classes préparatoires pour les instituteurs, proposées dans les lycées, avec 40 à 42h de cours par semaine et un haut rendement, bref une sorte de Lettres Sup polyvalente, car comprenant aussi des cours scientifiques. Dans le cadre de cette formation, la seule chose que je garderais des sciences de l’éducation, c’est un cours retraçant leur histoire pour savoir justement d’où vient cette profession. J’ajoute pour terminer, que je trouve très choquant que plusieurs jeunes « professeurs des écoles » ne connaissent rien à la méthode syllabique, jugée « méthode élitiste » ! Ils n’appliquent que les méthodes à départ global, n’ayant de toute façon pas été formés à autre chose.


Les épreuves actuelles du concours de recrutement des instituteurs correspondent-elles aux exigences de la formation initiale que vous proposez ?

Les épreuves de concours pour le recrutement des futurs instituteurs ressemblent de plus en plus à des QCM. Pas de rédaction par exemple. Par ailleurs, les sciences de l’éducation y ont un poids colossal, or la pédagogie s’enseigne par l’exemple ! Il faudrait davantage miser sur la pratique, proposer plus de stages sur une durée de deux ans, -pour les instituteurs comme pour les certifiés d’ailleurs- en changeant d’environnement tous les quatre, cinq mois. La transmission doit se faire par l’exemple, par les Anciens en quelque sorte.

Outre la formation, vous insistez aussi sur la redéfinition du rôle de l’école, vous écrivez dans votre livre que « L’école n’a pas pour but de préparer à un métier ». Pouvez-vous nous expliquer alors quel est son rôle ?

L’école a pour fonction de donner une polyvalence, des savoirs généraux, dont l’application à des domaines précis est à différer pour plus tard, par exemple en faculté. Immerger des élèves de 4e en entreprise me semble inutile, mais leur donner des connaissances fondamentales très solides est indispensable. Je le répète : la professionnalisation doit intervenir le plus tard possible.

Pour vous, l’option découverte professionnelle en 3e, c’est une aberration ?

Absolument. Aller voir sur place l’entreprise, quand on n’a rien de défini, est absurde.

Finalement, estimez-vous que l’école remplit son rôle actuellement ?

Non. Une violence de l’école s’exerce actuellement, qui consiste à ne pas donner aux élèves la nourriture intellectuelle qu’ils réclament. Or le système va mal, parce qu’aucun élève n’aime être pris pour un imbécile. L’école est devenue une garderie améliorée. J’ajoute que l’école ne donne pas un enseignement continu. En histoire par exemple, on passe des dinosaures et des hommes des cavernes, très cotés à l’école primaire, à des pans d’histoire contemporaine au collège. L’histoire de France est elle complètement oubliée. Comment construire un véritable citoyen, qui ignore tout des guerres de religion ou de l’Edit de Nantes ? De même en littérature : on ne l’enseigne plus du tout chronologiquement, et de toute façon en primaire les inspecteurs recommandent les textes contemporains, plus simples. Pour moi, ces textes ne sont pas plus simples, ils sont seulement plus vulgaires.

Mais il reste encore de bons, voire de très bons élèves !

On a tellement rabaissé le niveau qu’aux Olympiades de chimie par exemple, les meilleurs élèves français, qui sont bac+1, se font ratatiner par des élèves de 14 ans du Japon et de Corée, qui sont en plus de bons littéraires ! C’est très grave ! Les vocations sont gâchées, on ne les suscite plus, et le niveau des élites est en baisse. Les mots « élitisme », « méritocratie » sont aujourd’hui des injures. Il faut réhabiliter ces termes, on en a le besoin le plus urgent.

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