L’enseignement d’une discipline non linguistique (DNL) en langue étrangère

Professeur d’histoire-géographie, Julien Fabre enseigne sa matière, en langue italienne, aux élèves de la section européenne du lycée Pablo Neruda de Saint-Martin d’Hères1 (académie de Grenoble) depuis deux ans. Dans ses cours de DNL, il fait du plaisir de la découverte un axe de travail prioritaire.

Quelle est votre mission en tant qu’enseignant de DNL ?

Enseigner une matière dans une langue étrangère permet d’ouvrir les élèves à une autre culture et d’aborder la discipline en question (qu’il s’agisse d’histoire, de mathématiques, de sciences, d’EPS…) dans un contexte nouveau, souvent plus souple et moins isolé. C’est également le moyen de favoriser l’expression orale des lycéens en dehors du cours de langue vivante et d’aborder ainsi des sujets différents, une autre pratique linguistique. Tout cela en essayant de cultiver le plaisir de la découverte. L’histoire-géographie se prête parfaitement à cette forme d’enseignement qui donne au professeur les moyens d’approcher l’histoire du pays, l’Italie pour ce qui me concerne, et sa réalité géographique de façon plus approfondie. Personnellement, pour donner une cohérence culturelle à mes cours de DNL, j’ai choisi2 de ne m’exprimer qu’en Italien (sauf nécessité ponctuelle) et de travailler exclusivement sur des documents rédigés dans cette langue et provenant de source italienne.

Précisément, quels types de documents proposez-vous en classe ?

Je profite de mes voyages en Italie et en Sicile pour m’approvisionner en manuels d’histoire dont les iconographies sont très riches et très différentes de celles que l’on peut trouver dans les ouvrages français. Concernant la géographie (dont l’enseignement est moins institutionnalisé en Italie qu’en France), il est plus facile de piocher des informations dans les articles de journaux du pays (parfois illustrés de cartes) auxquels on peut s’abonner où chercher sur le Web. J’attache également une grande importance aux sources vidéo et en particulier à la filmographie italienne sur laquelle je peux m’appuyer pour aborder tant l’après-guerre que les migrations ou encore le fascisme. Bien entendu je reste à l’affût de tout reportage italien traitant par exemple de la situation politique dans le pays ou encore des risques naturels… Dans ces recherches documentaires, le centre culturel italien de Grenoble m’est d’une aide précieuse.

Dans vos cours, comment dosez-vous l’apport linguistique et le contenu disciplinaire ?

Quelle que soit la DNL concernée, le contenu disciplinaire est toujours à la base de la construction des cours qui ne se substituent en aucun cas à ceux de langue vivante mais viennent les compléter. Bien sûr je demande à mes élèves de prendre leurs notes en italien et d’acquérir le vocabulaire technique d’histoire-géographie dans cette langue. Cela afin qu’ils développent des automatismes de langage et qu’ils puissent rapidement « penser » en italien… Mais l’intérêt de cet enseignement tient surtout dans la grande liberté qu’a le professeur de traiter son programme disciplinaire. À savoir de façon généraliste, ou, plus intéressant à mon sens, par le biais d’études de cas centrées sur le (ou les) pays. Je peux par exemple choisir d’aborder le chapitre des risques naturels dans le monde en focalisant sur le Vésuve ou sur les inondations de Florence… Ou encore traiter les échanges méditerranéens au douzième siècle en évoquant les dominations successives en Sicile. Ce dosage à établir tout au long de l’année permet de sensibiliser les élèves aux réalités d’une terre et d’une civilisation, ce qui est, à mes yeux, essentiel en DNL.

Quels sont à votre avis les pièges à éviter ?

La DNL est une option enseignée à raison d’une heure hebdomadaire. Il est donc primordial de donner envie aux élèves de la suivre en faisant des cours des moments de plaisir. Il serait maladroit, à mon sens, d’être d’emblée trop exigeant envers les élèves et de les surcharger de travail personnel… Ceci étant, il s’agit de trouver un juste équilibre entre le travail et la découverte, la rigueur et le plaisir. J’ai pour ma part passé une sorte de contrat moral avec mes élèves qui en contrepartie des efforts d’apprentissage minimum savent qu’ils ont accès à une forme d’enrichissement ludique.


 


Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve


 


 


(1) Le lycée d’enseignement général et technologique Pablo Neruda est l’un des six établissements (trois collèges et trois lycées) de l’académie de Grenoble à disposer de sections européennes (italien, espagnol, anglais et allemand) préparant les élèves au baccalauréat mention langue européenne. 
(2) Concernant l’enseignement des DNL en lycée, le rapport du ministère de l’éducation nationale sur les sections européennes et de langues orientales précise que : “la totalité ou une partie du programme de la DNL (ou de plusieurs DNL) est effectuée, sur horaire normal, dans la langue de la section“. 

Quels sont vos rapports avec le professeur de langue vivante ?

Nous travaillons de manière complémentaire notamment pour mener à bien les activités pédagogiques que nous proposons aux élèves comme, par exemple, notre programme d’échange avec la Sicile. Nous essayons aussi de faire des recoupements entre nos cours respectifs, d’être en phase sur les thèmes abordés et dans la plupart des cas, de nous partager les tâches en apportant des éclairages différents sur un même sujet.

Les commentaires sont fermés .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.