Troubles d’apprentissage de la lecture : savoir les détecter à temps

Médecin de l’éducation nationale et membre du laboratoire Cogni-sciences de Grenoble1, Christine Lequette a participé à l’élaboration du Repérage orthographique collectif (ROC)2. Cet outil nouveau permet aux enseignants de CM2, de 6e et de 5e, de repérer les élèves en grande difficulté avec la langue écrite.

Quels sont les troubles d’apprentissage de la lecture les plus fréquents et comment se manifestent-ils ?

Contrairement aux idées reçues, les enfants qui rencontrent des difficultés dans l’apprentissage du langage écrit ne sont pas tous dyslexiques ! À ces troubles spécifiques du langage que sont les dyslexies et les dysphasies, il faut ajouter les difficultés dites environnementales (au sens large) et les troubles non spécifiques (déficiences mentales, déficiences sensorielles, problèmes somatiques…) qui, selon les contextes, ne sont pas toujours détectés avant l’entrée en CP. Dans tous les cas, les enfants dits « en grande difficulté » présentent un retard important dans le déchiffrage des mots et peinent à élever leur niveau de langage. Plus spécifiquement, les élèves qui manifestent une dyslexie sont en proie à des problèmes cognitifs durables qui touchent, selon les cas, aux traitements phonologique et/ou visuel du langage. Ainsi ces enfants font-ils des confusions de sons, des inversions de lettres ou rencontrent-ils des problèmes d’attention, de mémoire à court terme et de mémorisation visuelle des mots. Les élèves présentant une dysphasie, développent, en plus, des troubles du langage oral antérieurs à ceux rencontrés lors de l’apprentissage de la lecture.

Quels signes les enseignants sont-ils à même de repérer pour identifier ces difficultés ?

Nombre de ces difficultés peuvent être détectées, en classe, dès la deuxième année de maternelle. Certains retards de langage oral (tels une incapacité de l’enfant à associer plusieurs mots, des troubles dans la syntaxe, une formulation incompréhensible) sont révélateurs. Pas question de prétexter un « blocage » passager de l’enfant et d’attendre qu’il se résorbe seul. Pour aider les médecins de l’éducation nationale à dépister les enfants à risque avant l’entrée en CP et proposer des remédiations pédagogiques aux enseignants, nous avons mis au point un outil spécifique de dépistage axé sur le développement pour la scolarité des 5-6 ans3. Ceci étant, il arrive encore que des enfants non dépistés en maternelle aient des difficultés de lecture dans les classes supérieures (moins de 2%). Globalement, on considère qu’un élève de CP qui ne parvient pas à associer deux sons au mois de janvier s’avère en difficulté et doit être pris en charge pédagogiquement à l’école et en rééducation si le trouble est important. Pour les élèves de cycle 3 et de collège, il est nécessaire de repérer ceux qui présentent des difficultés avec le langage écrit. Les enseignants disposent désormais de moyens simples comme, par exemple, la réalisation d’un test collectif dans leur classe tel le Repérage Orthographique Collectif.

Précisément, comment fonctionne cet outil ?

Plus les enfants avancent dans leur scolarité et plus les problèmes de lecture sont noyés dans une somme de difficultés et de troubles associés. En s’adressant aux élèves de CM2, de 6e et de 5e, le ROC a pour objectif de détecter et d’isoler les difficultés d’orthographe et de lecture rencontrées par certains d’entre eux. Il permet aux enseignants, en moins de trente minutes, de distinguer les élèves faibles en orthographe mais bon lecteurs, des jeunes très faibles en orthographe et en lecture. Les enseignants savent alors avec quels élèves mettre en place une remédiation orthographique traditionnelle et avec lesquels envisager de recourir à des bilans complémentaires4 ainsi qu’un projet d’accueil individualisé (PAI)5. Concrètement, le ROC consiste en une épreuve de repérage de mots mal orthographiés et en une dictée dont le score est calculé sur dix mots d’usage et dix accords puis, pour les plus faibles, en une lecture individuelle chronométrée qui permet de mesurer leur vitesse de déchiffrage.

Quels types de remédiations les enseignants peuvent-ils envisager dans leur classe ?

La première réponse aux difficultés de lecture rencontrées par les enfants est, en effet, à donner en classe par les enseignants eux-mêmes. Il ne s’agit pas pour ces derniers de faire de la rééducation, ni des exercices d’orthophonie, mais de mettre en place (sur le principe d’une pédagogie différenciée et dans un esprit de renforcement positif) des petits groupes d’entraînement d’expression ou de compréhension pour les plus jeunes, de lecture et d’orthographe pour les autres. Et de fonctionner ainsi de manière brève (sur huit à dix semaines) mais intense avec les élèves concernés. Les conseillers pédagogiques sont à même d’indiquer aux enseignants les publications et les pôles ressources qui proposent ce genre d’activités de soutien.


 


Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve


 


 


(1) Le laboratoire de recherche appliquée Cogni-sciences est rattaché à l’IUFM et à l’UPMF (université Pierre Mendès-France) de Grenoble. Il œuvre notamment à l’élaboration et à la mise en place d’outils de repérage, de dépistage et de diagnostic pour les troubles d’apprentissage (langage, attention, coordination motrice…) et participe à la formation continue et initiale des enseignants. Voir le site
(2) Pour télécharger le ROC (mis en ligne en février 2006) ainsi que les trois documents d’aide au repérage automatique des élèves (de CM2, de 6e et de 5e), voir cette page
(3) Utilisé à l’échelon national, le bilan de santé évaluation du développement pour la scolarité 5 à 6 ans (BESDS 5-6) est disponible sur cette page.
(4) Pour aider les médecins scolaires dans le dépistage des dyslexies, le laboratoire Cogni-sciences a développé un outil spécifique (ODEDYS) dont la deuxième version est disponible en ligne
(5) Voir le document guide

De qui l’enseignant peut-il se rapprocher ?

Quelle que soit l’ampleur des lacunes à combler et des remédiations à envisager, il est essentiel que l’enseignant soit réactif et sache s’entourer. Des relais sont à mettre en place avec l’aide des collègues, des maîtres rééducateurs, des conseillers pédagogiques, des médecins scolaires, des infirmières, des psychologues scolaires et des IEN. Les réponses aux problèmes d’apprentissage de la lecture naissent souvent d’un regard croisé sur ces difficultés.

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