Bruno Racine – Socle commun : pour donner envie de savoir

Le 30 mars dernier, le Haut conseil de l’éducation1 a rendu publiques ses recommandations sur les contenus du « socle commun des connaissances et compétences »2. Le président de cette instance consultative, Bruno Racine3, en explique les grands principes.

L’élaboration de ces recommandations4 a-t-elle donné lieu à des rencontres avec le monde enseignant ?

Tout à fait ! Pendant cinq mois de travail intense, notre équipe interne a d’abord analysé la documentation existante. En parallèle, nous avons auditionné un large éventail d’acteurs de l’éducation : des chefs d’établissement, des universitaires et des chercheurs notamment suisses et belges car ayant la même problématique francophone. Notre parti pris était que chaque intervenant s’exprime à titre individuel, de façon libre, à partir de son expérience et non pas comme représentant d’un groupe. Dans ce sens, nous n’avons pas rencontré d’organisations, syndicales ou autres, en tant que telles. Par contre si l’une d’elles souhaitait intervenir, nous lui proposions de contribuer par écrit.

Le texte parle de « compétences » plutôt que de « connaissances » et insiste sur l’autonomie et le sens de l’initiative. Faut-il y voir une réflexion sur l’école et la transmission de fondamentaux citoyens ?

Le conseil s’est vite confronté à un problème de terminologie. Dans ce domaine, notre recommandation rejoint la terminologie européenne qui parle de compétences, à savoir la combinaison de connaissances particulières, et de la capacité à les mobiliser, à les mettre en œuvre. Cela rejoint la finalité de citoyenneté même si celle-ci n’est pas nouvelle. Au cours de leur parcours scolaire, on exige des élèves de plus en plus d’autonomie. Le socle repose sur une idée similaire : que les jeunes acquièrent cette capacité à accroître leur savoir tout au long de leur vie.

L’interdisciplinarité s’inscrit au cœur des recommandations du Haut conseil. En quoi est-elle essentielle à la pédagogie ?

Dans la culture humaniste ou scientifique, l’interdisciplinarité n’est pas une doctrine ! De même que la découverte de l’art ne va pas sans celle de la littérature ou de l’histoire, tous les grands savants s’accordent sur le fait que les sciences forment un tout. Cela fait sens, et je suis persuadé qu’il faut procurer du sens aux élèves pour stimuler leur désir de connaissances. Au collège, le décloisonnement5 des classes, tel qu’il se pratique aujourd’hui, rejoint donc tout à fait l’esprit du socle. Les évaluations, sous la forme que nous proposons, renvoient aussi à l’interdisciplinarité car elles supposent un travail collectif de la part des enseignants.

A la suite des recommandations du Haut conseil, des changements dans la pratique de l’enseignement sont-ils envisagés ?

Récemment, l’Académie des sciences6 a émis une suggestion très pertinente : penser des manuels scientifiques et mathématiques basés sur un décloisonnement des disciplines. Voilà une idée concrète et neuve ! D’autre part, le Haut conseil travaille déjà sur un prochain chantier : la formation des enseignants. Car le socle ne repose pas uniquement sur des orientations, des principes, mais aussi sur des outils. Nous devons donc nous assurer que la formation des enseignants reste cohérente avec les objectifs du socle : ne laisser personne sur le bord du chemin.

En quoi le socle pourrait-il justement aider les élèves en difficulté, ceux-là mêmes qui pourraient être concernés par l’apprentissage dès 14 ans ?

Le socle commun vise « à tirer vers le haut » ceux qui se situent sous une limite, jugée inacceptable par la Nation. La maîtrise du langage, la capacité à s’exprimer, à travailler en équipe…  Ne pas maîtriser ces compétences constitue un handicap, tant dans la scolarité que dans la vie. Le socle apparaît donc comme un élément crucial pour faire redémarrer l’ascenseur social. D’ailleurs, l’apprentissage ne signifie pas sortie du système scolaire : le socle commun devra être assuré à tous les élèves, y compris ceux en apprentissage, jusqu’à 16 ans, jusqu’à la fin de la scolarité obligatoire !


 


Propos recueillis par Cécile Desbois


 


(1) Toutes les informations sur le HCE (Haut conseil à l’éducation), sur le site du Ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche.
(2) « Le socle correspond à ce que nul n’est censé ignorer en fin de scolarité obligatoire sous peine de se trouver marginalisé ou handicapé. Grâce au socle, chacun pourra continuer à se former tout au long de la vie et s’adapter aux évolutions de la société ». Le socle fait partie de la Loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école, votée en avril 2005. Pour en savoir plus sur cette loi, cliquer ici
(3) Bruno Racine est également conseiller-maître à la Cour des comptes et président du Centre national d’art et de culture Georges Pompidou.
(4) Disponibles en format PDF
(5) Dans une activité décloisonnée, les disciplines associées, tout en gardant leurs spécificités, participent à un projet collectif en y apportant leurs savoirs et méthodes. Le décloisonnement révèle donc la cohérence entre des apprentissages différents, le but étant de permettre aux élèves de réinvestir des connaissances acquises dans différentes disciplines. Concrètement, un décloisonnement entre histoire et lettres peut, par exemple, donner lieu à un atelier d’écriture de roman historique.
(6) Sur le site de l’Académie des sciences de l’Institut de France, consulter notamment la rubrique « Enseignement » et la « Déclaration sur l’enseignement » du 2 février (rubrique Publications, sous-rubrique « Avis et recommandations ») qui recommande de rapprocher les sciences des autres disciplines.

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