Jean-Robert Pitte – CPE : des examens en danger ?

Depuis six semaines, une soixantaine d’universités fonctionnent au ralenti ou pas du tout. Alors que l’épineux problème des examens commence à se poser, le président de l’Université Paris-Sorbonne (Paris IV), Jean-Robert Pitte, soumet, le 7 avril, une proposition au CEVU1 et au CA de son université.

Actuellement, de quels moyens disposent les élèves soucieux de continuer leur travail ?

Ils sont très minces ! Je sais que certains collègues déposent en ligne2 des plans de cours ou des pistes bibliographiques. D’autres, ceux par exemple qui suivent des travaux de recherche, organisent un peu de manière informelle des réunions dans des cafés avec leurs étudiants. Mais cela ne concerne qu’une toute petite proportion de l’enseignement.

Dans ces conditions, quel est le contenu de la proposition que vous soumettez au CEVU et au CA ?

J’insiste déjà sur le fait que cette proposition repose sur l’hypothèse d’une reprise de tous les enseignements, sur tous les sites, à la rentrée des vacances de Pâques. Dans ces conditions, je propose de prolonger les cours d’un mois, ce qui nous mènerait au 20 juin. Je suis totalement opposé à l’idée de se contenter d’un semestre de huit semaines contre les douze à treize nécessaires à l’enseignement universitaire. Les examens finaux seraient alors remplacés par des contrôles continus qui se tiendraient dans chaque TD. Cette formule permettrait de décentraliser les examens par site, UFR3 et discipline.

Comment avez-vous abouti à cette réflexion ?

Elle est issue d’une concertation collégiale avec mes collègues enseignants de la Sorbonne. Je me suis notamment entretenu avec les directeurs d’UFR et les directeurs des différentes mentions4. Il ne s’agit donc pas d’une décision unilatérale comme j’ai pu l’entendre, mais bien d’une proposition, que seul le CA sera habilité à faire appliquer s’il le décide.

Votre proposition permet-elle de ne pas pénaliser ceux qui ont tenté de suivre les cours ?

En tous les cas, je ne vois pas en quoi elle pourrait les défavoriser ! Par exemple, toujours dans les conditions que j’ai précisées précédemment, une session de rattrapage pour ce trimestre pourrait se dérouler en septembre. Je garde aussi à l’esprit la problématique des étudiants salariés qui préfèrent en général s’inscrire aux examens finaux. Dans ce contexte, nous les préviendrions bien sûr de façon à ce qu’ils puissent s’organiser et être présents les jours de contrôle.

Selon vous, à partir de quel moment le semestre serait perdu pour les étudiants ?

Nous atteignons la limite en ce moment même ! A la Sorbonne, environ quatorze sites sont aujourd’hui bloqués, d’autres le seront peut-être demain. Malgré tout cela, il est encore possible de sauver le semestre. Par contre, si les cours ne reprennent pas à la rentrée des vacances de Pâques, je peux vous le garantir : personne n’acceptera de se livrer à une mascarade, avec pseudo examens à la clef ! Tout le monde aura perdu un semestre par la force d’une minorité de bloqueurs qui, selon moi, représente 2 à 10% maximum des étudiants. Comme je le répète depuis le début, voilà une belle façon de se tirer une balle dans le pied !


 


Propos recueillis par Cécile Desbois


 


 


(1) Conseil des études et de la vie universitaire


(2) Notamment via la plateforme de formation à distance


(3) Unité de formation et de recherche


(4) Au sein de chaque domaine de formation, les diplômes sont organisés en « mentions », elles-mêmes déclinées en « spécialités ».

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