Exercices de style avec François Bégaudeau

François Bégaudeau enseigne le français dans un collège parisien classé ZEP. Son métier ? « Amener les élèves à manipuler la langue, à l’activer ». Un numéro périlleux que cet écrivain, également critique de cinéma, met en scène avec humour dans son dernier livre Entre les murs1.

Enfant, François Bégaudeau s’imaginait footballeur ou écrivain, pas vraiment enseignant. Il partage donc sa jeunesse entre le ballon rond et la plume, qu’il prend dès six ans et ne lâchera que par amour du rock et de la scène. C’est seulement quelques années plus tard, après la case Hypokhâgne, que l’enseignement pointe à l’horizon. « Arrivé au Capes bon an mal an », François fait ses premières armes à Dreux puis découvre le collège où il exerce actuellement. Enseignant, il n’en continue pas moins d’élargir son univers en publiant deux premiers romans – dont un consacré au foot et aux figures de style2 – et une biographie de Mick Jagger3. Le fil rouge de ce parcours ? Après un temps de réflexion, l’intéressé répond avec certitude : « la chose publique, l’envie de faire avec les autres ». Et quoi de plus public que le français, cette langue dont il dresse le portrait vivant dans Entre les murs ? Celle des collégiens, orale et rebelle, versus celle du « prof », convaincu que la liberté passe par les mots.

Donner la parole

Lorsqu’on l’interroge sur son métier, François Bégaudeau assure n’en exercer qu’un, celui d’enseignant. Et d’en détailler les raisons : une forte loyauté envers sa profession, « le sentiment que je devais devenir prof » et le bonheur de côtoyer une Sandra « branchée sur trois centrales nucléaires » ou une Alyssa dissertant sur le laxisme4. Son devoir envers eux : combler un tant soit peu le gouffre qui les sépare du langage. Et pour cela, l’enseignant doit revenir à l’essentiel, expliquer ce qui en vaut la peine, renoncer au reste. Par la lecture de textes, les discussions, les explications, il veut simplement « amener les élèves à s’amuser avec la langue comme avec des Playmobils ».

L’histoire : une classe

François Bégaudeau connaît par coeur le quotidien d’une classe d’école : « Il y a ces moments de vide où le prof parle seul. Certains élèves n’écoutent pas, d’autres ne comprennent pas. Il y a aussi les débats ornés d’arguments clichés et où chacun reste dans son sillon idéologique. » Pourtant, il continue de s’adresser à eux, de les stimuler : « je leur demande en permanence d’activer leur cerveau. Même s’ils ne comprennent pas tout, ils n’ont pas le droit de ne pas faire fonctionner cette formidable machine! », martèle-t-il. De son expérience éducative, l’enseignant-écrivain puise la matière de ses romans. Ainsi a-t-il construit « Entre les murs » en s’appuyant sur les notes prises en classe pendant un an.

A l’école de la res publica

Dans l’exercice de son métier, François Bégaudeau ne donne ni dans le sacerdoce ni dans la démission. « J’aime les choses qui s’entrechoquent, qui ne s’emboîtent pas », sourit-il. Voilà, sans doute, pourquoi il se sent à l’aise entre les murs de l’école, où élèves et adultes s’affrontent à coup de tics et de stéréotypes : « Cette agora est aux prises avec une problématique de société : comment vivre ensemble ? », analyse-t-il. Dans ce microcosme politique, face à sa classe, François Bégaudeau affiche affection et ironie bienveillante. A ses élèves, lui reprochant de trop les charrier, il aimerait expliquer que c’est sa façon d’être démocrate : « Soit je me moque d’eux, soit je les punis »…


 


Cécile Desbois


 


(1) François Bégaudeau, Entre les murs, Verticales, 2006.
(2) François Bégaudeau, Dans la diagonale, Verticales, 2005.
(3) François Bégaudeau, Un démocrate : Mick Jagger 1960 -1969, Naïve, 2005.
(4) Sandra et Alyssa, deux élèves du roman Entre les murs.

François Bégaudeau en 5 dates

1976 : quitte la campagne pour « monter à la ville » (Nantes) avec sa famille
1989 : rencontre, à Hypokhâgne, ceux qui resteront ses meilleurs amis
1992 : donne son premier concert
1994 : découvre Green Day
1995 : enseigne pour la première fois dans un établissement d’Angers

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